Chapitre 14 - Ce que Diane avait volé

Chapter 14 - Chapitre 14 - Ce que Diane avait volé
Diane ne tenta pas de fuir. Elle resta sous la lumiĂšre jaune de la chapelle, les mains visibles, tandis que Ronan sâapprochait.
â Donnez-moi le document.
â Pas ici.
â Vous venez de me dire que chaque minute compte.
â Et câest prĂ©cisĂ©ment pour cela que je lâai pris.
Elle sortit de son manteau une feuille pliée. Ronan tendit la main, mais Diane la retint.
â Ceci est une copie.
â OĂč est lâoriginal ?
Diane regarda Elara.
â LĂ oĂč personne ne fouillera une enfant devant la police.
Elara ouvrit son petit sac. Sous son lapin en tissu, dans une pochette transparente, reposait le document original.
AgnĂšs poussa un soupir de soulagement. Ronan, lui, sentit la colĂšre monter.
â Vous avez utilisĂ© ma fille sans me prĂ©venir.
â Je lui ai demandĂ© si elle voulait protĂ©ger la lettre de sa mĂšre. Elle a dit oui.
â Elle a sept ans.
â Et les adultes autour dâelle ont passĂ© quatre ans Ă prendre des dĂ©cisions qui la concernaient sans jamais lui dire la vĂ©ritĂ©.
â Ce nâest pas une raison pour recommencer.
Diane encaissa la remarque. Son visage brûlé semblait plus dur sous la lumiÚre.
â Vous avez raison.
Cette réponse immédiate surprit Ronan.
â Jâai eu peur que Laurent obtienne une fouille officielle. Jâai agi vite. Mais jâaurais dĂ» vous le dire.
Elara leva la main comme Ă lâĂ©cole.
â Câest moi qui ai choisi la pochette.
Ronan sâaccroupit devant elle.
â Tu nâas rien fait de mal. Mais Ă partir de maintenant, aucun adulte ne te confie de secret dangereux. MĂȘme pour une bonne raison.
â MĂȘme maman ?
La question le blessa.
â MĂȘme maman aurait dĂ» demander de lâaide plus tĂŽt.
AgnĂšs dĂ©tourna les yeux. Madeleine approuva dâun mouvement presque imperceptible.
Ils quittĂšrent la chapelle et remirent lâoriginal Ă lâavocat indĂ©pendant, qui le plaça sous scellĂ©s devant tĂ©moins. Une copie certifiĂ©e fut envoyĂ©e au juge chargĂ© du trust.
Cela aurait dĂ» ĂȘtre une victoire.
Ă vingt-trois heures, Laurent Dumas fut pourtant libĂ©rĂ©. Son avocat avait dĂ©montrĂ© que la vidĂ©o de lâenlĂšvement ne montrait jamais son visage au moment oĂč Elara Ă©tait forcĂ©e de monter dans le vĂ©hicule. Le policier maĂźtrisĂ© au pavillon se rĂ©tracta. Victor, hospitalisĂ© sous garde, dĂ©clara avoir agi seul « pour protĂ©ger une enfant dâun pĂšre instable ».
Laurent redevint libre avant minuit.
â Il a sacrifiĂ© Victor, dit Seraphina.
â Victor se sacrifie trop facilement, rĂ©pondit Diane. Cela signifie quâil attend quelque chose.
Le tĂ©lĂ©phone de Ronan sonna. Victor appelait depuis lâhĂŽpital avec lâautorisation de son avocat.
â Jâaimerais nĂ©gocier, dit-il.
â Tu as menacĂ© ma fille.
â Laurent a menacĂ© votre fille. Moi, jâai essayĂ© de limiter les dĂ©gĂąts.
â Tu Ă©tais dans le pavillon avec une arme.
â Une arme avec laquelle Laurent mâa tirĂ© dessus. Nous sommes peut-ĂȘtre ennemis, Ronan, mais nous avons dĂ©sormais le mĂȘme adversaire.
Ronan regarda Seraphina. Elle secoua la tĂȘte.
â Quâest-ce que tu veux ? demanda-t-il.
â Une garantie de protection et une peine nĂ©gociĂ©e. En Ă©change, je vous donne les comptes originaux, le rapport sur la voiture de Camille et lâenregistrement oĂč Laurent ordonne le sabotage.
â OĂč sont-ils ?
â Dans un coffre dont Seraphina connaĂźt la combinaison sans savoir quâelle la connaĂźt.
Elle se figea.
â Quâest-ce que cela veut dire ?
â Lâanniversaire de ta mĂšre, suivi de lâheure de ta naissance. Laurent a toujours eu le goĂ»t des symboles mĂ©diocres.
Victor leur donna le numĂ©ro dâun coffre dans une banque privĂ©e suisse, puis raccrocha.
Diane vĂ©rifia les rĂ©fĂ©rences. Le coffre existait, mais seule une personne enregistrĂ©e pouvait lâouvrir : SolĂšne Lenoir.
â Elle est hospitalisĂ©e et protĂ©gĂ©e, dit Ronan. Nous ne la dĂ©placerons pas.
â Elle peut donner procuration, rĂ©pondit lâavocat.
Seraphina regarda vers lâĂ©tage oĂč Elara dormait.
â Laurent saura que nous cherchons Ă lâouvrir.
â Il le sait dĂ©jĂ , dit Diane. Victor ne vous a pas donnĂ© cette information par loyautĂ©. Il vient de lancer une course entre vous et son ancien associĂ©.
Le lendemain matin, SolĂšne parvint Ă signer une procuration. Son mĂ©decin exigea quâelle reste Ă lâhĂŽpital. Seraphina fut dĂ©signĂ©e comme mandataire, accompagnĂ©e par un officier de police.
Avant son dĂ©part pour GenĂšve, SolĂšne lui fit signe dâapprocher. Elle posa deux doigts sur le poignet de sa fille, puis articula lentement :
â Pas⊠le coffre.
Seraphina se pencha.
â Maman, quâest-ce que tu veux dire ?
SolÚne forma trois mots avec difficulté.
â Le coffre⊠est vide.
Puis elle leva les yeux vers AgnĂšs.
â Elle⊠sait.
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AgnĂšs recula.
Tous comprirent que le secret ne se trouvait peut-ĂȘtre pas en Suisse, mais dans ce quâAgnĂšs avait cachĂ© depuis trente-cinq ans.