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Chapitre 19 - La balle et le silence

Chapter 19 - Chapitre 19 - La balle et le silence

La balle avait traversĂ© l’épaule de Seraphina sans toucher l’artĂšre. Elle avait perdu beaucoup de sang, mais les mĂ©decins se montrĂšrent confiants. SolĂšne, protĂ©gĂ©e par Beaulieu, n’avait pas Ă©tĂ© blessĂ©e. Le tireur, un agent de sĂ©curitĂ© engagĂ© deux jours plus tĂŽt par une filiale de Laurent, fut arrĂȘtĂ© prĂšs des cuisines.

Il prétendit avoir visé le plafond pour créer une diversion.

Personne ne le crut.

Laurent avait quittĂ© le bĂątiment par un ancien passage technique reliant le siĂšge Ă  un parking souterrain. Sa voiture fut retrouvĂ©e vide prĂšs de la porte d’OrlĂ©ans. Les frontiĂšres furent alertĂ©es.

Ronan apprit tout depuis une salle de garde Ă  vue. Son avocat lui transmit les nouvelles avec prudence, comme s’il craignait que chaque phrase devienne une preuve de son instabilitĂ©.

— Seraphina a demandĂ© Ă  vous parler dĂšs son rĂ©veil.

— Est-ce qu’elle va vivre ?

— Oui.

Ronan ferma les yeux. Il ne savait pas encore ce qu’il ressentait. Le soulagement n’effaçait ni la gamelle, ni les mensonges, ni les annĂ©es oĂč Elara avait appris Ă  marcher sur la pointe des pieds dans sa propre maison. Mais il ne souhaitait pas sa mort. Il ne voulait plus que personne meure pour des secrets qu’on aurait pu dire Ă  voix haute.

— Et Elara ?

— Avec Agnùs et Madeleine. Elle refuse de dormir.

Au domaine, Elara s’était installĂ©e dans la chambre bleue. Elle tenait la boĂźte Ă  musique sur ses genoux. Madeleine essaya de la convaincre de descendre, mais la fillette secoua la tĂȘte.

— Papa a promis de revenir dire la vĂ©ritĂ©.

— Il reviendra.

— Tout le monde dit ça.

Madeleine s’assit prùs d’elle.

— Alors ne me crois pas seulement parce que je suis une adulte. Regardons ce que nous pouvons vĂ©rifier.

Elles examinĂšrent la boĂźte. Elara remarqua que le cygne d’argent tournait parfois dans le sens inverse lorsqu’on remontait le mĂ©canisme Ă  moitiĂ©. Sous le socle, une petite rainure apparaissait.

AgnÚs essaya la clé ancienne. Rien.

Elara fredonna la mĂ©lodie, puis s’arrĂȘta avant la derniĂšre note.

— Maman ne finissait jamais la chanson.

— Pourquoi ?

— Elle disait que la fin devait attendre qu’on soit tous là.

Madeleine tourna la clé de trois quarts, pas davantage. Un second déclic se produisit. Le socle du cygne se souleva et révéla une carte mémoire minuscule.

Camille avait cachĂ© une derniĂšre preuve dans l’objet que chacun croyait dĂ©jĂ  ouvert.

Diane arriva avec un ordinateur sĂ©curisĂ©. Le fichier contenait un enregistrement vidĂ©o pris dans la maison de la falaise, trois jours avant l’accident.

Laurent y faisait face Ă  Camille.

« Tu n’as aucune idĂ©e de ce que tu vas dĂ©truire », disait-il.

« La fondation est déjà détruite si elle finance vos comptes », répondait Camille.

Victor apparaissait ensuite dans le cadre.

« Nous pouvons rĂ©gler cela sans scandale. Ronan n’a pas besoin de savoir. »

« Ronan saura tout demain. »

Laurent se penchait vers elle.

« Demain, Séraphine prendra ta voiture. AprÚs cela, elle ne parlera plus. »

Camille blĂȘmissait.

« Si vous la touchez, je vous détruis. »

La vidĂ©o se terminait sur Victor saisissant la camĂ©ra, mais l’image continuait quelques secondes dans le noir.

On entendait Laurent dire :

« Alors nous ferons en sorte que Ronan soit celui qu’on verra prĂšs des freins. »

Le fichier établissait le plan avant le sabotage. Il innocentait Ronan et prouvait la préméditation.

Beaulieu transmit immédiatement la vidéo au parquet. La garde à vue de Ronan fut levée à trois heures du matin.

Lorsqu’il rentra, Elara l’attendait sur les marches, enveloppĂ©e dans une couverture. Il s’agenouilla devant elle.

— Tu avais promis, dit-elle.

— Oui.

— Quelle est la vĂ©ritĂ© ?

Il aurait pu lui offrir une version douce. Il choisit des mots simples.

— Maman a dĂ©couvert que des hommes volaient de l’argent et faisaient peur Ă  plusieurs personnes. Elle a voulu les arrĂȘter. Ils ont essayĂ© de faire du mal Ă  Seraphina, mais maman a pris la voiture Ă  sa place. Puis ils ont menti pour que les gens pensent que j’étais responsable.

Elara réfléchit.

— Est-ce que Seraphina est mĂ©chante ?

— Elle a fait des choses mauvaises. Elle a aussi aidĂ© Ă  dire la vĂ©ritĂ©. Les deux peuvent ĂȘtre vrais.

— Est-ce qu’elle reviendra ici ?

— Non. Cette maison doit ĂȘtre un endroit oĂč tu n’as pas peur.

Elara acquiesça. Elle posa la boßte à musique entre eux.

— On a trouvĂ© la fin de la chanson.

Ronan la remonta. Pour la premiĂšre fois, la mĂ©lodie alla jusqu’à sa derniĂšre note. Elle Ă©tait claire, presque joyeuse.

Puis le téléphone de Beaulieu sonna.

Une camĂ©ra routiĂšre venait d’identifier Laurent prĂšs de l’ancienne usine oĂč Claire disait qu’il avait brĂ»lĂ© les lettres d’AgnĂšs. Il n’essayait pas de quitter le pays.

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Il retournait détruire ce qui restait.

Et Victor venait de demander Ă  ĂȘtre conduit au mĂȘme endroit, affirmant que Laurent y gardait une personne que tous croyaient en sĂ©curitĂ©.

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