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Chapitre 17 - La salle du conseil

Chapitre 17 - La salle du conseil

La salle du conseil de Mercer-Lenoir donnait sur un jardin intĂ©rieur oĂč trois bouleaux maigres perdaient leurs feuilles. Cassandra avait toujours trouvĂ© ce jardin prĂ©tentieux, conçu pour donner aux patients fortunĂ©s l’impression que mĂȘme la maladie pouvait ĂȘtre encadrĂ©e avec goĂ»t.

Ce matin-lĂ , les feuilles mortes s’accumulaient contre la baie vitrĂ©e.

Elle trouva cela honnĂȘte.

Le prĂ©sident du conseil, Monsieur Derville, Ă©tait un homme sec aux lunettes rectangulaires. Il avait longtemps apprĂ©ciĂ© Nathan, peut-ĂȘtre parce que les hommes brillants entre eux se pardonnent facilement l’arrogance qu’ils appellent ambition.

— Madame Mercer, dit-il, nous avons reçu des Ă©lĂ©ments sĂ©rieux. Mais je vous rappelle que cette rĂ©union n’est pas un tribunal.

— Je le sais.

— Nous devons donc rester sur les questions de gouvernance.

Cassandra posa sur la table la copie de sa fausse signature, les virements, le certificat médical, puis la lettre de Camille.

— Voici la gouvernance telle que mon mari l’entendait : me dĂ©clarer instable, me voler mes parts, dĂ©placer des fonds, et faire disparaĂźtre toute femme qui menaçait le rĂ©cit utile Ă  sa famille.

Un murmure parcourut la salle.

Nathan se leva.

— C’est diffamatoire.

— Assieds-toi, dit Derville.

Le ton le surprit assez pour qu’il obĂ©isse.

GĂ©rald prit la parole avec une prĂ©cision chirurgicale que Nathan aurait pu envier. Il ne raconta pas un drame. Il exposa des faits. Dates, documents, correspondances, tĂ©moignages. À mesure qu’il parlait, le visage des administrateurs changeait. Certains pĂąlissaient par indignation. D’autres par peur d’avoir fermĂ© les yeux trop longtemps.

Odette restait immobile.

Elle regardait Cassandra, non comme une ennemie, mais comme une erreur qui refusait d’ĂȘtre corrigĂ©e.

Puis Élise entra.

Elle portait un tailleur marine empruntĂ© Ă  Cassandra, un peu trop large aux Ă©paules. NoĂ© et Lili n’étaient pas avec elle. C’était important. On ne plaçait pas des enfants au centre d’une table pour que les adultes se sentent humains.

— Je suis Élise Montfort, dit-elle. J’ai cru pendant neuf ans ĂȘtre la compagne cachĂ©e d’un homme malheureux. J’ai dĂ©couvert que j’étais aussi un instrument.

Sa voix trembla, mais ne céda pas.

Elle raconta Nathan, ses absences, ses promesses, les menaces voilĂ©es, les papiers de tutelle, MontrĂ©al. Elle ne se prĂ©senta pas comme une innocente parfaite. Elle dit ses fautes : avoir voulu croire, avoir acceptĂ© des zones d’ombre, avoir ignorĂ© certaines alarmes parce que l’amour, parfois, ressemble Ă  une lampe qu’on garde allumĂ©e mĂȘme quand elle brĂ»le la nappe.

Cassandra l’écouta avec respect.

La vĂ©ritĂ© d’une autre femme ne diminue pas la vĂŽtre. Elle l’élargit.

Enfin, Nathan parla.

— J’ai fait des erreurs.

Cassandra eut un rire bref, sans joie.

— Non. Une erreur, c’est oublier un anniversaire. Pas falsifier un Ă©tat civil.

Il se tourna vers elle.

— Tu ne sais pas ce que c’était, vivre avec ton pĂšre dans l’ombre.

— Mon pùre est mort.

— Il contrîlait tout !

La voix de Nathan monta, puis se brisa. Dans cette fissure, Cassandra vit l’enfant qu’Odette avait peut-ĂȘtre fabriquĂ© : un garçon Ă©levĂ© pour rĂ©ussir, terrifiĂ© de dĂ©plaire, habituĂ© Ă  transformer sa lĂąchetĂ© en stratĂ©gie.

Cela expliquait quelque chose.

Cela n’excusait rien.

Derville demanda Ă  Odette :

— Madame Mercer, avez-vous quelque chose à ajouter ?

Elle se leva lentement.

— Oui.

Tous se turent.

Odette posa les deux mains sur la table.

— J’ai protĂ©gĂ© mon fils. J’ai protĂ©gĂ© le nom Mercer. J’ai fait ce que les hommes font depuis des siĂšcles, sauf que moi, je n’ai pas eu le luxe d’appeler cela des affaires.

Cassandra la regarda sans haine.

— Vous avez volĂ© une enfant Ă  sa mĂšre.

— À quelle mĂšre ? demanda Odette sĂšchement. À toi, qui Ă©tais incapable de te lever du lit ? À Camille, qui menaçait tout le monde ? À Élise, qui n’avait rien ?

Élise se raidit.

— J’avais de l’amour.

Odette eut un sourire méprisant.

— L’amour ne paie pas les avocats.

Cassandra se leva Ă  son tour.

— Non. Mais il arrive qu’il garde une lettre assez longtemps pour faire tomber ceux qui croyaient tout acheter.

La porte s’ouvrit alors.

Un officier de police entra avec deux collĂšgues.

— Madame Odette Mercer ?

Pour la premiĂšre fois, Odette recula.

Mais l’officier ne regardait pas seulement elle.

Il regardait aussi Nathan.

— Monsieur Nathan Mercer, vous allez nous suivre Ă©galement.

Nathan tourna vers Cassandra un visage d’enfant perdu.

— Cassie


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Elle sentit ce vieux surnom frapper à la porte de son cƓur.

Elle ne l’ouvrit pas.

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