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Chapitre 14 - Deux enfants à protéger

Chapitre 14 - Deux enfants à protéger

La peur, cette nuit-lĂ , ne fit pas crier Cassandra.

Elle lui donna une précision presque animale.

En moins de dix minutes, Henri prĂ©vint la sĂ©curitĂ© de l’hĂŽtel, GĂ©rald appela un magistrat de permanence qu’il connaissait depuis trente ans, Élise remonta dans la chambre des enfants en courant sans courir vraiment, parce que les couloirs d’hĂŽtel ont toujours l’air de condamner les femmes qui se hĂątent.

Lili dormait encore.

Noé non.

Il Ă©tait assis sur le sol, le dos contre le lit, une lampe de chevet allumĂ©e. Dans ses mains, il tenait le lapin de sa sƓur comme un gardien trop jeune.

— Je savais qu’il viendrait, dit-il.

Élise tomba à genoux devant lui.

— Qui ?

— Papa Nathan. Ou quelqu’un pour lui.

Cassandra entra derriÚre elle. Noé la regarda avec une méfiance presque adulte.

— Vous allez nous sĂ©parer ?

La question la frappa en plein cƓur.

Toutes les procĂ©dures, tous les droits biologiques possibles, toutes les vĂ©ritĂ©s retrouvĂ©es ne valaient rien si elles commençaient par arracher deux enfants l’un Ă  l’autre.

Elle s’agenouilla à distance.

— Non.

— Les adultes disent toujours non avant de faire ce qu’ils veulent.

— Tu as raison de ne pas me croire tout de suite.

Il cligna des yeux, surpris par cette réponse.

— Alors comment je sais ?

Cassandra inspira lentement.

— Tu ne peux pas le savoir ce soir. Alors je vais te donner quelque chose de plus solide qu’une promesse : demain, devant un juge, je demanderai que toi et Lili soyez protĂ©gĂ©s ensemble. Pas sĂ©parĂ©s.

Élise pleura de nouveau, cette fois avec un bruit cassĂ©.

Noé regarda Cassandra longtemps.

— MĂȘme si Lili est
 votre fille ?

Le mot resta suspendu.

Ma fille.

Cassandra ne le prit pas. Elle ne l’arracha pas au silence. Elle le laissa vivre entre eux sans le forcer.

— MĂȘme si la vĂ©ritĂ© dit cela, rĂ©pondit-elle. Une enfant n’est pas une victoire. Elle est une personne.

Noé baissa enfin les yeux.

— Elle aime les crĂȘpes avec trop de sucre.

Élise eut un rire Ă©tranglĂ©.

— Oui.

— Elle a peur des ascenseurs quand ils grincent. Et elle dit qu’elle n’aime pas les cñlins, mais en fait elle vient dormir contre moi quand il pleut.

Cassandra sentit ses yeux brûler.

— Merci de me le dire.

Dans le couloir, GĂ©rald arriva avec deux policiers en civil. Le magistrat avait acceptĂ© une protection immĂ©diate. On changerait d’hĂŽtel avant l’aube.

Cassandra resta dans la chambre pendant qu’Élise rangeait les affaires. Elle plia une robe lavande, ramassa une brosse Ă  dents minuscule, retrouva sous le lit une chaussette rose roulĂ©e en boule. Chaque objet avait le poids d’un quotidien qu’on ne pouvait pas confisquer.

À quatre heures du matin, ils quittùrent l’hîtel par une sortie de service.

Paris sentait la pluie et le pain qui commençait Ă  cuire dans les fournils. Un camion de livraison bloquait une rue. Une boulangĂšre en tablier blanc fumait devant sa boutique, le regard encore embuĂ© de sommeil. La vie continuait, et cette indiffĂ©rence du monde n’était plus cruelle. Elle rappelait seulement que les drames les plus immenses doivent apprendre Ă  passer par des portes ordinaires.

Ils furent conduits dans un appartement sĂ©curisĂ© appartenant au cabinet de GĂ©rald, prĂšs du Jardin des Plantes. Petit, propre, avec une cuisine jaune pĂąle et des livres anciens sur une Ă©tagĂšre. Élise coucha les enfants dans la chambre. NoĂ© refusa d’éteindre complĂštement la lumiĂšre.

Cassandra s’assit à la table de la cuisine.

Gérald posa devant elle un dossier frais.

— Le procureur a reçu l’enregistrement. Odette et Ravel seront convoquĂ©s. Nathan aussi.

— Et Lili ?

— Nous demanderons une expertise gĂ©nĂ©tique encadrĂ©e. Rien ne se fera sans accompagnement psychologique.

Elle hocha la tĂȘte.

Son téléphone, confisqué temporairement par sécurité, avait été remplacé par un appareil propre. Il vibra soudain.

Gérald fronça les sourcils.

— Personne n’a ce numĂ©ro.

Cassandra ouvrit le message.

Une seule phrase.

« Votre pĂšre n’est pas mort de son cƓur. »

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Elle leva les yeux vers Gérald.

Et vit, dans son visage dĂ©fait, qu’il venait de penser exactement la mĂȘme chose.

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