Chapitre 07 - La maison de la falaise

Chapter 07 - Chapitre 07 - La maison de la falaise
La route vers la cĂŽte Ă©tait noyĂ©e de pluie. Ronan conduisait sans musique, les deux mains sur le volant, tandis que la mer apparaissait parfois entre les collines comme une lame dâacier.
Madeleine suivait Ă plusieurs kilomĂštres dans une autre voiture. Ils avaient convenu quâelle nâapprocherait quâen cas de danger. Pourtant, Ronan savait dĂ©jĂ que le danger ne viendrait pas forcĂ©ment dâune arme ou dâune embuscade. Certaines vĂ©ritĂ©s suffisent Ă dĂ©truire un homme sans laisser de trace sur son corps.
La maison de la falaise se trouvait au bout dâun chemin couvert dâherbe. Les volets Ă©taient ouverts. Une fumĂ©e fine sortait de la cheminĂ©e.
Seraphina lâattendait sur le banc aperçu dans la photographie. Elle portait un pantalon noir, un pull crĂšme et un manteau clair. Sans sa robe rouge, sans ses bijoux, elle semblait plus jeune et plus fatiguĂ©e.
â Tu es venu seul, dit-elle.
â RĂ©ponds Ă mes questions.
â Toujours le juge.
â Toujours la fuite.
Elle baissa les yeux vers ses mains.
â Ma mĂšre, SolĂšne, a travaillĂ© pour ton pĂšre. Elle a eu une liaison avec lui. Quand elle est tombĂ©e enceinte, il lui a promis quâil reconnaĂźtrait lâenfant. Puis AgnĂšs a dĂ©couvert la relation.
Ronan se raidit.
â Ma mĂšre dit quâelle lâa appris plus tard.
â Ta mĂšre dit ce qui lui permet de dormir.
â Tu as une preuve ?
Seraphina sortit de sa poche une cassette audio ancienne.
â La voix dâĂdouard. Il supplie ma mĂšre de partir. Il lui promet une maison, une rente, un nom dans un testament secret. Victor Ă©tait prĂ©sent.
â Pourquoi Victor ?
â Parce quâil Ă©tait dĂ©jĂ lâhomme qui nettoyait les dĂ©gĂąts de ton pĂšre.
Elle se leva et marcha vers la maison.
Ă lâintĂ©rieur, tout Ă©tait restĂ© presque intact : un canapĂ© couvert dâun drap, une table en bois, des tasses dĂ©pareillĂ©es. Sur un mur, des photographies montraient Camille, Seraphina et une troisiĂšme jeune femme brune aux yeux trĂšs clairs.
Ronan sâapprocha.
â Qui est-ce ?
â Diane Morel. Notre amie. Celle qui ne peut plus pleurer.
â Elle est morte ?
Seraphina eut un rire bref.
â Officiellement, oui. Comme ma mĂšre.
Ronan se tourna vers elle.
â SolĂšne est vivante.
Seraphina ne répondit pas tout de suite. Ses yeux brillÚrent, mais aucune larme ne tomba.
â Ma mĂšre nâest pas morte dâun cancer comme lâindique lâacte. Victor a organisĂ© sa disparition. Elle devait rester cachĂ©e jusquâĂ lâexpiration de la clause de ton pĂšre.
â Pourquoi ?
â Parce quâune femme morte ne peut pas rĂ©clamer une filiation. Mais sa fille, oui. Et une morte peut ĂȘtre dĂ©placĂ©e, menacĂ©e, utilisĂ©e sans tĂ©moin.
Ronan sentit la colĂšre revenir.
â Tu as Ă©pousĂ© le fils de lâhomme que tu pensais ĂȘtre ton pĂšre.
Seraphina le regarda droit dans les yeux.
â Je ne suis pas la fille dâĂdouard.
La piĂšce sembla basculer.
â Le test est faux ?
â Le premier lâĂ©tait. Victor voulait que je le croie. Il avait besoin que je revendique lâhĂ©ritage, que jâentre dans ta vie, que je surveille Camille. Jâavais vingt-huit ans quand il mâa montrĂ© un dossier fabriquĂ©. JâĂ©tais endettĂ©e, ma mĂšre avait disparu, et il mâa offert une vĂ©ritĂ© simple : les Delcourt avaient volĂ© notre vie.
â Et Camille ?
â Camille mâa reconnue Ă une rĂ©ception. Nous nous Ă©tions perdues de vue. Elle a voulu mâaider. Puis elle a dĂ©couvert que Victor utilisait mon nom pour dĂ©tourner lâargent de la fondation.
Ronan serra les poings.
â Tu lâas aidĂ©.
â Au dĂ©but. Jâai signĂ© des documents. Jâai transportĂ© des enveloppes. Je croyais quâil rĂ©cupĂ©rait une dette. Quand jâai compris, jâai voulu partir. Il mâa montrĂ© des photos de ma mĂšre vivante et mâa dit quâelle mourrait vraiment si je parlais.
â Alors tu as Ă©pousĂ© un veuf et pris la place de sa femme.
â Il me lâa demandĂ©.
â Victor ?
â Non. Camille.
Ronan recula.
Seraphina ouvrit un tiroir et en sortit une lettre protégée par une pochette plastique.
« SĂ©raphine, sâil mâarrive quelque chose, reste prĂšs dâElara. Ronan est un bon pĂšre, mais il fait confiance aux mauvaises personnes quand il a peur dâĂȘtre seul. Ne laisse pas Victor atteindre notre fille. »
LâĂ©criture Ă©tait celle de Camille.
â Tu as utilisĂ© cette lettre pour entrer dans ma vie ?
â Je lâai utilisĂ©e pour me convaincre que ce que je faisais avait un sens.
â Et la gamelle ?
Pour la premiĂšre fois, Seraphina baissa la tĂȘte.
â CâĂ©tait impardonnable.
â Ce nâest pas une rĂ©ponse.
â Victor mâavait ordonnĂ© de sortir Elara de la maison avant ce soir. Il savait quâAgnĂšs viendrait, que la clĂ© serait ouverte. Je devais provoquer une rupture assez violente pour que tu me chasses et que personne ne sâĂ©tonne de mon dĂ©part avec une valise. Jâai voulu effrayer Elara sans la toucher. Jâai choisi quelque chose de cruel parce que je savais que tu rĂ©agirais.
â Tu lâas sacrifiĂ©e Ă ton plan.
â Oui.
Elle ne chercha pas dâexcuse. Cette absence de dĂ©fense rendit la scĂšne plus dure encore.
â OĂč est ta mĂšre ? demanda Ronan.
â Je lâignore. Diane le sait peut-ĂȘtre.
â OĂč est Diane ?
Une voix répondit derriÚre lui.
â Ici.
La femme brune des photographies se tenait dans lâembrasure de la porte. Son visage portait les marques dâune ancienne brĂ»lure sur la joue gauche. Ses yeux Ă©taient secs, presque transparents.
â Camille mâappelait celle qui ne peut plus pleurer, dit-elle. Mes glandes lacrymales ont Ă©tĂ© dĂ©truites dans lâincendie que Victor a fait passer pour ma mort.
Elle posa un dossier sur la table.
â Et jâai la preuve que la voiture de Camille nâĂ©tait pas destinĂ©e Ă Camille.
Sur la premiÚre page figurait une photographie du véhicule accidenté. Le siÚge conducteur avait été réglé pour une femme plus grande.
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La cible initiale nâĂ©tait pas Camille.
CâĂ©tait Seraphina.