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Chapitre 13 - La voix de Camille

Chapitre 13 - La voix de Camille

Ils n’écoutĂšrent pas l’enregistrement dans le cabinet de Paul Ravel.

GĂ©rald refusa. Il connaissait la puissance des lieux : certaines vĂ©ritĂ©s, si on les entend au mauvais endroit, restent associĂ©es Ă  l’odeur d’un homme coupable, au bruit d’une chaise, au parfum synthĂ©tique d’une orchidĂ©e mourante. Il emporta les supports sous scellĂ©s provisoires, fit signer trois tĂ©moins, puis conduisit Cassandra dans une petite salle de rĂ©union de son cabinet.

Il faisait nuit sur Paris. La pluie avait lavé les trottoirs, et les phares des voitures glissaient sur les vitres comme des poissons blancs.

Cassandra demanda qu’Élise soit prĂ©sente.

— Vous ĂȘtes sĂ»re ? demanda GĂ©rald.

— Camille Ă©tait sa sƓur.

Élise arriva une heure plus tard, les cheveux attachĂ©s Ă  la hĂąte, le visage dĂ©fait. Elle portait un manteau trop lĂ©ger et tenait dans sa main un mouchoir roulĂ© en boule.

— Les enfants dorment, dit-elle. Henri reste avec eux.

Personne ne rĂ©pondit. Il n’y avait rien Ă  rĂ©pondre Ă  une phrase aussi fragile.

Gérald lança le fichier numérisé.

D’abord, un souffle. Puis des bruits de pas. Une porte. Une voix de femme, jeune, tendue.

— Vous avez dit que vous pouviez m’aider.

Camille.

Élise porta la main à sa bouche.

Une voix d’homme rĂ©pondit. Paul Ravel.

— Je peux surtout vous Ă©viter des ennuis, mademoiselle Montfort.

— Je ne veux pas d’argent. Je veux que Monsieur Lenoir sache ce qu’ils font à sa fille.

Cassandra sentit son corps devenir immobile.

La voix de Camille tremblait, mais elle ne cédait pas.

— Odette Mercer veut faire passer l’enfant de Cassandra pour l’enfant de quelqu’un d’autre. Nathan le sait. Il dit qu’aprĂšs, tout sera plus simple. Mais ce n’est pas simple. C’est un bĂ©bĂ©.

Élise se mit à pleurer sans bruit.

Sur l’enregistrement, Ravel dit :

— Vous dramatisez.

— Non. J’ai vu le bracelet. J’ai vu le nom. Éliane. C’est le prĂ©nom de la mĂšre de Cassandra, n’est-ce pas ?

Cassandra sentit GĂ©rald poser doucement un verre d’eau prĂšs d’elle, mais elle ne le prit pas.

Camille poursuivait.

— Et NoĂ© ? Vous croyez que je vais laisser Odette dĂ©cider aussi de lui ? Elle a dĂ©jĂ  choisi ce qui devait arriver Ă  mon fils.

Un bruit sec. Une chaise ? Une main sur la table ?

La voix de Ravel devint plus basse.

— Écoutez-moi bien. Vous ĂȘtes fatiguĂ©e. Vous avez un enfant. Vous n’avez aucune preuve qui vous protĂ©gera.

— J’ai Ă©crit Ă  Armand Lenoir.

Un silence sur la bande.

Puis Ravel :

— Vous n’auriez pas dĂ» faire ça.

L’enregistrement s’interrompit.

Dans la salle, personne ne bougea.

Élise murmura :

— Elle essayait de vous sauver.

Cassandra ne rĂ©pondit pas. Elle regardait la pluie sur la vitre. Elle pensait Ă  une femme qu’on lui avait prĂ©sentĂ©e comme fragile, instable, gĂȘnante. Une femme qui avait eu assez de courage pour Ă©crire Ă  son pĂšre quand tous les autres adultes choisissaient l’arrangement.

Camille n’était pas un fantĂŽme.

Elle était le premier témoin.

Gérald lança la seconde partie.

Cette fois, la voix de Ravel était agitée.

— Odette, elle a Ă©crit au vieux. Il faut rĂ©cupĂ©rer la lettre.

La voix d’Odette, plus jeune mais reconnaissable, rĂ©pondit :

— Si Armand reçoit quoi que ce soit, Nathan perd tout.

— Et Camille ?

— Camille a toujours eu tendance à faire des drames.

— Elle menace de venir ce soir.

Il y eut un bruit de verre posé violemment.

Odette dit alors, avec une froideur qui traversa les années :

— Alors faites en sorte qu’elle n’arrive pas.

Élise poussa un cri Ă©touffĂ©.

Cassandra ferma les yeux.

Elle n’avait pas besoin d’image. C’était pire sans image. L’imagination remplissait la nuit, la route, une jeune femme seule, une lettre dans son sac.

GĂ©rald arrĂȘta l’enregistrement.

— Nous remettons cela au procureur demain.

— Non, dit Cassandra.

Il la regarda, surpris.

Elle rouvrit les yeux.

— Ce soir.

Son téléphone vibra.

Un message d’un numĂ©ro inconnu, avec une photo jointe.

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On y voyait Lili endormie dans le hall de l’hîtel, la veille.

Le message disait : « Vous avez deux enfants Ă  protĂ©ger maintenant. Ne l’oubliez pas. »

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