Chapitre 12 - Le docteur Ravel

Chapitre 12 - Le docteur Ravel
Paul Ravel avait une clinique esthĂ©tique prĂšs du parc Monceau, derriĂšre une façade beige oĂč des orchidĂ©es blanches mouraient lentement dans des vases trop chers. Cassandra y Ă©tait venue deux fois avec Nathan pour des cocktails professionnels. Ravel embrassait les femmes trop prĂšs de la bouche et appelait toutes les patientes « ma chĂšre » avec une chaleur de velours.
Elle lâavait toujours trouvĂ© dĂ©sagrĂ©able.
Elle regrettait de nâavoir pas appris plus tĂŽt Ă faire confiance Ă ses dĂ©goĂ»ts.
GĂ©rald demanda une confrontation officielle. Ravel refusa. Puis, lorsque les premiers Ă©lĂ©ments du dossier furent transmis au conseil de lâOrdre, il accepta un rendez-vous « strictement informel ». Les hommes comme lui prĂ©fĂ©raient lâinformel jusquâau jour oĂč les menottes devenaient formelles.
Cassandra sây rendit avec GĂ©rald, Henri et une reprĂ©sentante juridique de la clinique Mercer-Lenoir. Ălise resta avec les enfants. Nathan, interdit dâapprocher par mesure provisoire, envoya sept messages que Cassandra ne lut pas.
Le cabinet de Ravel sentait la vanille synthétique et le désinfectant.
â Cassandra, dit-il en entrant, quelle tragĂ©die familiale. Je suis navrĂ©.
Elle sâassit sans lui tendre la main.
â Gardez votre navrĂ© pour les gens qui vous croient.
Il eut un sourire mince.
â Vous ĂȘtes toujours aussi vive. Câest charmant, quand ce nâest pas inquiĂ©tant.
Gérald posa sur la table le certificat médical.
â Avez-vous examinĂ© Madame Mercer le jeudi 14 septembre ?
Ravel regarda le document.
â Je ne me souviens pas de chaque patiente.
â Elle nâĂ©tait pas votre patiente.
â Alors peut-ĂȘtre un avis collĂ©gial.
â Votre signature est au bas dâun faux certificat.
Le sourire disparut un peu.
Cassandra lâobserva. Sa bague, son bronzage discret, la façon dont il gardait les Ă©paules ouvertes pour occuper plus dâespace. Elle pensa Ă toutes les femmes assises devant lui, inquiĂštes, vieillissantes, fragiles, Ă qui il avait peut-ĂȘtre vendu la honte comme un traitement.
â Parlez-moi de Camille Montfort, dit-elle.
Cette fois, Ravel ne masqua pas assez vite son trouble.
â Je ne connais pas ce nom.
Gérald sortit une copie du carnet bleu.
â Odette Mercer vous a versĂ© de lâargent autour de la date de sa mort.
â Beaucoup de gens me versent de lâargent.
â Pour des soins ? demanda Cassandra.
Il la regarda, enfin agacé.
â Faites attention.
Elle se pencha légÚrement.
â Câest ce que Camille a dĂ» entendre aussi.
Le silence changea de forme.
Ravel repoussa sa chaise.
â Je mets fin Ă cet entretien.
La porte sâouvrit alors.
Une femme entra, petite, brune, la cinquantaine, manteau trempé par la pluie. Elle tenait un dossier contre sa poitrine. Cassandra ne la reconnut pas, mais Gérald se leva immédiatement.
â Madame Dumas ?
RenĂ©e Dumas nâĂ©tait pas seule.
DerriÚre elle se tenait une autre femme, plus ùgée, voûtée, avec un foulard gris et des yeux rouges.
â Voici Suzanne Ravel, dit RenĂ©e.
Paul Ravel devint livide.
â Maman ?
La vieille femme trembla, mais parla dâune voix claire.
â Jâai trouvĂ© tes cassettes.
Cassettes.
Le mot appartenait Ă un autre temps. Un temps de dictaphones, de tiroirs, dâaveux enregistrĂ©s par peur dâĂȘtre trahi Ă son tour.
Suzanne Ravel posa une enveloppe sur le bureau.
â Je ne mourrai pas en gardant ça dans ma maison.
Paul se leva brusquement.
â Vous ĂȘtes sĂ©nile.
Sa mĂšre le regarda avec une tristesse sans colĂšre.
â Non. Jâai simplement fini dâĂȘtre lĂąche.
GĂ©rald ouvrit lâenveloppe. Ă lâintĂ©rieur, une clĂ© USB moderne et une vieille microcassette portaient une Ă©tiquette jaunie : « Camille M. â nuit du 17 ».
Cassandra sentit la piĂšce se contracter autour dâelle.
Ravel recula vers la fenĂȘtre.
â Vous nâavez pas le droit.
Renée Dumas le fixa.
â Câest exactement ce que vous disiez aux femmes endormies.
Cassandra ferma les yeux une seconde.
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Quand elle les rouvrit, elle savait que la vérité ne serait pas propre.
Mais elle serait enfin audible.