Chapitre 15 - La dette dâAgnĂšs

Chapter 15 - Chapitre 15 - La dette dâAgnĂšs
AgnĂšs demanda que les enfants quittent la piĂšce. Puis elle se reprit.
â Non. Elara peut rester si elle le souhaite. Nous avons assez parlĂ© des enfants comme sâils nâentendaient rien.
Elara sâassit prĂšs de Madeleine, son lapin sur les genoux. Ronan resta debout face Ă sa mĂšre.
AgnÚs ouvrit son sac et en sortit une petite clé en laiton.
â Le coffre suisse a Ă©tĂ© vidĂ© il y a vingt ans. Câest moi qui lâai fait.
Seraphina ne bougea pas.
â Vous connaissiez ma mĂšre.
â Oui.
â Vous avez menti.
â Oui.
AgnĂšs ne chercha pas dâadoucissement. Elle raconta quâen 1991, elle avait dĂ©couvert la liaison de Laurent Dumas avec SolĂšne. Laurent Ă©tait mariĂ© Ă la fille dâun associĂ© essentiel au groupe Delcourt. Un scandale aurait fait Ă©clater une fusion et provoquĂ© des milliers de licenciements.
Ădouard, le pĂšre de Ronan, avait proposĂ© un accord : SolĂšne recevrait une maison et une rente. En Ă©change, elle signerait une dĂ©claration laissant croire que lâenfant pouvait ĂȘtre celle dâĂdouard. Une ambiguĂŻtĂ© volontaire, utilisĂ©e comme assurance contre Laurent.
â Mon mari pensait tenir Laurent par la peur, dit AgnĂšs. Laurent pensait tenir Ădouard par le scandale. Et SolĂšne se retrouvait au milieu, enceinte, seule, entourĂ©e dâhommes qui appelaient leurs menaces des arrangements.
â Et vous ? demanda Seraphina.
AgnĂšs inspira.
â Je lui ai donnĂ© lâargent du coffre pour quâelle parte loin de nous tous. Je croyais lâaider. En rĂ©alitĂ©, je lui ai demandĂ© de disparaĂźtre afin que ma vie redevienne supportable.
Seraphina se leva.
â Vous saviez que Laurent Ă©tait mon pĂšre.
â Oui.
â Quand je suis entrĂ©e dans cette famille, vous mâavez reconnue.
â Pas tout de suite. Puis jâai vu vos yeux. Ceux de SolĂšne.
â Et vous mâavez traitĂ©e dâopportuniste.
â Parce que jâavais peur que vous soyez venue pour lâargent.
â JâĂ©tais venue pour comprendre pourquoi ma mĂšre avait vĂ©cu sous un faux nom !
AgnĂšs baissa la tĂȘte.
â Je sais.
â Non. Vous savez maintenant, parce que vous ĂȘtes obligĂ©e de regarder. Ă lâĂ©poque, vous avez fait ce que tous les autres ont fait : vous avez protĂ©gĂ© le nom Delcourt.
Ronan sentit la phrase le traverser. CâĂ©tait exactement ce que Camille avait craint de lui.
AgnÚs posa la clé sur la table.
â Le contenu du coffre nâa pas disparu. Je lâai dĂ©placĂ© dans un dĂ©pĂŽt notarial Ă mon nom. Il contient les lettres de Laurent Ă SolĂšne, les accords signĂ©s par Ădouard et les premiers relevĂ©s de la fondation. Je les ai gardĂ©s comme une assurance, puis comme une honte.
â Pourquoi ne pas les avoir remis Ă Camille ? demanda Ronan.
â Je lui en ai parlĂ©. Elle voulait tout rĂ©vĂ©ler. Je lui ai demandĂ© une semaine pour prĂ©venir les familles, les salariĂ©s, les administrateurs. Lâaccident a eu lieu deux jours plus tard.
Le silence dâAgnĂšs avait permis Ă Victor et Laurent de gagner quatre annĂ©es.
Elara regardait sa grand-mÚre avec une gravité troublante.
â Mamie, est-ce que tu es mĂ©chante ?
AgnĂšs sâagenouilla malgrĂ© ses genoux douloureux.
â Non, mon cĆur. Mais jâai fait des choses lĂąches. Les gens ne sont pas toujours seulement bons ou seulement mĂ©chants. Parfois, ils ont peur et choisissent de protĂ©ger la mauvaise chose.
â Tu vas rĂ©parer ?
AgnĂšs eut les yeux humides.
â Oui. MĂȘme si je perds tout.
Elle appela le notaire devant eux et demanda la remise immĂ©diate du dĂ©pĂŽt Ă la justice. Lâhomme hĂ©sita, rappela les clauses de confidentialitĂ©. AgnĂšs insista.
â La confidentialitĂ© protĂšge les vivants, maĂźtre. Elle ne doit pas protĂ©ger les crimes.
Une heure plus tard, le notaire rappela. Le dĂ©pĂŽt avait Ă©tĂ© retirĂ© trois semaines auparavant sur prĂ©sentation dâune procuration signĂ©e par AgnĂšs.
La signature était fausse.
Les camĂ©ras montraient une femme blonde dâenviron trente-cinq ans, portant des lunettes noires et un foulard. Elle ressemblait Ă Seraphina.
â Ce nâest pas moi, dit-elle.
Ronan le croyait. Mais la ressemblance était assez forte pour convaincre un témoin pressé.
Diane agrandit lâimage.
â Regardez la main droite.
La femme portait une bague ancienne, ornĂ©e dâune pierre verte.
AgnĂšs reconnut le bijou.
â Il appartenait Ă Camille.
Les bijoux prĂ©tendument volĂ©s par Madeleine nâavaient donc pas disparu. Quelquâun les utilisait encore.
Madeleine se leva brusquement.
â Je sais qui a cette bague.
â Qui ? demanda Ronan.
â La personne qui lâa placĂ©e dans ma chambre il y a quatre ans.
Elle prononça un nom auquel aucun dâeux ne sâattendait.
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â Claire Varenne.
Claire, la fille dâĂtienne Varenne, lâamie dâenfance de Ronan et la marraine dâElara, venait dâentrer dans lâhistoire comme la femme qui avait peut-ĂȘtre fabriquĂ© toutes les trahisons.