Chapitre 20 - Le dernier otage

Chapter 20 - Chapitre 20 - Le dernier otage
La personne disparue Ă©tait Ătienne Varenne.
AprĂšs le gala, il nâĂ©tait pas rentrĂ© chez lui. Son chauffeur avait reçu un message lui ordonnant de partir sans lui. Les camĂ©ras montraient Ătienne montant dans une voiture conduite par un homme de Laurent.
â Il lâutilisera pour rĂ©cupĂ©rer la lettre de chantage et forcer Claire Ă se rĂ©tracter, expliqua Victor depuis son lit dâhĂŽpital. Laurent ne laisse jamais un tĂ©moin libre quand il commence Ă perdre.
Beaulieu refusa de dĂ©placer Victor. Il obtint nĂ©anmoins les plans de lâusine et le code dâun ancien coffre-fort. Victor donna aussi lâemplacement dâune salle souterraine oĂč Laurent conservait les archives non numĂ©risĂ©es.
â Pourquoi nous aider maintenant ? demanda Ronan par tĂ©lĂ©phone.
Victor eut un silence.
â Parce quâil a tirĂ© sur moi. Parce quâil a fait tirer sur Seraphina. Et parce que jâai passĂ© trente ans Ă croire que survivre auprĂšs dâun homme puissant valait mieux que vivre honnĂȘtement loin de lui.
â Ce nâest pas du remords.
â Non. Le remords viendra peut-ĂȘtre en prison, si jâai assez de temps.
Cette honnĂȘtetĂ© tardive ne rachetait rien, mais elle Ă©tait plus utile que ses excuses.
La police encercla lâusine avant lâaube. Ronan resta dans un vĂ©hicule de commandement avec Claire, autorisĂ©e Ă participer Ă lâappel sous surveillance. Laurent exigeait de lui parler.
Son visage apparut sur un Ă©cran. DerriĂšre lui, Ătienne Ă©tait assis sur une chaise, les mains libres mais le teint gris.
â Claire, dit Laurent, tu vas dĂ©clarer que Ronan et Diane tâont forcĂ©e Ă voler les bijoux. Tu diras que ton pĂšre a menti au gala parce quâAgnĂšs le menaçait.
Claire regarda son pĂšre.
â Est-ce quâil tâa fait du mal ?
Ătienne secoua la tĂȘte.
â Ne signe rien.
Laurent le frappa au visage dâun revers de main. Le geste fut bref, presque administratif.
Ronan sentit Claire vaciller.
â Je ferai ce que tu veux, dit-elle.
Beaulieu lui lança un regard. Elle poursuivit selon le plan.
â Mais je veux voir les documents. Je veux ĂȘtre certaine quâaprĂšs ma dĂ©claration, tu ne garderas rien contre nous.
Laurent sourit.
â Tu apprends enfin.
Il tourna la caméra vers une table couverte de dossiers. Parmi eux se trouvait un registre portant le sceau de la fondation Delcourt. Diane reconnut le grand livre original des comptes.
La camĂ©ra rĂ©vĂ©la aussi une fenĂȘtre brisĂ©e et une conduite jaune au mur. Les plans indiquaient la salle des chaudiĂšres, pas la salle souterraine annoncĂ©e par Victor.
â Il a changĂ© de piĂšce, murmura Beaulieu.
Ronan observa lâimage. DerriĂšre Laurent, une horloge industrielle indiquait 5 h 40. Pourtant, il Ă©tait 5 h 52.
â La vidĂ©o nâest pas en direct.
Beaulieu comprit. Laurent gagnait du temps. Les policiers fouillaient le mauvais bĂątiment tandis quâil se trouvait ailleurs.
Claire regarda de nouveau lâĂ©cran.
â Papa, oĂč est le livre que tu me lisais quand jâĂ©tais petite ?
Ătienne cligna des yeux.
â Dans la maison rouge, rĂ©pondit-il.
CâĂ©tait un code familial. La « maison rouge » dĂ©signait lâentrepĂŽt de Suresnes oĂč Ătienne cachait autrefois les cadeaux de NoĂ«l. Laurent lâavait rachetĂ© via une filiale.
Les unités changÚrent de direction.
Ronan insista pour les accompagner. Beaulieu refusa dâabord, puis accepta quâil reste Ă lâextĂ©rieur du pĂ©rimĂštre. Claire les suivit dans une voiture de police.
à Suresnes, le hangar rouge paraissait abandonné. Une porte latérale était ouverte. Les policiers entrÚrent.
Laurent se tenait au centre, un bidon dâessence prĂšs des dossiers. Ătienne Ă©tait derriĂšre lui. Pas dâarme visible.
â Tout sâarrĂȘte ici, dit Beaulieu.
Laurent regarda Ronan au-delĂ des policiers.
â Tu crois que ces papiers te rendront ta femme ?
â Non.
â Ton entreprise ?
â Peut-ĂȘtre.
â Alors pourquoi continuer ?
Ronan pensa à Elara, à la gamelle sur le marbre, à sa mÚre agenouillée pour avouer sa lùcheté, à Seraphina étendue dans une robe noire.
â Pour que ma fille grandisse dans un monde oĂč les adultes ne gagnent pas seulement parce quâils ont rĂ©ussi Ă faire taire tout le monde.
Laurent eut un rire fatigué.
â Les enfants oublient.
â Non. Ils apprennent Ă vivre autour de ce quâon refuse de nommer.
Laurent renversa le bidon. Lâessence se rĂ©pandit sur le sol. Il sortit un briquet.
Ătienne se leva brusquement et heurta son bras. Le briquet tomba. Les policiers intervinrent. Laurent fut plaquĂ© au sol sans quâun coup de feu soit tirĂ©.
Claire courut vers son pĂšre.
Dans les dossiers rĂ©cupĂ©rĂ©s figuraient les virements originaux, les ordres donnĂ©s Ă Victor, le paiement de lâexpert automobile et une liste de personnes menacĂ©es. Au bas dâune note manuscrite, Laurent avait Ă©crit : « AprĂšs C., faire dĂ©clarer R. incapable. Utiliser S. et lâenfant. »
Il avait résumé quatre années de souffrance en une ligne.
Au moment dâĂȘtre emmenĂ©, Laurent demanda Ă voir Seraphina. Ronan refusa de rĂ©pondre Ă sa place.
Ă lâhĂŽpital, Seraphina Ă©couta la demande, puis secoua la tĂȘte.
â Je le verrai au tribunal. Pas pour lui. Pour ne plus dĂ©tourner les yeux.
Elle regarda Ronan.
â Et Elara ?
â Elle est en sĂ©curitĂ©.
â Est-ce quâelle sait pour moi ?
â Elle sait que tu as fait des choses mauvaises et que tu as aidĂ© Ă arrĂȘter Laurent.
Seraphina ferma les yeux.
â Dis-lui que je suis dĂ©solĂ©e.
â Tu le lui diras toi-mĂȘme un jour, si elle accepte de tâĂ©couter.
Ronan ne promettait ni pardon ni retour. Seulement la possibilitĂ© dâune vĂ©ritĂ© future.
May you like
Trois mois plus tard, le procĂšs sâouvrit. Et la premiĂšre personne appelĂ©e Ă la barre ne fut ni Laurent, ni Victor, ni Ronan.
Ce fut Elara, par lâintermĂ©diaire dâune dĂ©claration enregistrĂ©e quâaucun adulte nâavait encore entendue.