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Chapitre 13 - La chapelle sans porte

Chapter 13 - Chapitre 13 - La chapelle sans porte

Ils retournĂšrent au domaine Ă  la tombĂ©e du jour. La police avait terminĂ© les constatations, mais la maison restait sous surveillance. Elara refusa de rester Ă  l’hĂŽpital. Le mĂ©decin autorisa son retour Ă  condition qu’elle soit entourĂ©e et qu’aucune discussion violente n’ait lieu devant elle.

Ronan aurait voulu la garder loin de la chapelle. Elara insista.

— C’est maman qui m’a appris le chemin.

Le sentier traversait une partie ancienne du parc, derriÚre les serres abandonnées. Les arbres y poussaient librement. AprÚs dix minutes, la chapelle apparut sous le lierre, petite construction de pierre blanche dont la façade ne montrait aucune ouverture.

— La porte est de l’autre cĂŽtĂ©, dit Elara.

Ils contournĂšrent le bĂątiment. Une plaque funĂ©raire masquait un passage Ă©troit. Sur la pierre Ă©tait gravĂ© le nom d’Édouard Delcourt. Elara posa la main sur une Ă©toile sculptĂ©e. Un mĂ©canisme cĂ©da avec un grincement.

La plaque pivota.

— Camille venait ici ? demanda Ronan.

Madeleine acquiesça.

— Aprùs la mort de votre pùre. Elle disait qu’il fallait parfois demander des comptes aux morts.

À l’intĂ©rieur, l’air Ă©tait froid. Une seule fenĂȘtre de verre jaune laissait entrer la lumiĂšre du soir. Sous cette fenĂȘtre se trouvait un coffre de bois.

Ronan l’ouvrit avec la petite clĂ© de la boĂźte Ă  musique.

Le document de dĂ©signation Ă©tait lĂ , accompagnĂ© d’une lettre et d’un second test ADN.

Diane lut le résultat.

— Seraphina n’a aucun lien avec Édouard Delcourt. ProbabilitĂ© de paternitĂ© exclue.

Un autre rapport comparait son ADN Ă  celui de Laurent Dumas.

Probabilité : 99,98 %.

Seraphina s’assit sur le banc de pierre. Elle ne pleura pas. Son visage se contracta comme si tout son corps tentait de retenir une douleur trop ancienne.

Ronan ouvrit la lettre de Camille.

« La personne dĂ©signĂ©e comme protectrice supplĂ©ante d’Elara est AgnĂšs Delcourt. Si AgnĂšs refuse ou disparaĂźt, Madeleine Vautrin prend sa place. Ni Victor, ni Laurent, ni Seraphina ne doivent contrĂŽler le trust. Je ne fais pas cela par vengeance. Je le fais parce qu’un enfant ne doit jamais devenir une monnaie dans les comptes des adultes. »

AgnĂšs ferma les yeux.

— Elle me faisait confiance.

— Elle savait que vous vous Ă©tiez rĂ©conciliĂ©es, dit Madeleine.

Ronan poursuivit la lecture.

« Ronan, tu m’en voudras d’avoir prĂ©vu ton incapacitĂ©. Je l’accepte. Mais je veux que tu comprennes : aimer quelqu’un ne signifie pas supposer qu’il sera toujours fort. Cela signifie prĂ©voir qui tiendra sa main le jour oĂč il ne le pourra pas. »

Il replia la lettre.

Le document suffisait Ă  bloquer la prise de contrĂŽle du trust par Laurent. Mais pour annuler le vote du conseil et prouver les dĂ©tournements, il fallait prĂ©senter les preuves Ă  un juge. Victor pouvait contester l’authenticitĂ©. Laurent pouvait faire disparaĂźtre les archives.

— Nous devons sortir d’ici, dit Diane.

Un bruit venait du parc.

Des phares balayĂšrent les vitraux. Plusieurs vĂ©hicules s’arrĂȘtĂšrent prĂšs de la chapelle.

Ronan Ă©teignit sa lampe. Beaulieu n’avait envoyĂ© personne.

Une voix amplifiée retentit dehors.

— Ronan, la police a reçu un signalement : vous auriez enlevĂ© votre Ă©pouse et votre fille, puis forcĂ© plusieurs personnes Ă  pĂ©nĂ©trer dans une propriĂ©tĂ© funĂ©raire privĂ©e.

Laurent.

Il utilisait maintenant les institutions comme des armes.

Deux policiers en uniforme apparurent derriĂšre la plaque ouverte. Ils semblaient sincĂšrement croire qu’ils intervenaient dans une crise familiale. Ronan leva les mains et demanda Ă  parler Ă  leur supĂ©rieur.

Laurent se tenait plus loin, entouré de deux avocats. Il souriait à peine.

Seraphina sortit de la chapelle la premiĂšre.

— Je ne suis pas retenue contre mon grĂ©, dĂ©clara-t-elle. Ma fille a Ă©tĂ© enlevĂ©e par cet homme ce matin.

— Votre fille ? demanda un policier.

Le mot provoqua un silence.

Seraphina regarda Elara. Elle corrigea d’une voix plus basse.

— La fille de mon mari.

Laurent s’approcha.

— Elle est en Ă©tat de confusion. Sa mĂšre a Ă©tĂ© hospitalisĂ©e, Victor blessĂ©, Ronan suspendu. Tout ce groupe fabrique une histoire pour empĂȘcher le fonctionnement normal de l’entreprise.

Diane sortit son tĂ©lĂ©phone et lança l’enregistrement de Laurent parlant avec Victor quatre ans plus tĂŽt.

Laurent ne changea pas d’expression.

— Un montage.

— Nous avons le test ADN, dit Seraphina.

Pour la premiĂšre fois, son visage se tendit.

— Quel test ?

Elle lui tendit une copie, pas l’original.

Laurent la parcourut. Ses yeux revinrent sur elle.

— Solùne t’a menti toute sa vie.

— Non. C’est toi.

— J’ai payĂ© tes Ă©coles. Tes loyers. Tes dettes.

— Tu as financĂ© la laisse avec laquelle tu me tenais.

Les policiers hĂ©sitaient. Puis Beaulieu arriva avec un mandat provisoire obtenu grĂące Ă  l’enlĂšvement et au tĂ©moignage de SolĂšne. Laurent fut invitĂ© Ă  les suivre.

Il ne résista pas. Avant de monter dans la voiture, il se pencha vers Seraphina.

— Tu crois que ce test te libĂšre ? Il prouve seulement que tu es ma fille. Et tout ce que tu as signĂ© prouve que tu es ma complice.

Seraphina pĂąlit.

AprÚs son départ, Ronan vérifia le coffre.

L’original du document de dĂ©signation avait disparu.

Diane tenait encore la chemise oĂč il se trouvait quelques minutes plus tĂŽt. Elle regarda ses mains, puis la sortie par laquelle les policiers Ă©taient passĂ©s.

— Quelqu’un l’a pris pendant la confrontation.

Elara tira la manche de son pĂšre.

— Papa, la dame qui ne pleure pas a mis une feuille dans son manteau avant de sortir.

Tous les regards se tournĂšrent vers Diane.

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Elle recula d’un pas.

La femme qui avait apportĂ© les preuves venait peut-ĂȘtre de voler la seule piĂšce capable de sauver Elara.

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