Chapitre 12 - La signature de lâĂ©pouse

Chapter 12 - Chapitre 12 - La signature de lâĂ©pouse
La rĂ©union du conseil se tint par visioconfĂ©rence sĂ©curisĂ©e. Ronan sâinstalla dans le bureau de lâhĂŽpital, avec AgnĂšs, Diane et un avocat indĂ©pendant contactĂ© par Beaulieu. Seraphina resta dans le couloir. Sa prĂ©sence pouvait ĂȘtre utilisĂ©e contre lui, mais son absence aussi.
Sur lâĂ©cran, douze visages apparurent. Laurent Dumas occupait la place centrale. Il portait un costume propre, comme sâil nâavait pas passĂ© la matinĂ©e Ă fuir dans les bois.
â Ronan, dit-il avec gravitĂ©, nous sommes tous soulagĂ©s que votre fille ait Ă©tĂ© retrouvĂ©e.
Ronan sentit sa main se crisper sous la table.
â Tu lâas enlevĂ©e.
Un murmure parcourut le conseil.
Laurent soupira.
â Vous voyez ? Câest exactement le type dâaccusation inquiĂ©tante dĂ©crit dans lâexpertise.
Lâavocat de Ronan demanda la suspension de la sĂ©ance. Ătienne Varenne refusa : les statuts prĂ©voyaient un vote immĂ©diat en cas de risque pour lâentreprise.
Laurent prĂ©senta des documents : rapports mĂ©dicaux, tĂ©moignages dâemployĂ©s, relevĂ©s montrant des dĂ©cisions impulsives de Ronan aprĂšs la mort de Camille. Chaque Ă©lĂ©ment rĂ©el Ă©tait entourĂ© de faux assez habiles pour lui donner un autre sens.
Puis apparut la demande signée par Seraphina.
« Je soussignĂ©e, Seraphina Delcourt, atteste que mon Ă©poux souffre dâĂ©pisodes de confusion, de colĂšre et de comportements mettant en danger notre foyer⊠»
Ronan reconnut sa signature au bas dâune page annexe.
â Comment lâont-ils obtenue ? demanda Diane Ă voix basse.
AgnĂšs comprit la premiĂšre.
â Le contrat de rĂ©novation.
Six mois plus tĂŽt, Seraphina avait signĂ© plusieurs documents pour autoriser des travaux dans lâaile ouest. Victor avait prĂ©sentĂ© les pages une Ă une sur une tablette. Une signature numĂ©rique pouvait avoir Ă©tĂ© copiĂ©e.
Seraphina entra dans la piÚce malgré les protestations.
â Cette demande est fausse, dit-elle face Ă la camĂ©ra.
Laurent sourit légÚrement.
â Tu sembles fatiguĂ©e, ma chĂšre.
Elle se figea au mot « chÚre ».
â Dis-leur oĂč tu Ă©tais ce matin.
â Ă la recherche de ma mĂšre et dâElara.
â Avec Ronan, que tu accuses depuis des mois dâĂȘtre instable ?
â Je ne lâai jamais accusĂ©.
Laurent fit afficher des messages envoyĂ©s depuis son tĂ©lĂ©phone. Dans lâun, elle Ă©crivait Ă Victor : « Il devient imprĂ©visible. Je crains pour lâenfant. »
Seraphina regarda lâĂ©cran.
â Je nâai pas Ă©crit cela.
â Tout est faux, alors ? demanda Laurent. Les messages, la signature, les tĂ©moins ? Et la scĂšne de cette nuit ? Tu ne lui as pas demandĂ© de quitter la maison aprĂšs lâavoir trouvĂ©e en train dâhumilier ta fille, Ronan ?
Il avait retournĂ© la vĂ©ritĂ© avec une facilitĂ© effrayante. Sâil affirmait que Ronan avait imaginĂ© la menace, la gamelle devenait le symptĂŽme dâune crise, pas la preuve dâune cruautĂ©.
Ătienne annonça le vote.
AgnĂšs posa une main sur lâĂ©paule de son fils.
â Quoi quâil arrive, ne leur donne pas ta colĂšre.
Les votes apparurent un Ă un. Cinq pour le maintien de Ronan. Six pour sa suspension. Il restait la voix dâĂtienne.
Le vieil homme regarda Ronan.
â Je suis dĂ©solĂ©.
Sept voix.
Laurent Dumas devenait président exécutif temporaire du groupe Delcourt.
Son premier acte fut dâordonner le gel de tous les comptes personnels liĂ©s au trust dâElara, sous prĂ©texte de les protĂ©ger. Son second fut de rĂ©voquer les accĂšs de Ronan aux archives de lâentreprise.
â Câest terminĂ©, dit Laurent. Repose-toi. Occupe-toi de ta fille.
â Tu ne gagneras pas.
â Jâai dĂ©jĂ gagnĂ© ce qui mâintĂ©ressait.
LâĂ©cran devint noir.
Ronan resta assis. Il venait de perdre en vingt minutes lâentreprise construite par trois gĂ©nĂ©rations, mais la douleur nâĂ©tait pas celle quâil aurait imaginĂ©e. Elle ressemblait moins Ă un arrachement quâĂ la dĂ©couverte dâun poids inutile.
â Il croit que vous allez vous battre pour le fauteuil, dit Diane.
â Il se trompe.
â Quâallez-vous faire ?
Ronan regarda la chambre oĂč dormait Elara.
â Je vais me battre pour ce quâil essaie de cacher derriĂšre le fauteuil.
Seraphina sâappuya contre le mur.
â Le document de dĂ©signation du trust.
â Camille lâa cachĂ© dans un endroit que Victor ne connaissait pas. Elara avait la clĂ© de la chambre bleue. Elle avait aussi le mot dans son lapin. Camille a construit tout cela autour de souvenirs que seule notre fille pouvait reconnaĂźtre.
AgnÚs réfléchit.
â La boĂźte Ă musique, la chanson, le cheval bleuâŠ
Madeleine, restĂ©e auprĂšs dâElara, entra Ă cet instant.
â Elle vient de se rĂ©veiller. Elle demande pourquoi sa mĂšre dessinait toujours une fenĂȘtre jaune dans ses maisons.
Ronan se leva.
Dans la chambre, Elara avait repris le dessin au soleil noir. Elle ajoutait une petite fenĂȘtre jaune au dernier Ă©tage.
â Maman disait que câĂ©tait la fenĂȘtre oĂč la vĂ©ritĂ© attendait, expliqua-t-elle.
â Dans quelle maison ?
â Celle qui nâa pas de porte.
Madeleine porta une main Ă sa bouche.
â Le mausolĂ©e.
Sur le domaine Delcourt, au fond du parc, se trouvait une petite chapelle funĂ©raire sans entrĂ©e visible depuis le chemin. La porte avait Ă©tĂ© murĂ©e aprĂšs lâenterrement dâĂdouard.
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Ronan comprit que Camille nâavait pas cachĂ© le document dans la maison des vivants.
Elle lâavait placĂ© parmi les morts.