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Chapitre 21 - La parole d’Elara

Chapter 21 - Chapitre 21 - La parole d’Elara

Le juge avait refusĂ© qu’Elara comparaisse en personne. Une psychologue spĂ©cialisĂ©e l’avait interrogĂ©e dans une piĂšce claire, sans robe noire ni pupitre impressionnant. La vidĂ©o ne devait ĂȘtre diffusĂ©e que si l’enfant confirmait qu’elle le souhaitait.

Elara avait confirmé.

Dans le tribunal, Ronan serra les mains lorsqu’elle apparut Ă  l’écran. Elle portait un gilet jaune et tenait son lapin en tissu.

— Peux-tu raconter ce qui s’est passĂ© dans la cuisine ? demanda la psychologue.

Elara réfléchit avant chaque réponse.

— Seraphina a posĂ© la gamelle loin de moi. Elle a dit que si je continuais Ă  renverser des choses, je devrais apprendre ce que ça fait d’ĂȘtre moins importante que le chien. Elle ne m’a pas touchĂ©e. Elle n’a pas mis de nourriture dedans. Mais elle voulait que j’aie honte.

— Est-ce que tu as eu peur ?

— Oui.

— Qu’est-ce qui s’est passĂ© ensuite ?

— Papa est arrivĂ©. Il m’a prise dans ses bras. Il lui a dit de partir.

— Est-ce que ton pùre t’a fait peur ?

— Non. Il parlait doucement. C’était le moment oĂč je n’avais plus peur.

La phrase dĂ©truisait le cƓur du faux dossier contre Ronan mieux que n’importe quelle expertise.

Puis Elara ajouta :

— AprĂšs, j’ai compris que Seraphina voulait aussi que papa la chasse. Mais ça ne rend pas la gamelle gentille. Quand on fait peur Ă  quelqu’un pour une bonne raison, la peur est quand mĂȘme vraie.

Dans la salle, Seraphina baissa la tĂȘte.

Laurent fut jugĂ© pour enlĂšvement, tentative d’homicide, abus de confiance, blanchiment, faux, extorsion et participation au sabotage ayant causĂ© la mort de Camille. Victor reconnut sa complicitĂ© et dĂ©tailla le rĂŽle de chacun. Sa peine fut rĂ©duite en Ă©change de la restitution des archives, mais il fut condamnĂ© Ă  de longues annĂ©es de prison.

Claire plaida coupable pour le vol, le faux et la dissimulation de preuves. Sa coopĂ©ration, son absence d’antĂ©cĂ©dents et les menaces subies furent prises en compte. Elle reçut une peine assortie en partie d’un sursis, l’obligation d’indemniser Madeleine et l’interdiction de gĂ©rer des fonds d’autrui pendant plusieurs annĂ©es.

AgnĂšs tĂ©moigna sans demander de protection particuliĂšre. Elle reconnut l’accord conclu avec SolĂšne et son silence aprĂšs la mort de Camille. Aucun crime ne put ĂȘtre retenu contre elle pour les dĂ©cisions anciennes prescrites, mais elle renonça publiquement Ă  ses droits financiers dans le groupe.

— Je ne veux pas ĂȘtre dĂ©clarĂ©e innocente par le temps, dit-elle. Je veux ĂȘtre jugĂ©e par ce que je fais maintenant.

Seraphina comparut Ă  son tour.

Elle reconnut les sociĂ©tĂ©s Ă©crans, les faux documents, les informations transmises Ă  Victor et l’humiliation infligĂ©e Ă  Elara. Son avocat tenta d’insister sur la manipulation paternelle et la menace contre SolĂšne. Elle l’interrompit.

— Cela explique mes choix. Cela ne les efface pas.

Elle fut condamnĂ©e Ă  une peine dont une partie ferme pouvait ĂȘtre amĂ©nagĂ©e, compte tenu de sa coopĂ©ration dĂ©cisive, de l’absence d’antĂ©cĂ©dents et de la protection apportĂ©e ensuite aux victimes. Elle reçut aussi une interdiction de contact avec Elara, sauf demande future de l’enfant et avis favorable des professionnels.

Avant d’ĂȘtre emmenĂ©e, elle se tourna vers Ronan.

— Je ne te demanderai pas de m’attendre.

— Je ne t’attendrai pas.

Elle acquiesça. La franchise lui fit moins de mal qu’une promesse vide.

— Prends soin d’elle.

— Je le fais maintenant.

Laurent, lui, ne reconnut rien. MĂȘme aprĂšs sa condamnation, il continua d’affirmer que les autres avaient profitĂ© de sa gĂ©nĂ©rositĂ©. SolĂšne le regarda depuis le premier rang sans dĂ©tourner les yeux.

Le groupe Delcourt annula la vente prĂ©parĂ©e pendant le gala. Ronan fut rĂ©tabli dans ses fonctions, mais il surprit le conseil en annonçant qu’il ne reprendrait pas la direction opĂ©rationnelle.

— Pendant des annĂ©es, j’ai cru qu’ĂȘtre prĂ©sent signifiait signer les dĂ©cisions importantes, dit-il. J’ai compris trop tard que la prĂ©sence se mesure aux silences qu’on remarque chez ceux qu’on aime.

Il transforma la fondation en organisme indĂ©pendant, avec des comptes publics et un conseil oĂč siĂ©geaient d’anciens bĂ©nĂ©ficiaires. Une partie des dividendes familiaux fut versĂ©e Ă  la restitution des fonds dĂ©tournĂ©s.

Madeleine accepta de superviser la maison, Ă  condition de ne plus ĂȘtre appelĂ©e « gouvernante ».

— J’ai soixante et un ans, dit-elle. Je ne recommence pas ma vie pour reprendre mon ancien uniforme.

Elle devint intendante générale et, surtout, la personne qui pouvait dire non à Ronan sans perdre son emploi.

Le divorce fut prononcĂ© six mois plus tard. Seraphina Ă©crivit une lettre Ă  Elara. La psychologue la lut d’abord. Elle ne contenait ni justification ni demande de pardon.

« Je t’ai fait croire, pendant un instant, que ta valeur pouvait dĂ©pendre de mon humeur. C’était faux. Je travaille chaque jour Ă  comprendre pourquoi j’ai choisi de transmettre la honte qu’on m’avait donnĂ©e. Tu ne me dois rien, pas mĂȘme une rĂ©ponse. »

Elara rangea la lettre dans la boßte à musique sans répondre.

Puis, un matin de printemps, elle demanda Ă  son pĂšre de descendre avec elle dans la cuisine. Sur la table se trouvait la gamelle d’acier, conservĂ©e jusque-lĂ  comme piĂšce Ă  conviction et rendue aprĂšs le procĂšs.

— Je veux qu’on en fasse quelque chose, dit-elle.

Ronan sentit son cƓur se serrer.

— Tu veux la jeter ?

— Non. La jeter, c’est encore avoir peur de la voir.

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Elle posa à cÎté un sachet de graines de lavande.

La derniĂšre transformation de la maison allait commencer par l’objet qui avait rĂ©vĂ©lĂ© tout ce qu’elle cachait.

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