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Chapitre 11 - Le pacte de Camille

Chapter 11 - Chapitre 11 - Le pacte de Camille

À l’hĂŽpital de Senlis, SolĂšne fut placĂ©e sous protection policiĂšre. Les mĂ©decins confirmĂšrent qu’elle n’avait pas Ă©tĂ© maltraitĂ©e physiquement, mais qu’on lui avait administrĂ© des sĂ©datifs trop puissants pendant plusieurs jours. Elara, examinĂ©e Ă  son tour, n’avait aucune blessure. Elle demanda seulement une chambre dont la porte restait ouverte.

Ronan s’assit prĂšs d’elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Il ne lĂącha sa main qu’au moment oĂč AgnĂšs et Madeleine arrivĂšrent, libĂ©rĂ©es de la cave par les agents de Beaulieu.

AgnĂšs embrassa sa petite-fille, puis gifla Ronan.

Le geste fut rapide, sec, presque maternel dans sa colĂšre.

— Ne repars plus jamais sans prĂ©voir qui protĂšge l’enfant si tout le reste Ă©choue.

Ronan ne protesta pas.

— Tu as raison.

Cette rĂ©ponse dĂ©sarma sa mĂšre. Elle posa la main sur sa joue Ă  l’endroit mĂȘme qu’elle venait de frapper.

— Je ne survivrais pas à perdre une autre femme de cette famille.

Dans une salle de rĂ©union vide, Diane ouvrit les derniers fichiers de la clĂ© USB. L’un d’eux portait un titre : « Pacte ». Camille y apparaissait face Ă  une camĂ©ra, assise dans la chambre bleue.

« Ronan, si tu regardes ceci, c’est que j’ai Ă©chouĂ© Ă  te parler Ă  temps. Je veux que tu saches d’abord une chose : je ne t’ai pas cachĂ© la vĂ©ritĂ© parce que je ne t’aimais pas. Je l’ai cachĂ©e parce que j’avais peur que ton besoin de protĂ©ger le nom Delcourt soit plus fort que ton besoin de protĂ©ger les personnes. »

Ronan baissa les yeux.

Camille poursuivit.

« Seraphina Lenoir n’est pas ta demi-sƓur. Le premier test a Ă©tĂ© falsifiĂ©. SolĂšne a eu une liaison avec Laurent Dumas, pas avec ton pĂšre. Édouard l’a payĂ©e pour garder le silence parce que Laurent Ă©tait le fils de son associĂ© et qu’un scandale aurait dĂ©truit une fusion. Victor a rĂ©digĂ© l’accord. Ils ont tous protĂ©gĂ© l’entreprise avant les femmes. »

Seraphina resta debout prĂšs de la fenĂȘtre. Son visage ne bougeait plus.

« Des annĂ©es plus tard, Laurent a utilisĂ© sa propre fille. Il lui a fait croire qu’elle Ă©tait une Delcourt afin de crĂ©er une revendication successorale. Victor a organisĂ© les faux tests et les sociĂ©tĂ©s Ă©crans. Ensemble, ils ont dĂ©tournĂ© l’argent de la fondation. »

Diane mit la vidéo en pause.

— Camille avait donc compris avant sa mort.

— Elle avait compris presque tout, rĂ©pondit Madeleine. Pas que Laurent ferait saboter la voiture.

Ronan regarda Seraphina.

— Tu savais qu’il Ă©tait ton pĂšre ?

— Non.

— Ta mùre vient de l’indiquer.

— Ma mĂšre a toujours refusĂ© de parler de lui. Victor me disait qu’elle avait honte d’Édouard. Laurent, lui, se comportait comme un protecteur. Il finançait mes Ă©tudes. Il trouvait des emplois quand j’en perdais. Je croyais qu’il aidait la fille abandonnĂ©e de son ancien patron.

Sa voix se brisa enfin.

— Il m’a appris Ă  haĂŻr une famille pour ne pas avoir Ă  reconnaĂźtre qu’il m’avait abandonnĂ©e lui-mĂȘme.

La vidéo reprit.

« J’ai demandĂ© Ă  Seraphina de rester prĂšs d’Elara si je venais Ă  disparaĂźtre. Je croyais qu’en lui donnant une place dans notre famille, je l’arracherais Ă  Laurent. C’était naĂŻf. On ne sauve pas quelqu’un en lui confiant un rĂŽle qu’il n’a pas encore appris Ă  porter. Mais je sais qu’une partie d’elle veut faire le bien. Je ne sais pas si cette partie gagnera. »

Ronan sentit une colĂšre diffĂ©rente l’envahir, tournĂ©e cette fois aussi vers Camille.

— Elle a confiĂ© notre fille Ă  une femme qu’elle savait manipulĂ©e.

Madeleine acquiesça lentement.

— Camille Ă©tait brillante. Elle pouvait aussi ĂȘtre terriblement sĂ»re d’elle. Elle pensait pouvoir rĂ©parer les gens en leur donnant une responsabilitĂ©.

— Et tout le monde a dĂ©cidĂ© Ă  ma place.

— Parce que vous Ă©tiez absent, dit AgnĂšs.

La phrase n’était ni douce ni accusatrice. Seulement exacte.

Sur la vidéo, Camille prit une enveloppe.

« J’ai créé un trust temporaire pour protĂ©ger Elara. À son septiĂšme anniversaire, les droits de vote de mes actions doivent revenir Ă  son tuteur lĂ©gal. Si Ronan est jugĂ© incapable, absent ou compromis, le contrĂŽle passe Ă  la personne dĂ©signĂ©e dans un document sĂ©parĂ©. Victor ignore le nom. Laurent le cherche. »

Elara venait d’avoir sept ans deux semaines plus tît.

Diane ouvrit le dossier correspondant. Le document de désignation manquait.

— C’est pour cela qu’ils ont provoquĂ© la rĂ©union du conseil, dit Ronan. Ils veulent me dĂ©clarer incapable avant que le trust ne me soit transfĂ©rĂ©.

— Et si vous perdez vos pouvoirs, demanda Seraphina, qui devient tuteur supplĂ©ant ?

AgnĂšs pĂąlit.

— Dans votre contrat de mariage, Victor avait prĂ©vu que l’épouse survivante ou prĂ©sente au foyer puisse demander une dĂ©lĂ©gation temporaire.

Tous les regards se tournĂšrent vers Seraphina.

— Voilà pourquoi Laurent voulait que je reste ta femme, murmura-t-elle. Et pourquoi j’avais besoin que tu me chasses avant aujourd’hui.

— Tu savais pour la clause ?

— Victor m’en a parlĂ© hier. Il voulait que je signe une demande d’incapacitĂ© contre toi aprĂšs avoir emmenĂ© Elara. J’ai refusĂ©. Alors j’ai provoquĂ© la scĂšne de la cuisine pour briser le contrat avant qu’il puisse m’utiliser.

Ronan se leva.

— Tu aurais pu me parler.

— Tu m’aurais crue ?

Il voulut répondre oui. Le mot ne vint pas.

Diane consulta l’heure.

— La rĂ©union du conseil commence dans quarante minutes. Laurent demandera le transfert de pouvoir. Victor est arrĂȘtĂ©, mais ses documents restent valides tant qu’on ne prouve pas la fraude.

Ronan prit sa veste.

— J’y vais.

Son tĂ©lĂ©phone sonna. Le prĂ©sident du conseil, Étienne Varenne, parlait d’une voix gĂȘnĂ©e.

— Ronan, je suis dĂ©solĂ©. Nous venons de recevoir une expertise psychiatrique signĂ©e par le mĂ©decin de Camille. Elle affirme que tu souffres d’épisodes dissociatifs depuis sa mort et que tu reprĂ©sentes un risque pour Elara.

— C’est faux.

— Peut-ĂȘtre. Mais elle est accompagnĂ©e d’une demande de tutelle signĂ©e par ton Ă©pouse.

Ronan regarda Seraphina.

Elle secoua la tĂȘte.

— Je n’ai rien signĂ©.

Étienne poursuivit :

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— La signature est certifiĂ©e. Et la demande date d’il y a six mois.

Quelqu’un avait prĂ©parĂ© la chute de Ronan bien avant la gamelle, bien avant cette nuit, peut-ĂȘtre mĂȘme avant son mariage.

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