Chapitre 09 - La chambre dâOdette

Chapitre 09 - La chambre dâOdette
Odette Mercer vivait avenue Foch, dans un appartement oĂč les tapis absorbaient les pas et oĂč les miroirs semblaient toujours vous juger avant les habitants. Cassandra nây Ă©tait pas entrĂ©e depuis six mois. La derniĂšre fois, Odette avait servi un gigot trop cuit et lui avait demandĂ©, devant trois invitĂ©s, si elle nâĂ©tait pas soulagĂ©e de ne pas avoir eu dâenfant, « avec son tempĂ©rament nerveux ».
Nathan avait souri Ă son assiette.
Ce souvenir, Ă prĂ©sent, ne la blessait plus. Il lâĂ©clairait.
GĂ©rald obtint un accĂšs lĂ©gal par une voie que Cassandra prĂ©fĂ©ra ne pas dĂ©tailler : Odette avait assignĂ© Ălise pour restitution de documents familiaux, et cette erreur ouvrait la porte Ă une demande conservatoire. Deux huissiers, une greffiĂšre au visage impassible et Henri les accompagnĂšrent.
Odette les reçut en tailleur ivoire.
â Quelle comĂ©die, dit-elle.
Cassandra regarda autour dâelle. Les bouquets Ă©taient frais. Les coussins alignĂ©s. Sur une console, une photo de Nathan enfant, dĂ©jĂ grave, posait prĂšs dâune miniature de bateau. Rien ne dĂ©passait. Rien ne tremblait. Chez Odette, mĂȘme la poussiĂšre semblait avoir reçu des consignes.
â OĂč est le carnet bleu ? demanda Cassandra.
Odette ne cilla pas.
â Je ne sais pas de quoi tu parles.
Lâhuissier commença lâinventaire dans le salon. Henri et la greffiĂšre se dirigĂšrent vers la chambre dâamis, celle oĂč NoĂ© disait avoir vu la commode.
Odette suivit Cassandra dans le couloir.
â Tu te crois forte parce que tu as trouvĂ© quelques papiers.
â Non. Je me crois enfin rĂ©veillĂ©e.
â Tu vas faire souffrir des enfants.
Cassandra sâarrĂȘta.
â Câest curieux comme vous utilisez les enfants quand il faut protĂ©ger les adultes.
Le visage dâOdette se durcit.
â Tu ne sais pas ce que câest que protĂ©ger une famille.
â Je sais ce que câest que servir de meuble dans la famille de quelquâun dâautre.
Dans la chambre dâamis, la commode Ă©tait ouverte. Sous des draps pliĂ©s avec une prĂ©cision militaire, Henri trouva un double fond. Il en sortit un carnet bleu, plusieurs enveloppes et une boĂźte noire.
Cassandra reconnut la boĂźte avant de lâavoir touchĂ©e. NoĂ© lâavait dĂ©crite : cuir usĂ©, fermoir argentĂ©, une Ă©raflure sur le couvercle.
Odette fit un pas en avant.
â Ceci est privĂ©.
Gérald, venu derriÚre elles, répondit calmement :
â Tout ce qui concerne un enfant potentiellement soustrait Ă son origine ne lâest plus.
Le mot soustrait fit vaciller lâair.
Cassandra ouvrit la boĂźte.
Ă lâintĂ©rieur, il y avait des photos. Elle Ă Tours. Elle Ă la clinique. Elle dans la rue, sortant dâune pharmacie. Nathan, plus jeune, tenant un bĂ©bĂ© emmaillotĂ© contre lui, dans une chambre dâhĂŽpital inconnue.
Et une photo de Lili nouveau-née, avec un bracelet de naissance autour du poignet.
Le prĂ©nom inscrit nâĂ©tait pas Lili.
CâĂ©tait Ăliane.
Cassandra porta la main Ă sa bouche.
Ăliane Ă©tait le prĂ©nom de sa mĂšre.
â Qui lâa nommĂ©e ? demanda-t-elle.
Odette ne répondit pas.
Dans le carnet bleu, lâĂ©criture Ă©tait fine, serrĂ©e, impitoyable. Des dates. Des montants. Des noms de mĂ©decins. Des initiales.
Gérald lut une page, puis une autre. Sa mùchoire se crispa.
â Odette, dit-il, dâune voix que Cassandra ne lui connaissait pas. Vous avez organisĂ© une falsification dâĂ©tat civil.
â Jâai empĂȘchĂ© une catastrophe.
La phrase claqua.
Pas nié.
Justifié.
Cassandra sentit ses jambes devenir lourdes.
â Quelle catastrophe ?
Odette la regarda enfin sans masque.
â Toi.
Le mot aurait dĂ» la briser. Il ne fit que refermer quelque chose en elle.
â Pourquoi ?
Odette se dĂ©tourna, mais une voix rĂ©pondit depuis lâentrĂ©e de la chambre.
â Parce quâelle pensait que lâenfant donnerait Ă Cassandra le contrĂŽle dĂ©finitif de la clinique.
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Nathan était là .
Et derriÚre lui, Noé tenait la main de Lili.