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Chapitre 18 - Le gala des absents

Chapter 18 - Chapitre 18 - Le gala des absents

Ronan fut placĂ© en garde Ă  vue Ă  sept heures douze. Beaulieu protesta contre la prĂ©cipitation, mais le dossier transmis au parquet semblait accablant : la vidĂ©o de l’atelier, un enregistrement de dispute, des traces du sĂ©datif et un nouveau tĂ©moignage de Victor affirmant que Ronan lui avait demandĂ© de « rĂ©gler le problĂšme des freins ».

Victor avait obtenu son transfert dans une unité sécurisée en échange de sa coopération.

— Il ment pour nĂ©gocier sa peine, dit Ronan Ă  son avocat.

— Je le sais. Mais il donne aux enquĂȘteurs une histoire complĂšte. Les histoires complĂštes sont dangereuses, mĂȘme lorsqu’elles sont fausses.

Ronan demanda une seule chose : que le gala ait lieu comme prĂ©vu. Laurent devait croire qu’il avait gagnĂ©.

Au siĂšge du groupe Delcourt, les salons furent illuminĂ©s dĂšs le soir. Des journalistes Ă©conomiques, des administrateurs et des donateurs de la fondation se pressaient sous les lustres. L’absence de Ronan faisait l’effet d’une prĂ©sence invisible.

Seraphina arriva dans une robe noire simple. Pas de bijoux. Aucun sourire. Les caméras se tournÚrent vers elle.

— Soutenez-vous votre mari ? demanda une journaliste.

Seraphina marqua une pause.

— Je soutiens la vĂ©ritĂ©.

La réponse était suffisamment ambiguë pour nourrir toutes les interprétations.

Laurent l’accueillit au pied de l’escalier.

— Tu as enfin compris, dit-il à voix basse.

— J’ai compris que personne ne me sauvera à ma place.

— Tu es ma fille.

— C’est ce que dit un rapport.

— Le sang finit toujours par parler.

— Non. Le sang est silencieux. Ce sont les actes qui parlent.

Laurent sourit, croyant entendre la colĂšre d’une alliĂ©e potentielle.

Dans une salle voisine, AgnĂšs et Diane transmettaient les preuves au procureur financier. Étienne prĂ©parait une motion d’annulation du vote. Madeleine Ă©tait restĂ©e au domaine avec Elara, protĂ©gĂ©e par plusieurs agents.

À vingt et une heures, Laurent monta sur scĂšne. Il annonça que le groupe devait « tourner la page des drames privĂ©s » et se recentrer sur la rentabilitĂ©. La fondation serait restructurĂ©e. Plusieurs propriĂ©tĂ©s seraient vendues. Une branche industrielle passerait sous le contrĂŽle d’un fonds Ă©tranger dĂšs le lendemain.

— Il vide la maison avant que le juge n’arrive, murmura Agnùs.

Étienne demanda la parole.

— Avant tout vote, nous devons examiner de nouvelles piĂšces concernant l’élection de monsieur Dumas.

Laurent ne perdit pas son calme.

— Étienne, pensez à votre famille.

Cette fois, le vieil homme regarda les journalistes.

— C’est prĂ©cisĂ©ment ce que je fais. J’ai votĂ© sous la menace. Ma fille a commis des actes illĂ©gaux pour me protĂ©ger. J’en accepte la responsabilitĂ© morale et je remettrai ma dĂ©mission aprĂšs cette sĂ©ance.

Un tumulte parcourut la salle.

Diane fit afficher les relevés de la fondation. AgnÚs présenta la copie certifiée du document de Camille. Le docteur Armand apparut en visioconférence pour confirmer la falsification du rapport psychiatrique.

Laurent regarda Seraphina.

— Maintenant.

C’était le signal qu’il lui avait donnĂ©. Elle devait s’avancer et dĂ©clarer que Ronan Ă©tait violent, que la gamelle avait Ă©tĂ© inventĂ©e, que toute la famille la manipulait.

Seraphina prit le micro.

— Il y a quatre nuits, j’ai placĂ© une gamelle vide prĂšs d’une enfant de sept ans pour l’humilier et provoquer son pĂšre.

La salle se figea.

— Je ne l’ai pas touchĂ©e. Je ne lui ai pas demandĂ© d’y manger. Mais j’ai voulu lui faire peur. Je l’ai fait parce que Victor Lemaire et Laurent Dumas m’avaient ordonnĂ© de la sortir de la maison. Je croyais pouvoir contrĂŽler la scĂšne. J’ai utilisĂ© une enfant pour exĂ©cuter un plan d’adultes.

Laurent fit un pas vers elle.

— Tais-toi.

— Non.

Elle continua, la voix plus ferme.

— J’ai signĂ© des sociĂ©tĂ©s Ă©crans. J’ai fermĂ© les yeux sur des virements. J’ai acceptĂ© d’épouser Ronan en prĂ©tendant ne pas connaĂźtre Camille. J’ai commis des dĂ©lits. Je rĂ©pondrai devant la justice. Mais Laurent Dumas est mon pĂšre, et il m’a utilisĂ©e depuis mon enfance pour dĂ©tourner l’argent destinĂ© Ă  des enfants sans famille.

Des policiers entrÚrent par les portes latérales.

Laurent recula.

— Vous n’avez rien de recevable contre moi.

— Nous avons Solùne, dit une voix.

La vieille femme apparut au bras de Beaulieu. Son mĂ©decin avait autorisĂ© une courte sortie sous surveillance. Elle tenait une tablette sur laquelle une dĂ©claration enregistrĂ©e venait d’ĂȘtre transmise au parquet.

Laurent la regarda comme s’il voyait un fantîme.

— Tu devrais ĂȘtre morte.

Le micro de Seraphina capta la phrase.

Le murmure de la salle devint un choc collectif.

Beaulieu s’approcha pour l’arrĂȘter. Laurent leva les mains, puis se tourna vers l’écran gĂ©ant derriĂšre lui.

Une vidĂ©o s’y lança soudain.

On y voyait Ronan dans l’atelier, penchĂ© sur la voiture de Camille. Puis l’image changeait : Ronan, hors de lui, disait Ă  sa femme qu’il ne lui pardonnerait jamais si elle dĂ©truisait la famille.

Laurent sourit.

— Vous voulez un coupable ? Il est dĂ©jĂ  en prison.

À cet instant, toutes les lumiĂšres s’éteignirent.

Dans l’obscuritĂ©, un coup de feu retentit.

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Quand l’éclairage de secours revint, Laurent avait disparu.

Et Seraphina gisait au pied de la scĂšne, une tache sombre s’élargissant sur sa robe noire.

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