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Chapitre 16 - La lettre de Camille

Chapitre 16 - La lettre de Camille

Cassandra lut la lettre de Camille debout, dans la cuisine de Monsieur PĂ©rier, pendant que la soupe refroidissait et que GĂ©rald gardait le silence prĂšs de la fenĂȘtre.

L’écriture Ă©tait penchĂ©e, rapide, par endroits tremblĂ©e. Une Ă©criture de femme qui n’avait pas le temps de rendre sa peur Ă©lĂ©gante.

« Monsieur, je vous Ă©cris parce que je crois que votre fille est en danger, et parce que je ne sais pas Ă  qui faire confiance. On lui a menti Ă  Saint-Augustin. On lui a dit qu’il n’y avait plus rien. Ce n’est pas vrai. J’ai vu le bracelet. J’ai entendu Madame Mercer prononcer le prĂ©nom Éliane. J’ai compris trop tard que l’enfant serait dĂ©placĂ©e, renommĂ©e, utilisĂ©e. »

Cassandra s’arrĂȘta.

Monsieur Périer, par pudeur, regardait sa casserole.

Elle reprit.

« Je sais que vous ne me connaissez pas. Je suis la mĂšre de NoĂ©, et j’ai aimĂ© Nathan avant de comprendre de quoi sa famille Ă©tait capable. Je ne veux pas qu’on me donne raison. Je veux seulement qu’une mĂšre retrouve son enfant avant qu’il soit trop tard. »

Une mĂšre retrouve son enfant.

La phrase entra en Cassandra avec une douceur brutale. Elle n’avait pas encore de test. Pas encore de dĂ©cision judiciaire. Pas encore de droit. Mais une femme morte depuis des annĂ©es venait de poser les mots que tous les vivants avaient contournĂ©s.

Gérald lui tendit un mouchoir sans commentaire.

La suite de la lettre détaillait des dates, des noms, des transferts. Camille y mentionnait Paul Ravel, Odette, un laboratoire à Montréal, et une sage-femme qui avait accepté de modifier un registre « pour protéger une famille influente ».

À la derniĂšre page, l’écriture changeait. Plus appuyĂ©e.

« Si je disparais, ne croyez pas que j’ai fui. Je vais voir Nathan ce soir. Je lui donne une derniĂšre chance de tout dire. S’il refuse, je viendrai chez vous dimanche matin. »

Dimanche matin.

Les deux bols.

Armand l’avait attendue.

Camille n’était jamais arrivĂ©e.

Et Odette était venue la veille.

Monsieur Périer se racla la gorge.

— Votre pùre m’avait dit qu’un jour vous comprendriez les bols.

Cassandra leva les yeux.

— Il savait qu’il pouvait mourir ?

— Il savait qu’il avait peur. Ce n’est pas pareil, mais parfois ça se ressemble.

Dans la voiture du retour, Cassandra ne parla presque pas. La route entre Tours et Paris traversait la nuit comme une couture sombre. Les stations-service brillaient au loin, avec leurs sandwiches sous plastique et leurs cafés sans mémoire. Gérald conduisait, chose rare. Il disait que réfléchir lui était plus facile les mains occupées.

— Je veux que tout sorte, dit-elle enfin.

— Tout sortira.

— Pas seulement devant la justice. Devant le conseil de la clinique aussi.

GĂ©rald hocha la tĂȘte.

— Nathan a construit son autoritĂ© sur ton silence. Il faut lui retirer les deux.

Le lendemain, une réunion extraordinaire fut convoquée à Mercer-Lenoir. Officiellement, elle concernait des irrégularités financiÚres. Officieusement, Paris médical bruisserait avant midi.

Cassandra choisit une robe noire simple, un manteau rouge sombre, et les boucles d’oreilles de sa mĂšre. Elle prit le mĂ©tro jusqu’à la clinique plutĂŽt qu’une voiture. Elle avait besoin de sentir la ville, les gens, la vie qui ne savait rien d’elle. Une vieille dame lui demanda si elle descendait Ă  Duroc. Un Ă©tudiant somnolait contre la vitre. Une femme mangeait une clĂ©mentine en lisant un roman policier.

Ces détails la tinrent debout.

Dans la salle du conseil, Nathan Ă©tait dĂ©jĂ  lĂ , entourĂ© de deux avocats. Odette aussi, pĂąle mais droite. Paul Ravel avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© tĂŽt le matin pour audition prolongĂ©e. La nouvelle circulait.

Le prĂ©sident du conseil ouvrit la sĂ©ance d’une voix sĂšche.

Cassandra posa devant elle la lettre de Camille.

Nathan la vit.

Son visage se défit.

— OĂč as-tu trouvĂ© ça ?

Elle ne répondit pas.

Odette, elle, rĂ©pondit Ă  sa place, dans un murmure si bas que seuls les plus proches l’entendirent :

— Armand l’avait donc gardĂ©e.

Cassandra tourna lentement la tĂȘte vers elle.

— Tu savais qu’il l’avait lue ?

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Odette ferma les yeux.

Et cette fois, le silence d’Odette ne protĂ©gea plus personne.

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