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Chapitre 17 - La nuit que Ronan avait oubliée

Chapter 17 - Chapitre 17 - La nuit que Ronan avait oubliée

AgnĂšs ne nia pas s’ĂȘtre rendue au parquet. Elle demanda seulement Ă  parler avant que Ronan ne l’accuse.

Ils se retrouvĂšrent dans le petit salon de Claire, sous le regard de Beaulieu.

— J’ai vu ta voiture prùs du garage la veille de l’accident, dit-elle. Et je t’ai vu sortir de l’atelier.

— Pourquoi ne l’avoir jamais dit ?

— Parce que le lendemain, quand je t’ai interrogĂ©, tu ne te souvenais pas y ĂȘtre allĂ©.

Ronan sentit un vertige.

— C’est impossible.

— Tu Ă©tais sous calmants. Victor t’avait apportĂ© des comprimĂ©s aprĂšs ta crise au bureau.

— Quels comprimĂ©s ?

— Je l’ignorais. Tu avais les yeux ouverts, mais tu semblais ailleurs. Tu m’as dit que tu devais vĂ©rifier les freins de la voiture de Camille parce qu’elle se plaignait d’un bruit.

Ronan chercha le souvenir. Il trouva des fragments : l’odeur d’huile, une lumiĂšre blanche, le son mĂ©tallique d’un outil tombant au sol. Rien de plus.

— Tu crois que j’ai sabotĂ© sa voiture ?

AgnĂšs secoua la tĂȘte.

— Je crois que quelqu’un t’a conduit là pour que tu sois vu.

— Et tu as attendu quatre ans pour le dire.

— Victor m’a montrĂ© une vidĂ©o oĂč l’on te voyait toucher le systĂšme de freinage. Il m’a jurĂ© qu’il te protĂ©gerait si je gardais le silence. J’ai choisi mon fils au lieu de la vĂ©ritĂ© sur Camille.

Ronan s’éloigna. Pour la premiĂšre fois, il comprit que l’amour pouvait ĂȘtre aussi dangereux que la haine lorsqu’il refusait de regarder les faits.

Beaulieu demanda Ă  voir la vidĂ©o. AgnĂšs n’en avait qu’une copie partielle, envoyĂ©e Ă  l’époque sur un tĂ©lĂ©phone aujourd’hui cassĂ©. Les experts rĂ©cupĂ©rĂšrent le fichier.

On y voyait Ronan entrer dans l’atelier à 23 h 14. Il ouvrait le capot de la voiture, se penchait, puis disparaissait hors champ. Dix minutes plus tard, il repartait.

— La camĂ©ra ne montre pas le dessous du vĂ©hicule, observa Diane. Elle ne prouve pas qu’il a touchĂ© les freins.

— Elle suffit Ă  crĂ©er un doute, dit Beaulieu.

Le docteur Armand accepta de les recevoir dans une clinique privĂ©e. ÂgĂ© de soixante-dix ans, il avait pris sa retraite et souffrait d’une maladie pulmonaire. Il reconnut avoir prescrit Ă  Ronan un anxiolytique lĂ©ger, mais pas les comprimĂ©s trouvĂ©s dans son sang aprĂšs la mort de Camille.

— Quels comprimĂ©s ? demanda Ronan.

Le médecin consulta un ancien dossier.

— Votre analyse montrait un sĂ©datif dissociatif rarement utilisĂ© en ville. J’ai demandĂ© une contre-expertise. Victor Lemaire m’a indiquĂ© que vous aviez Ă©tĂ© hospitalisĂ© Ă  l’étranger et que le produit venait de lĂ .

— Je n’ai jamais Ă©tĂ© hospitalisĂ© Ă  l’étranger.

Armand pĂąlit.

— Alors le document Ă©tait faux.

Il ouvrit une armoire et remit Ă  Beaulieu ses notes originales. Elles prouvaient que le rapport psychiatrique prĂ©sentĂ© au conseil avait Ă©tĂ© modifiĂ©. Aucune dangerositĂ© n’était mentionnĂ©e.

— Camille est venue me voir deux jours avant sa mort, ajouta-t-il. Elle pensait que quelqu’un vous droguait Ă  petites doses. Elle voulait faire analyser vos mĂ©dicaments.

— A-t-elle donnĂ© un nom ?

— Elle a dit : « Celui qui lui apporte toujours ce dont il a besoin avant mĂȘme qu’il le demande. »

Victor.

Mais Victor Ă©tait Ă  l’hĂŽpital sous garde, et Laurent en libertĂ©. L’un avait administrĂ© la drogue. L’autre avait peut-ĂȘtre sabotĂ© la voiture. Ils avaient construit un crime en plaçant Ronan Ă  chaque Ă©tape.

Le docteur Armand leur remit une petite enveloppe.

— Camille m’a demandĂ© de conserver ceci si elle ne revenait pas.

À l’intĂ©rieur se trouvait un reçu de pharmacie et une photographie prise dans l’atelier. On y voyait Victor prĂšs de la voiture, Ă  23 h 41, aprĂšs le dĂ©part de Ronan.

— Pourquoi ne pas avoir remis cela à la police ? demanda Beaulieu.

Armand baissa les yeux.

— Victor m’a menacĂ© de rĂ©vĂ©ler que j’avais falsifiĂ© autrefois un dossier pour protĂ©ger un patient cĂ©lĂšbre. J’ai eu peur de perdre ma carriĂšre.

Encore un homme respectable qui avait choisi sa réputation.

En sortant de la clinique, Ronan reçut un appel d’Étienne Varenne.

— Laurent convoque demain un gala extraordinaire au siùge. Il veut annoncer la vente d’une branche du groupe et la dissolution de la fondation.

— Il ne peut pas dissoudre le trust d’Elara.

— Non. Mais il peut vider l’entreprise qui l’alimente.

— Pourquoi me prĂ©venir ?

— Parce que ma fille est en garde Ă  vue Ă  cause de ma lĂąchetĂ©.

Ronan regarda AgnĂšs, puis Seraphina. Chacun d’eux portait une faute diffĂ©rente, mais tous avaient enfin cessĂ© de prĂ©tendre qu’elle n’existait pas.

Ils dĂ©cidĂšrent de tendre un piĂšge au gala. Étienne ferait croire Ă  Laurent qu’il restait sous son contrĂŽle. Seraphina annoncerait publiquement qu’elle contestait le test ADN et soutenait son pĂšre. Ronan entrerait avec les preuves au moment du vote.

— Il saura que c’est un piùge, dit Diane.

— Pas s’il croit que Seraphina me trahit pour sauver sa peau, rĂ©pondit Ronan.

Seraphina le regarda.

— Ce ne sera pas difficile à croire.

Elle avait raison.

Cette nuit-lĂ , Elara demanda Ă  dormir dans la chambre de son pĂšre. Avant de fermer les yeux, elle murmura :

— Papa, demain, tu vas encore partir ?

— Oui. Mais je reviendrai te dire la vĂ©ritĂ©, mĂȘme si elle est mauvaise.

— Promis ?

— Promis.

À l’aube, la police frappa au portail.

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Le mandat d’arrĂȘt visait Ronan Delcourt pour l’homicide volontaire de Camille.

Le piĂšge de Laurent s’était refermĂ© quelques heures avant qu’ils puissent tendre le leur.

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