Chapitre 09 - LâenlĂšvement sans rançon

Chapter 09 - Chapitre 09 - LâenlĂšvement sans rançon
Ronan conduisit comme si la route pouvait lui rendre sa fille. Diane Ă©tait Ă cĂŽtĂ© de lui, le tĂ©lĂ©phone posĂ© sur ses genoux. Seraphina, Ă lâarriĂšre, regardait en boucle la courte vidĂ©o envoyĂ©e par Victor.
Elara nâĂ©tait pas attachĂ©e. Elle ne semblait pas blessĂ©e. Mais elle avait ce mĂȘme visage immobile que dans la cuisine, cette maniĂšre de tenir sa peur Ă deux mains pour quâelle ne dĂ©borde pas.
SolĂšne, Ă cĂŽtĂ© dâelle, paraissait absente. Sa main gauche reposait sur celle de lâenfant. Son regard suivait quelque chose hors champ.
â Elle essaie de nous montrer quelque chose, dit Seraphina.
â Qui ? demanda Ronan.
â Ma mĂšre. Regarde ses doigts.
SolĂšne tapait doucement sur le dos de la main dâElara. Trois coups, une pause, un coup, deux coups. Le geste se rĂ©pĂ©tait.
Diane se pencha.
â Elle connaissait le morse. Camille aussi.
Ils notÚrent la séquence. AprÚs plusieurs essais, Diane déchiffra un mot : « GARE ».
â Quelle gare ? demanda Ronan.
Seraphina observa le reflet dans la vitre de la voiture. Une enseigne rouge apparaissait un instant derriĂšre Elara, floue mais reconnaissable.
â Dreux. La gare de Dreux a cette marquise au-dessus de lâentrĂ©e secondaire.
Ils changĂšrent de direction.
Ronan appela un ancien commandant de police recommandĂ© par Diane, Marc Beaulieu. Il exposa la situation sans mentionner la clĂ© USB ni les dĂ©tournements. Beaulieu promit de faire surveiller les sorties de la ville, mais prĂ©vint quâune intervention trop visible pouvait pousser Victor Ă dĂ©placer les otages.
â Il ne demande pas dâargent, dit Ronan.
â Il demande des preuves, rĂ©pondit Beaulieu. Pour lui, elles valent plus quâune rançon.
à la gare, ils trouvÚrent la voiture de la vidéo sur un parking souterrain. Les portes étaient ouvertes. Sur la banquette arriÚre reposait le ruban bleu de la poupée.
Elara avait laissé autre chose : un petit bouton nacré arraché à sa robe.
Ronan le ramassa. Ses doigts tremblaient.
â Elle sait quâon la cherche.
â Elle sait surtout comment laisser une trace, dit Diane. Camille lui apprenait Ă observer les dĂ©tails. Elle appelait cela le jeu du Petit Poucet.
Les camĂ©ras de la gare montrĂšrent Victor entrant avec SolĂšne dans un fauteuil roulant et Elara marchant entre deux hommes. Lâun dâeux portait une casquette. Lâautre avait le visage dĂ©couvert.
Ronan le reconnut.
Laurent Dumas, directeur financier du groupe Delcourt et ami de la famille depuis quinze ans.
Laurent avait assistĂ© au baptĂȘme dâElara. Il lui offrait un livre Ă chaque anniversaire. La veille encore, il avait envoyĂ© Ă Ronan un message pour lui demander si la rĂ©ception des Varenne sâĂ©tait bien passĂ©e.
â L.D., murmura Diane. Les initiales dans le carnet.
Le train de 6 h 17 pour Paris était parti douze minutes plus tÎt.
Beaulieu fit prévenir la police ferroviaire, mais le contrÎleur indiqua que les quatre passagers avaient quitté le train à la premiÚre halte, dans une petite station presque vide. Une camionnette les attendait.
â Ils veulent nous faire courir, dit Seraphina. Victor sait que nous suivons les camĂ©ras.
Le tĂ©lĂ©phone de Diane vibra. Un message sans numĂ©ro : « La clĂ© contre lâenfant. Midi. Ancienne clinique Saint-Roch. Pas de police. »
â Il nous laisse trop de temps, observa Diane.
â Pourquoi est-ce mauvais ? demanda Ronan.
â Parce quâil ne nous attend pas rĂ©ellement lĂ -bas.
Seraphina regarda la carte.
â Saint-Roch a fermĂ© il y a huit ans. Une partie des bĂątiments appartient Ă une sociĂ©tĂ© immobiliĂšre du groupe.
â Laquelle ?
â Dumas Patrimoine.
Laurent.
Ronan appela le siĂšge. Personne ne savait oĂč se trouvait le directeur financier. Son assistante affirma quâil Ă©tait en dĂ©placement Ă Bruxelles. Son agenda avait Ă©tĂ© nettoyĂ©.
Ils rejoignirent un hÎtel discret prÚs de Paris pour examiner les fichiers de Camille. Diane chercha toutes les références à Saint-Roch. Un enregistrement audio apparut, daté de quatre ans plus tÎt.
La voix de Laurent résonna dans la chambre.
« Victor, elle a compris pour le fonds. Il faut déplacer SolÚne avant que Camille parle à Ronan. »
Puis Victor : « Et Séraphine ? »
« Elle fera ce quâon lui dit. Elle croit encore que sa mĂšre dĂ©pend de nous. »
Seraphina recula comme si on lâavait frappĂ©e.
â Laurent savait oĂč elle Ă©tait.
Diane arrĂȘta lâenregistrement.
â Il savait tout.
Ronan comprit alors que Victor nâĂ©tait peut-ĂȘtre pas le seul maĂźtre du jeu. Laurent avait accĂšs aux comptes, aux propriĂ©tĂ©s, aux dĂ©placements de Ronan. Il connaissait Elara. Il savait comment entrer dans la maison sans lâeffrayer.
â La poupĂ©e, dit Ronan. Elle nâa pas criĂ© quand on est venu dans sa chambre. Parce quâelle connaissait la personne.
Seraphina se couvrit la bouche.
â Laurent lui racontait des histoires. Il lui disait quâil Ă©tait son oncle de cĆur.
Un nouveau message arriva. Cette fois, une photographie montrait Elara devant une grande fenĂȘtre couverte de poussiĂšre. Elle tenait un dessin : une maison, trois arbres et un soleil noir.
Ronan agrandit lâimage.
Dans le coin de la feuille, Elara avait tracé un petit cheval bleu.
â Le centre Ă©questre, dit-il. La fondation possĂšde un ancien sanatorium prĂšs du haras de Senlis. Camille y emmenait Elara quand elle Ă©tait petite.
Diane secoua la tĂȘte.
â Ce bĂątiment a Ă©tĂ© vendu.
â Ă qui ?
Elle consulta les dossiers.
â Ă une sociĂ©tĂ© appelĂ©e Lenoir Avenir.
Seraphina pĂąlit.
â Je nâai jamais créé cette sociĂ©tĂ©.
Au mĂȘme instant, Ronan reçut un courriel automatique de son conseil dâadministration. Une rĂ©union extraordinaire venait dâĂȘtre convoquĂ©e pour quinze heures. Ă lâordre du jour : incapacitĂ© temporaire du prĂ©sident et transfert des pouvoirs exĂ©cutifs Ă Laurent Dumas.
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Victor ne voulait pas seulement effacer les preuves.
Il utilisait lâenlĂšvement dâElara pour voler lâentreprise pendant que Ronan courait aprĂšs sa fille.