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Chapitre 16 - La marraine

Chapter 16 - Chapitre 16 - La marraine

Claire Varenne vivait dans un appartement discret prĂšs du jardin du Luxembourg. À quarante-six ans, elle dirigeait une maison d’édition et apparaissait rarement dans les affaires du groupe Delcourt. Ronan la connaissait depuis l’école. Elle avait prĂ©sentĂ© Camille Ă  l’un de ses premiers dĂźners parisiens. Elle avait tenu Elara lors de son baptĂȘme.

Elle ouvrit la porte en chemise blanche, sans maquillage, un livre Ă  la main.

— Ronan ? Qu’est-ce qui se passe ?

Madeleine entra derriĂšre lui.

Le visage de Claire changea.

— Vous.

— Montrez votre main droite, dit Madeleine.

Claire eut un rire nerveux.

— Pardon ?

— La bague de Camille.

Elle voulut refermer la porte. Beaulieu, muni d’une autorisation de perquisition liĂ©e au vol du dĂ©pĂŽt, l’en empĂȘcha.

Dans un coffret de sa chambre, ils trouvĂšrent la bague verte, plusieurs bijoux de Camille et une perruque blonde correspondant aux images du notaire.

Claire s’assit au bord du lit.

— Je peux expliquer.

— Commencez par Madeleine, dit Ronan.

Claire ferma les yeux.

— Victor m’a demandĂ© de placer les bijoux dans sa chambre. Il disait qu’elle faisait chanter la famille, qu’elle menaçait de vendre des lettres privĂ©es de Camille.

Madeleine la regarda sans colĂšre visible.

— Vous saviez que c’était faux.

— Je savais seulement ce que Victor me montrait.

— C’est la phrase prĂ©fĂ©rĂ©e des lĂąches, murmura AgnĂšs.

Claire releva la tĂȘte.

— Vous n’avez aucun droit de me juger.

— C’est vrai. Mais cela ne rend pas vos actes meilleurs.

Ronan demanda pourquoi elle avait volé le dépÎt.

Claire resta silencieuse jusqu’à ce que Beaulieu Ă©voque une garde Ă  vue. Alors elle raconta.

Son pĂšre, Étienne Varenne, avait investi toute la fortune familiale dans une sociĂ©tĂ© contrĂŽlĂ©e par Laurent. AprĂšs des pertes massives, Laurent l’avait menacĂ© de rĂ©vĂ©ler des irrĂ©gularitĂ©s fiscales. Pour sauver son pĂšre, Claire avait acceptĂ© plusieurs services : surveiller Camille, copier des clĂ©s, dĂ©placer des bijoux, transmettre des informations.

— Et la voiture ? demanda Ronan.

— Je n’ai rien fait à la voiture.

— Qui a pris le dĂ©pĂŽt ?

— Moi. Mais Laurent ne l’a pas gardĂ©. Il a brĂ»lĂ© les lettres dans une usine dĂ©saffectĂ©e.

— Toutes ?

Claire secoua la tĂȘte.

— J’ai sauvĂ© une enveloppe. Je ne savais pas pourquoi. Peut-ĂȘtre parce que j’étais fatiguĂ©e d’obĂ©ir.

Elle sortit un livre de la bibliothÚque, découpa la doublure intérieure et en retira une lettre jaunie.

Elle Ă©tait adressĂ©e Ă  Étienne Varenne.

« Étienne, si tu refuses de voter contre Ronan, je remettrai aux autoritĂ©s les comptes de ta sociĂ©tĂ© de conseil. Tu perdras ton nom, ta maison et probablement ta libertĂ©. Ta fille sait dĂ©jĂ  ce que je peux faire. — Laurent. »

Le vote du conseil avait été obtenu par chantage.

— Pourquoi votre pùre n’a-t-il rien dit ? demanda Ronan.

— Parce qu’il pense encore qu’un scandale est pire qu’une injustice.

La mĂȘme maladie traversait toutes leurs familles : sauver les façades, sacrifier les personnes.

Beaulieu plaça Claire en garde à vue, mais elle demanda cinq minutes seule avec Ronan. Il accepta, porte ouverte.

— Il y a autre chose, dit-elle. Le rapport psychiatrique n’est pas entiùrement faux.

Ronan se raidit.

— Camille avait consultĂ© le docteur Armand Ă  ton sujet.

— Pourquoi ?

— Elle s’inquiĂ©tait de tes absences de mĂ©moire aprĂšs la mort de ton pĂšre. Tu travaillais sans dormir. Tu prenais des calmants. Une nuit, tu as conduit jusqu’en Normandie sans te souvenir du trajet.

Ronan se rappela une pĂ©riode confuse, deux ans avant l’accident de Camille. Il avait mis cela sur le compte du deuil et de l’épuisement.

— Le mĂ©decin n’a jamais diagnostiquĂ© de dangerositĂ©.

— Non. Mais Victor a utilisĂ© les consultations pour construire le faux dossier. Et Laurent possĂšde un enregistrement oĂč tu menaces Camille.

— Je ne l’ai jamais menacĂ©e.

Claire le regarda avec compassion.

— Tu lui as dit : « Si tu dĂ©truis cette famille, je ne te le pardonnerai jamais. »

Ronan revit la dispute. Camille voulait rendre publics les dĂ©tournements. Il avait cru qu’elle parlait d’une erreur comptable qui ruinerait la fondation. Il lui avait demandĂ© d’attendre. Il avait prononcĂ© ces mots.

— Ils vont faire croire que je l’ai tuĂ©e.

Claire acquiesça.

— Laurent prĂ©pare cela depuis le dĂ©but. Ta suspension n’était que la premiĂšre Ă©tape.

Le téléphone de Beaulieu sonna. Le commandant écouta, puis regarda Ronan.

— Le parquet vient de rouvrir l’enquĂȘte sur la mort de votre Ă©pouse. Un tĂ©moin affirme vous avoir vu prĂšs de sa voiture la nuit prĂ©cĂ©dant l’accident.

— Quel tĂ©moin ?

Beaulieu hésita.

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— Votre mùre.

AgnĂšs, qui avait jurĂ© vouloir rĂ©parer, venait d’ĂȘtre citĂ©e comme la femme capable d’envoyer son propre fils en prison.

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