Chapitre 10 - Lâenfant quâon avait renommĂ©e

Chapitre 10 - Lâenfant quâon avait renommĂ©e
Personne ne demanda comment Nathan Ă©tait entrĂ©. Plus tard, Cassandra apprendrait quâil avait encore un badge de sĂ©curitĂ© de lâimmeuble, conservĂ© malgrĂ© la mise en demeure du syndic. Sur le moment, ce dĂ©tail comptait moins que la petite main de Lili dans celle de NoĂ©, et le regard du garçon fixĂ© sur son pĂšre avec une dĂ©ception trop vieille pour son Ăąge.
â NoĂ©, dit Ălise, qui venait dâarriver derriĂšre eux, quâest-ce que tu fais ici ?
â Il a dit quâil devait nous montrer la vĂ©ritĂ© avant vous.
Nathan posa une main sur lâĂ©paule du garçon.
Noé se dégagea.
Ce geste minuscule traversa le visage de Nathan comme une gifle muette.
â Cassandra, dit-il, ce nâest pas ce que tu crois.
Elle eut presque pitiĂ© de cette phrase. Les hommes qui mentent longtemps finissent par nâavoir plus que des phrases usĂ©es, comme des clĂ©s qui nâouvrent aucune porte.
â Alors explique.
Odette Ă©clata dâun rire bref.
â Ne lui explique rien.
â Tais-toi, Maman.
Le silence qui suivit étonna tout le monde, Nathan compris.
Il regarda la boßte noire, les photos, le carnet bleu. Puis Lili. Son visage perdit cette beauté lisse qui avait tant charmé de femmes dans les dßners. Il semblait plus vieux, presque nu.
â Tu ne pouvais pas avoir dâenfant, dit-il Ă Cassandra.
â Tu nâes pas mĂ©decin de mon Ăąme.
â Ce nâĂ©tait pas ça. AprĂšs la perte, tu tâeffondrais. Ton pĂšre voulait te faire sortir de ma vie, reprendre ses parts, contrĂŽler la clinique. Maman disait que si un enfant naissait, tout serait verrouillĂ© du cĂŽtĂ© des Lenoir.
â Donc vous lâavez volĂ© ? demanda Ălise dâune voix blanche.
Nathan ferma les yeux.
â Je nâai pas compris tout de suite.
Cassandra le regarda.
â Tu veux vraiment commencer ta confession par un mensonge ?
Il rouvrit les yeux.
â Jâai laissĂ© faire.
Ces trois mots, enfin, avaient le poids de la vérité.
Lili serra son lapin.
â Papa Nathan, je suis volĂ©e ?
La question tomba dans la chambre avec une innocence qui rendit tous les adultes coupables, mĂȘme ceux qui nâavaient rien fait.
Cassandra sâagenouilla lentement devant elle, en gardant une distance respectueuse.
â Non, ma chĂ©rie. Tu nâes pas volĂ©e. Ce sont des adultes qui ont volĂ© la vĂ©ritĂ© autour de toi.
Lili la regarda longtemps.
â Je mâappelle Lili ou Ăliane ?
Ălise se mit Ă pleurer en silence. Pas un sanglot spectaculaire. Juste des larmes qui descendaient comme de la pluie sur une vitre.
Cassandra sentit son propre cĆur se fendre, mais elle rĂ©pondit avec prudence.
â Tu tâappelles comme tu veux quâon tâappelle aujourdâhui. Le reste, on lâapprendra doucement.
Gérald posa le carnet bleu dans une pochette scellée.
â Cette conversation devra ĂȘtre consignĂ©e.
Odette retrouva sa dureté.
â Vous allez dĂ©truire cette enfant avec vos procĂ©dures.
â Non, dit Cassandra. Les procĂ©dures ne dĂ©truisent pas les enfants. Les secrets, oui.
Nathan fit un pas vers elle.
â Je peux rĂ©parer.
Elle le regarda, et dans son regard il dut voir quâil arrivait trop tard dans une maison dĂ©jĂ vidĂ©e de lui.
â Tu ne peux pas rĂ©parer une vie comme on recoud une peau au bloc opĂ©ratoire.
NoĂ© sâavança soudain.
â Et moi ?
Tous les adultes se tournĂšrent vers lui.
Son visage était pùle, mais sa voix resta ferme.
â Vous parlez de Lili. Vous dites la vĂ©ritĂ© pour Lili. Mais moi, je suis quoi dans cette histoire ? Le fils de qui ?
Ălise porta la main Ă son cĆur.
â NoĂ©âŠ
Nathan baissa la tĂȘte.
Cassandra comprit avant quâil parle.
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Et ce fut Odette qui, dans un souffle de colĂšre, lĂącha la phrase quâelle aurait dĂ» garder pour elle :
â Ce garçon nâaurait jamais dĂ» survivre Ă Camille.