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Chapitre 08 - Montréal était déjà écrit

Chapitre 08 - Montréal était déjà écrit

Le retour Ă  Paris se fit dans un compartiment presque vide. Cassandra regardait dĂ©filer les champs d’hiver, les arbres nus, les villages posĂ©s comme des souvenirs sur la terre humide. GĂ©rald lisait les documents sur sa tablette avec une lenteur mĂ©thodique. De temps en temps, il retirait ses lunettes, frottait l’arĂȘte de son nez, puis recommençait.

Cassandra, elle, tenait la clé USB dans sa main fermée.

Un objet si petit.

Une vie entiĂšre pouvait tenir dans un objet si petit.

— Je dois savoir, dit-elle.

— Oui.

— Mais je ne veux pas faire du mal aux enfants.

Gérald leva les yeux vers elle.

— C’est la premiĂšre diffĂ©rence entre toi et eux.

À Paris, Élise les attendait dans le petit hĂŽtel du 15e, prĂšs d’une boulangerie oĂč l’on vendait des chaussons aux pommes encore tiĂšdes. NoĂ© Ă©tait assis dans le hall avec un livre de bandes dessinĂ©es qu’il ne lisait pas. Lili dormait sur un canapĂ©, son lapin serrĂ© contre elle.

Élise avait les traits tirĂ©s.

— Nathan a appelĂ© quinze fois.

— Ne rĂ©pondez plus, dit GĂ©rald.

— Odette aussi.

Cassandra posa son manteau sur une chaise.

— Bien sĂ»r.

Élise regarda la clĂ© USB.

— Vous avez trouvĂ© quelque chose.

La question n’en Ă©tait pas une.

Cassandra s’assit en face d’elle. Il y avait entre elles une table basse, deux tasses de thĂ©, et l’immense fatigue de deux femmes Ă  qui le mĂȘme homme avait vendu des mensonges diffĂ©rents.

— Élise, je dois vous demander quelque chose de trĂšs dĂ©licat.

La blonde pĂąlit.

— Lili ?

Cassandra ne répondit pas tout de suite.

— OĂč est-elle nĂ©e ?

— À MontrĂ©al. Nathan m’avait envoyĂ©e lĂ -bas pour quelques mois, aprĂšs la mort de ma sƓur. Il disait que sa clinique partenaire pourrait m’aider Ă  obtenir des papiers de tutelle plus vite.

— Votre sƓur Ă©tait la mĂšre biologique de Lili ?

Élise passa une main tremblante sur sa bouche.

— Oui. Enfin
 c’est ce que Nathan m’a dit. Ma sƓur, Camille, Ă©tait fragile, instable. Elle avait disparu pendant sa grossesse. Nathan l’a retrouvĂ©e trop tard. Lili est nĂ©e sous X, ou presque. Tout Ă©tait confus.

Cassandra sentit Gérald se redresser.

— Vous avez un acte de naissance ?

— Une copie. Nathan gardait l’original.

— Nous devons la voir.

Élise monta dans sa chambre et revint avec une enveloppe froissĂ©e. Elle en sortit un document canadien, pliĂ© plusieurs fois. GĂ©rald le prit avec prĂ©caution.

Cassandra vit ses yeux courir sur les lignes, puis s’arrĂȘter.

— Quoi ? demanda-t-elle.

— Le nom de la mĂšre est masquĂ© sur cette copie.

— MasquĂ© ?

— Correction administrative. Mais il y a un numĂ©ro de dossier.

Il tourna la tablette vers elles. Sur l’un des documents de la clĂ© USB figurait le mĂȘme numĂ©ro.

Le silence devint si lourd que mĂȘme le bruit de la rue sembla reculer.

Élise se leva brusquement.

— Non. Non, ne me dites pas que Lili


— Je ne dis rien sans acte complet, coupa GĂ©rald.

Cassandra regarda la petite fille endormie dans le hall. Ses cheveux blonds collĂ©s Ă  sa joue. Sa main minuscule autour de l’oreille usĂ©e du lapin.

Elle ne ressentit pas ce qu’elle aurait imaginĂ©. Pas une joie immĂ©diate, pas une revendication, pas une colĂšre possessive. Elle ressentit une peur immense, maternelle avant mĂȘme de savoir si elle en avait le droit.

Peur de devenir, malgré elle, une autre adulte qui déplace une enfant comme une preuve.

Son téléphone vibra.

Un message de Nathan.

« Cassandra, si tu ouvres Montréal, tu détruis Lili. »

Puis un second, presque aussitĂŽt.

« Et tu apprendras pourquoi ton pÚre a vraiment accepté de mourir sans te le dire. »

Elle tendit l’écran Ă  GĂ©rald.

Pour la premiùre fois depuis le matin, l’avocat sembla perdre sa maütrise.

— Il ment, dit-il.

Mais Cassandra entendit dans sa voix qu’il n’en Ă©tait pas certain.

Dans le hall, Lili se réveilla. Elle regarda Cassandra, encore ensommeillée, et murmura :

— Vous ĂȘtes la dame de la photo.

Cassandra s’agenouilla devant elle.

— Quelle photo, ma chĂ©rie ?

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Lili frotta ses yeux.

— Celle que Mamie Odette disait de ne jamais montrer. Parce que si vous la voyiez, vous viendriez me chercher.

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