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Chapitre 19 - Odette parle

Chapitre 19 - Odette parle

La maison d’arrĂȘt pour femmes de Versailles avait des murs trop propres et une odeur de soupe institutionnelle. Cassandra s’attendait Ă  ressentir de la haine en y entrant. Elle ne ressentit qu’une fatigue ancienne.

Odette l’attendait dans une salle de parloir, sans bijoux, sans tailleur ivoire, sans brushing parfait. Ses cheveux blancs Ă©taient attachĂ©s Ă  la va-vite. Pour la premiĂšre fois, elle ressemblait Ă  son Ăąge.

Cela ne la rendait pas innocente.

Seulement humaine.

— Tu as bonne mine, dit Odette.

Cassandra s’assit en face d’elle.

— Ne commençons pas par un mensonge poli.

Un mince sourire passa sur la bouche d’Odette.

— Tu aurais fait une bonne Mercer.

— J’essaie de redevenir une Lenoir.

Le nom de son pĂšre fit baisser les yeux Ă  Odette.

DerriÚre la vitre, Gérald observait. La conversation était enregistrée. Cassandra avait accepté de venir à une condition : pas de confession intime inutilisable. Tout devait servir à la justice, aux enfants, à la correction des faits.

Odette posa ses mains sur la table. Elles tremblaient légÚrement.

— Armand n’est pas mort par ma main.

Cassandra ne bougea pas.

— Mais tu Ă©tais lĂ .

— Oui.

— Pourquoi ?

— Pour rĂ©cupĂ©rer la lettre de Camille.

La simplicité de la réponse lui coupa presque le souffle.

— Tu savais qu’elle lui avait Ă©crit.

— Ravel me l’avait dit. J’ai compris qu’Armand finirait par trouver Éliane.

Éliane.

Dans la bouche d’Odette, le vrai prĂ©nom de Lili avait quelque chose d’arrachĂ©.

— Qu’as-tu fait à mon pùre ?

Odette ferma les yeux.

— Je lui ai parlĂ©. Nous nous sommes disputĂ©s. Il voulait appeler la police le soir mĂȘme. Il disait que mĂȘme si sa fille le dĂ©testait pour le reste de sa vie, il rendrait l’enfant Ă  sa mĂšre.

Cassandra sentit ses yeux se remplir.

Son pĂšre avait donc choisi.

Il avait choisi la vérité.

— Et ?

— Il a eu une douleur. Là.

Elle posa une main sur sa poitrine.

— J’ai paniquĂ©. Il m’a demandĂ© d’appeler les secours. Je
 je ne l’ai pas fait tout de suite.

Le silence qui suivit fut plus terrible qu’un aveu spectaculaire.

Pas un meurtre planifié avec poison et couteau.

Pire, peut-ĂȘtre.

Une attente.

Quelques minutes volées à un homme qui aurait pu vivre. Quelques minutes offertes au mensonge.

— Combien de temps ? demanda Cassandra.

Odette pleura enfin, mais ses larmes n’avaient rien de libĂ©rateur.

— Je ne sais pas.

— Tu sais.

— Douze minutes.

Cassandra ferma les yeux.

Douze minutes.

Un cafĂ© qui refroidit. Deux bols sur la table. Un tĂ©lĂ©phone Ă  portĂ©e de main. Une femme debout prĂšs d’un homme qui Ă©touffe et qui choisit son secret.

Quand Cassandra rouvrit les yeux, elle ne tremblait plus.

— Pourquoi me le dire maintenant ?

Odette la regarda avec une lassitude immense.

— Parce que Nathan va essayer de porter tout sur moi. Parce que Ravel parlera. Parce que je suis vieille, Cassandra, et que j’ai dĂ©couvert trop tard que gagner contre les autres ne laisse personne Ă  cĂŽtĂ© de soi.

— Tu veux ma compassion ?

— Non.

Odette inspira.

— Je veux que tu saches une chose. Quand Éliane est nĂ©e, Nathan voulait te la rendre.

Cassandra se figea.

— Quoi ?

— Une nuit seulement. Il est venu avec elle dans les bras. Il pleurait. Il disait que c’était trop loin, trop cruel, qu’il ne pouvait pas. Je lui ai dit que s’il te la rendait, il perdrait tout : la clinique, l’argent, moi.

— Et il t’a Ă©coutĂ©e.

— Oui.

Odette détourna le regard.

— Mais pendant une nuit, Cassandra, ta fille a dormi dans l’appartement avenue Foch. Dans la chambre d’amis. Nathan avait posĂ© prĂšs d’elle une robe blanche.

La robe de bébé.

Cassandra sentit ses larmes couler, silencieuses.

Odette ajouta :

— Je l’ai mise dans une boĂźte. Je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas jetĂ©e.

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Elle glissa une clé sur la table.

— Elle est encore là.

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