Chapitre 04 - La femme au manteau gris

Chapter 04 - Chapitre 04 - La femme au manteau gris
Ronan descendit lâescalier quatre Ă quatre, mais la silhouette avait dĂ©jĂ quittĂ© le jardin dâhiver. Le gardien annonça que le portail principal Ă©tait verrouillĂ©. Personne nâavait franchi lâentrĂ©e. Cela signifiait que lâintruse connaissait un autre passage.
AgnĂšs le suivait, moins vite, une main sur la rampe.
â Ne la poursuis pas comme une criminelle.
â Elle vient de voler la seule preuve laissĂ©e par Camille.
â Tu lâas dĂ©jĂ traitĂ©e comme une criminelle une fois. Regarde oĂč cela nous a conduits.
Dans le jardin dâhiver, la porte donnant sur la terrasse battait doucement. Au-delĂ , le parc plongeait dans lâobscuritĂ©. Les cyprĂšs formaient une ligne noire sous la lune.
Ronan alluma les projecteurs extĂ©rieurs. Une femme se tenait prĂšs de lâancienne serre, immobile dans la lumiĂšre. Son manteau gris Ă©tait humide de rosĂ©e. Ses cheveux, autrefois noirs, Ă©taient presque entiĂšrement argentĂ©s.
Madeleine Vautrin leva une main vide.
â Je nâai rien volĂ©, dit-elle.
Ronan sâapprocha avec prudence.
â Le coffre a Ă©tĂ© ouvert.
â Je suis entrĂ©e pour empĂȘcher quâon ouvre la clĂ© USB ici.
â Et oĂč est-elle ?
â Pas avec moi.
Sa voix Ă©tait la mĂȘme que dans ses souvenirs : grave, posĂ©e, avec cet accent de Bourgogne qui adoucissait les ordres. Madeleine avait travaillĂ© vingt-deux ans pour les Delcourt. Elle avait connu Ronan adolescent, accompagnĂ© Camille Ă la maternitĂ© et tenu Elara dans ses bras avant lui.
Il lâavait renvoyĂ©e en moins dâune heure.
Ă lâĂ©poque, les bijoux de Camille avaient Ă©tĂ© retrouvĂ©s dans sa chambre de service. Victor Lemaire lui avait conseillĂ© de porter plainte. Madeleine nâavait pas protestĂ©, seulement demandĂ© Ă parler Ă Ronan seul. Il avait refusĂ©.
â Comment ĂȘtes-vous entrĂ©e ? demanda-t-il.
â Par le tunnel de service sous lâorangerie. Votre grand-pĂšre lâutilisait pour faire livrer le vin sans traverser les salons.
â Pourquoi ce soir ?
Madeleine regarda AgnĂšs.
â Parce que madame mâa envoyĂ© un message.
Ronan se tourna vers sa mĂšre.
AgnĂšs ne nia pas.
â Je savais que Seraphina fouillerait la chambre bleue tĂŽt ou tard. Je ne savais pas que ce serait ce soir.
â Vous vous parlez depuis combien de temps ?
â Quatre ans.
Le mot le blessa plus quâil ne lâaurait cru. Quatre annĂ©es pendant lesquelles sa mĂšre et Madeleine avaient partagĂ© un secret autour de la mort de Camille, tandis que lui vivait au centre de cette histoire sans en connaĂźtre le commencement.
â Vous avez dĂ©cidĂ© que je nâĂ©tais pas digne de savoir ?
Madeleine baissa les yeux.
â Nous avons dĂ©cidĂ© que vous Ă©tiez surveillĂ©.
â Par qui ?
â Par quelquâun qui avait accĂšs Ă votre maison, Ă vos comptes et Ă votre confiance.
Seraphina apparut sous la galerie, les bras croisés.
â VoilĂ . Elle va encore dire que câĂ©tait moi.
Madeleine la regarda longuement. Aucun étonnement ne traversa son visage.
â Je ne vous avais pas revue depuis lâenterrement de Camille.
Ronan se tourna vivement vers Seraphina.
â Tu Ă©tais Ă son enterrement ?
â Au fond de lâĂ©glise.
â Pourquoi ne me lâas-tu jamais dit ?
â Parce que nous ne nous connaissions pas encore officiellement.
Madeleine eut un sourire triste.
â Officiellement.
Seraphina avança dâun pas.
â Vous nâavez aucune preuve de ce que vous insinuez.
â Je nâinsinue rien. Je me souviens simplement de votre visage.
Ronan leva la main.
â OĂč est la clĂ© USB ?
Madeleine désigna la maison.
â Demandez Ă lâhomme qui vient de sortir de votre bureau par lâescalier de service.
Un bruit de moteur éclata prÚs des garages.
Ronan courut. Une berline noire dĂ©marrait dĂ©jĂ derriĂšre les haies. Le portail secondaire sâouvrit sans alarme, puis se referma. Quelquâun possĂ©dait un code dâaccĂšs.
Le gardien consulta le registre électronique.
â Monsieur, le code utilisĂ© appartient Ă MaĂźtre Lemaire.
Victor.
Ronan lâappela aussitĂŽt. Pas de rĂ©ponse. Il rappela. Cette fois, la messagerie se dĂ©clencha immĂ©diatement.
Quand il revint au jardin dâhiver, Seraphina avait disparu.
â OĂč est-elle ? demanda-t-il.
AgnĂšs indiqua lâĂ©tage.
â Elle a dit quâelle voulait prendre un manteau.
Ronan monta. La porte de leur chambre Ă©tait ouverte. Lâarmoire de Seraphina avait Ă©tĂ© vidĂ©e Ă la hĂąte. Sur le lit reposait son alliance.
à cÎté, une feuille pliée portait son écriture.
« Tu crois protéger Elara en me chassant. Tu ne sais pas encore qui tu as laissé entrer dans cette maison. »
Ronan relut la phrase, puis entendit Elara lâappeler depuis le couloir.
â Papa, la dame grise connaĂźt la chanson de maman.
Madeleine se tenait au bas de lâescalier, fredonnant la mĂ©lodie de la boĂźte Ă musique. Dans sa main, elle tenait un petit boĂźtier noir.
â La clĂ© USB nâĂ©tait pas dans votre coffre, dit-elle. Celle que Victor a prise Ă©tait une copie vide.
Elle souleva le boĂźtier.
â Camille mâa confiĂ© lâoriginal avant de mourir.
Ronan descendit lentement.
â Alors pourquoi revenir maintenant ?
Madeleine regarda Elara, puis le carnet noir.
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â Parce que la protection mise en place par Camille expire dans neuf jours. Et si nous ne dĂ©couvrons pas qui est « S. Lenoir » avant cette date, la moitiĂ© de votre fortune passera lĂ©galement entre ses mains.
Le nom nâĂ©tait pas une initiale dans un carnet. CâĂ©tait une personne qui attendait depuis quatre ans que le calendrier fasse son travail.