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Chapitre 10 - Le dessin au soleil noir

Chapter 10 - Chapitre 10 - Le dessin au soleil noir

L’ancien sanatorium se dressait derriĂšre une rangĂ©e de pins, Ă  l’écart de la route. Les fenĂȘtres du rez-de-chaussĂ©e avaient Ă©tĂ© murĂ©es, mais une aile semblait entretenue. Une camĂ©ra neuve pivotait au-dessus du portail.

Beaulieu avait envoyĂ© deux hommes en civil. Ils observaient depuis le bois, assez loin pour ne pas dĂ©clencher les dĂ©tecteurs. Ronan aurait voulu entrer immĂ©diatement. Diane l’obligea Ă  regarder les plans.

— Si Victor a choisi cet endroit, il a prĂ©parĂ© les sorties. Vous ne sauverez pas Elara en lui offrant un deuxiĂšme otage.

— C’est ma fille.

— Justement.

Seraphina Ă©tudia l’image du dessin. Le soleil noir avait douze rayons. Trois arbres se tenaient Ă  gauche de la maison.

— Ce n’est pas le sanatorium, dit-elle.

Ronan la fixa.

— Le cheval bleu indique le haras, oui. Mais Elara ne dessine jamais le soleil en noir. Sauf quand elle veut reprĂ©senter une horloge.

Elle compta les rayons.

— Midi. Et les trois arbres
 Il y a un ancien pavillon de chasse Ă  trois kilomĂštres d’ici. Trois tilleuls devant l’entrĂ©e. Laurent nous y a emmenĂ©s l’annĂ©e derniĂšre.

Beaulieu consulta une carte cadastrale. Le pavillon appartenait Ă  une filiale de Dumas Patrimoine.

Ils laissĂšrent deux hommes surveiller le sanatorium et prirent un chemin forestier. À l’approche du pavillon, Ronan aperçut la camionnette de la gare, cachĂ©e derriĂšre une grange.

Une fenĂȘtre Ă©tait ouverte Ă  l’étage.

Elara apparut une seconde derriĂšre le rideau. Elle leva son lapin en tissu, puis disparut.

Ronan sentit ses jambes se dérober de soulagement et de terreur.

— Elle est là.

Beaulieu organisa l’entrĂ©e. Diane et Seraphina devaient rester dans la voiture. Seraphina refusa.

— Laurent me laissera approcher. Il croit encore pouvoir me contrîler.

— Et s’il ne le croit plus ? demanda Ronan.

— Alors je mĂ©rite au moins de voir ce que mes choix ont créé.

Ronan ne rĂ©pondit pas. Il n’était pas prĂȘt Ă  lui accorder le pardon, mais il ne pouvait nier qu’elle connaissait leurs adversaires mieux que quiconque.

Seraphina marcha seule jusqu’à la porte, les mains visibles.

— Laurent ! cria-t-elle. J’ai la clĂ© !

La porte s’ouvrit. Laurent apparut, sans arme visible. Costume froissĂ©, visage calme, il ressemblait encore Ă  l’homme qui prĂ©sidait les rĂ©unions financiĂšres avec une patience rassurante.

— Tu es en retard, dit-il.

— Je veux voir ma mùre et Elara.

— Tu n’es pas en position d’exiger quoi que ce soit.

— Je suis la seule Ă  connaĂźtre le mot de passe de la clĂ©.

C’était faux, mais Laurent hĂ©sita.

DerriĂšre la maison, Ronan et Beaulieu entrĂšrent par une fenĂȘtre basse. Le pavillon sentait l’humiditĂ© et le bois froid. Ils trouvĂšrent SolĂšne dans une chambre du rez-de-chaussĂ©e, attachĂ©e au fauteuil par une ceinture de maintien. Elle Ă©tait consciente.

Quand elle vit Ronan, elle secoua la tĂȘte avec violence et dĂ©signa le plafond.

Elara.

Un craquement retentit dans l’escalier. Un homme descendait. Beaulieu le maütrisa sans bruit. Ronan monta.

La porte de la chambre Ă©tait verrouillĂ©e. De l’autre cĂŽtĂ©, Elara chuchota :

— Papa ?

— Je suis là.

— Il y a un fil devant la porte.

Ronan s’immobilisa.

Un cĂąble fin courait du battant jusqu’à une armoire. Beaulieu appela les dĂ©mineurs. Il ne s’agissait pas d’un explosif, mais d’un systĂšme qui dĂ©clenchait l’injection d’un sĂ©datif dans la perfusion installĂ©e prĂšs du lit. Elara n’était pas perfusĂ©e. SolĂšne, en revanche, portait un cathĂ©ter au bras au rez-de-chaussĂ©e.

Si on ouvrait brutalement la porte, le produit se déverserait dans son organisme.

Laurent avait reliĂ© la vie de la mĂšre Ă  la libertĂ© de l’enfant.

Elara resta calme pendant que Beaulieu coupait le mécanisme depuis le couloir. Ronan lui parlait à travers le bois.

— Tu as Ă©tĂ© trĂšs courageuse.

— Je n’aime pas quand on me dit ça.

— Pourquoi ?

— Parce que les adultes le disent quand ils ont eu peur de ne pas arriver.

Ronan ferma les yeux.

— Alors je vais dire autre chose. Tu as Ă©tĂ© trĂšs intelligente. Et je suis lĂ  maintenant.

La porte s’ouvrit enfin. Elara courut vers lui. Il la serra contre lui sans pouvoir parler.

En bas, un coup de feu éclata.

Ronan descendit avec Elara dans les bras. La porte d’entrĂ©e Ă©tait ouverte. Seraphina se tenait prĂšs du perron, une trace de sang sur la manche. Laurent avait disparu dans les bois.

— Tu es blessĂ©e ? demanda Ronan.

— Ce n’est pas mon sang.

À ses pieds, Victor Lemaire Ă©tait allongĂ©, conscient mais touchĂ© Ă  l’épaule. Il avait surgi de la grange et tentĂ© de tirer sur Seraphina. Laurent l’avait repoussĂ©, puis avait pris la fuite avec l’arme.

— Ils se sont retournĂ©s l’un contre l’autre, dit Beaulieu.

Victor ricana malgré la douleur.

— Vous croyez que Laurent m’a trahi ? Il vous a simplement offert le moins important de nous deux.

Les policiers le menottĂšrent.

Solùne fut conduite à l’hîpital. Avant de monter dans l’ambulance, elle attrapa le poignet de Ronan. Elle articula difficilement deux mots :

— Pas
 Victor.

— Quoi, pas Victor ?

Elle pointa Seraphina, puis Ronan, puis dessina une lettre dans l’air avec son doigt.

Un « P ».

Seraphina pĂąlit.

— Elle dit que Victor n’est pas mon pùre.

SolĂšne secoua la tĂȘte, puis traça une seconde lettre.

« L ».

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Laurent.

L’homme qui venait d’enlever Elara n’était pas seulement un complice. Il Ă©tait peut-ĂȘtre le pĂšre de Seraphina, et toute l’histoire des Delcourt avait Ă©tĂ© bĂątie pour cacher ce lien.

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