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Chapitre 06 - La poupée sans visage

Chapter 06 - Chapitre 06 - La poupée sans visage

Ronan fut le premier Ă  atteindre le petit salon. Elara Ă©tait debout sur le canapĂ©, le dos collĂ© au mur. Sur le tapis reposait une poupĂ©e de porcelaine dont le visage avait Ă©tĂ© grattĂ© jusqu’à devenir blanc.

Elle ne se trouvait pas lĂ  quelques minutes plus tĂŽt.

Madeleine prit l’enfant dans ses bras pendant qu’AgnĂšs inspectait les fenĂȘtres. Toutes Ă©taient fermĂ©es. Le garde jura que personne n’était entrĂ© par le couloir.

Autour du cou de la poupée pendait un ruban bleu. Une carte y était attachée.

Ronan la retourna.

« Les enfants paient toujours pour les fautes des adultes. »

Il froissa le carton dans sa main.

— J’appelle la police.

— Non, dit Madeleine.

— Cette personne est entrĂ©e dans la maison et a menacĂ© ma fille.

— C’est prĂ©cisĂ©ment ce qu’elle veut. Une agitation visible. Des voitures devant le portail. Des questions auxquelles nous ne savons pas encore rĂ©pondre.

— Je me moque de ce qu’elle veut.

Elara leva le visage vers lui.

— Papa, je connais cette poupĂ©e.

Ronan se tut.

— Elle Ă©tait dans la chambre de Seraphina. Elle disait qu’elle appartenait Ă  sa maman.

AgnĂšs prit la carte avec un mouchoir.

— Alors Seraphina est revenue.

— Ou quelqu’un veut que nous le croyions, rĂ©pondit Madeleine.

Ils fouillĂšrent la maison piĂšce par piĂšce. Dans la chambre de Seraphina, les placards Ă©taient vides, mais un parfum lĂ©ger flottait encore. La fenĂȘtre donnant sur le toit de la vĂ©randa Ă©tait entrouverte.

Sur la coiffeuse, un flacon avait Ă©tĂ© dĂ©placĂ©. DerriĂšre, Ronan trouva une photo dĂ©chirĂ©e. On y voyait Seraphina enfant, Ă  cĂŽtĂ© de sa mĂšre SolĂšne. Un homme se tenait Ă  leur droite, mais sa tĂȘte avait Ă©tĂ© arrachĂ©e.

Dans le coin infĂ©rieur, une main d’homme portait une chevaliĂšre avec les initiales V.L.

— Victor Lemaire, souffla Ronan.

AgnĂšs secoua la tĂȘte.

— Victor ne connaissait pas SolĂšne Ă  cette Ă©poque. Il dĂ©butait Ă  peine au cabinet de ton pĂšre.

— Nous ignorons ce qu’il connaissait rĂ©ellement.

Madeleine retourna la photographie.

Une phrase avait été écrite au stylo : « Il a promis de nous rendre notre nom. »

Ronan appela le service juridique du groupe. L’associĂ©e de Victor rĂ©pondit aprĂšs plusieurs tentatives. MaĂźtre Lemaire avait quittĂ© Paris dans la nuit. Il avait annulĂ© tous ses rendez-vous et emportĂ© des dossiers d’archives concernant la succession d’Édouard Delcourt, le pĂšre de Ronan.

— Il a pris autre chose ? demanda Ronan.

— Un dossier mĂ©dical sous scellĂ©s, rĂ©pondit l’associĂ©e. Je n’étais pas autorisĂ©e Ă  l’ouvrir.

Le test de filiation.

Ronan organisa aussitĂŽt la protection d’Elara. Deux agents privĂ©s furent appelĂ©s, recommandĂ©s par un ancien collĂšgue qui ne devait rien Ă  Victor. Il fit changer les codes, couper le rĂ©seau interne et vĂ©rifier chaque accĂšs de service.

Pendant ce temps, Elara refusait de quitter Madeleine.

— Tu veux que je prĂ©pare du chocolat ? demanda la vieille gouvernante.

— Comme avant ?

— Exactement comme avant.

La fillette acquiesça.

Ronan les regarda partir vers la cuisine. Une douleur sourde l’envahit. Sa fille avait des souvenirs de Madeleine qu’il lui avait arrachĂ©s. Il avait cru protĂ©ger la rĂ©putation de Camille en Ă©loignant une voleuse. En rĂ©alitĂ©, il avait privĂ© Elara d’une prĂ©sence sĂ»re.

AgnĂšs posa une main sur son bras.

— Tu ne pouvais pas savoir.

— J’aurais pu Ă©couter.

— Oui, rĂ©pondit-elle. Tu aurais pu.

Elle ne chercha pas Ă  le consoler avec un mensonge. C’était peut-ĂȘtre pour cela qu’il lui en avait voulu si longtemps.

À neuf heures, Ronan reçut un message de Seraphina. Une photographie montrait une falaise normande sous la pluie. Au premier plan, un vieux banc de bois portait les initiales C.D. et S.L.

« Midi. Seul. Si tu amĂšnes quelqu’un, je disparais avec ce que je sais. »

— Tu n’iras pas seul, dit Agnùs.

— Elle ne parlera pas sinon.

— Elle t’a menti pendant des annĂ©es.

— Et pourtant elle vient de nous conduire à Victor.

Madeleine revint avec Elara et deux tasses. Elle observa la photographie.

— Je connais cet endroit. Camille y louait une maison lorsqu’elle Ă©tait Ă©tudiante. C’est lĂ  qu’elle a rencontrĂ© Seraphina.

— Vous viendrez en voiture derriĂšre moi, dĂ©cida Ronan. À distance. Elara restera ici avec ma mĂšre et les agents.

Elara posa sa tasse.

— Non.

— C’est plus sĂ»r.

— C’est ce que maman disait avant de partir en voyage.

La phrase coupa la piĂšce en deux.

Ronan s’agenouilla devant elle.

— Je reviendrai.

— Elle aussi avait dit ça.

Il chercha les mots justes, ceux qu’un pĂšre devrait toujours avoir, et ne trouva que la vĂ©ritĂ©.

— J’ai peur, moi aussi. Mais je vais faire quelque chose que maman n’a pas pu faire : je vais te dire oĂč je vais, avec qui, et quand je reviens. Mamie restera avec toi. Madeleine aussi. Et personne ne te demandera d’ĂȘtre courageuse toute seule.

Elara le regarda longtemps, puis hocha la tĂȘte.

Avant son dĂ©part, elle courut chercher son lapin en tissu. Elle ouvrit une couture sous l’oreille et en sortit un minuscule papier pliĂ©.

— Maman l’avait mis là.

Ronan déplia le mot.

« Si Papa part pour la maison de la falaise, dis-lui de ne pas croire la femme qui pleure. Croire celle qui ne peut plus pleurer. »

Il leva les yeux vers Madeleine.

— Qu’est-ce que cela signifie ?

Elle pĂąlit.

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— À la maison de la falaise, il n’y avait pas deux femmes. Il y en avait trois.

Et la troisiÚme était morte officiellement depuis six ans.

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