Chapitre 09 - Le deuxiĂšme berceau

Chapter 09 - Chapitre 09 - Le deuxiĂšme berceau
Un autre enfant.
Ces trois mots restĂšrent dans la chambre comme une chaise renversĂ©e que personne nâosait remettre droite. Jake regarda Louise. Louise regarda Megan. Megan, elle, regardait son ventre, comme si le passĂ© venait de poser une main froide sur lâavenir.
Camille demanda Ă tout le monde de respirer avant de parler.
Ce conseil simple avait quelque chose de presque français, pensa Aline plus tard : faire dâabord un peu dâordre dans le corps avant de prĂ©tendre faire la vĂ©ritĂ© dans les papiers.
â La lettre de votre pĂšre mentionne âle deuxiĂšme berceauâ, dit Camille. Il Ă©crit quâHĂ©lĂšne ne supportait pas lâidĂ©e quâune femme puisse ĂȘtre aimĂ©e Ă travers un enfant. Ni Louise, ni plus tard âlâenfant de Marianneâ.
Jake fronça les sourcils.
â Marianne ?
Louise pĂąlit.
â Ma mĂšre adoptive sâappelle Marianne.
â Pas celle-lĂ , dit Camille.
Elle tourna la tablette.
Une photo apparut. Un café à Lyon, probablement dans les années quatre-vingt-dix. Une terrasse étroite, des chaises en rotin, des stores rouges. Le pÚre de Jake, plus jeune, assis face à une femme brune qui tenait un bébé contre elle.
Au dos du scan, une note : âMarianne R. et lâenfant que je nâai pas pu reconnaĂźtre.â
Megan porta la main Ă sa bouche.
â Ce nâest pas possible.
Jake sentit une fatigue profonde tomber sur lui. Son pĂšre, cet homme silencieux quâil avait cru honnĂȘte parce quâil Ă©tait triste, se rĂ©vĂ©lait lui aussi plein de piĂšces fermĂ©es.
â Mon pĂšre avait un autre enfant ?
â Peut-ĂȘtre, rĂ©pondit Camille. Ou il a protĂ©gĂ© lâenfant de quelquâun dâautre. La formulation est ambiguĂ«.
Louise eut un sourire douloureux.
â Dans cette famille, mĂȘme les morts parlent par Ă©nigmes.
Le docteur Lagrange examina la photo.
â Ma mĂšre connaissait ce cafĂ©. Les sages-femmes sây retrouvaient aprĂšs les gardes. Si cette Marianne a accouchĂ© dans la mĂȘme maternitĂ©, les dossiers pourraient ĂȘtre liĂ©s.
Megan se tut.
Aline la regarda immédiatement.
â Tu sais quelque chose.
â Non.
â Megan.
Elle ferma les yeux.
â Ma mĂšre sâappelait Marianne Renaud avant son mariage.
Le silence changea de poids.
Jake recula dâun pas.
â Ta mĂšre ?
â Elle est morte quand jâavais dix-sept ans. Elle parlait trĂšs peu de Lyon. Elle disait seulement quâelle avait fui une maison oĂč les femmes devenaient des dossiers.
Aline sâassit enfin.
â Bon sang.
Camille tapa rapidement quelques mots sur son clavier.
â Megan, avez-vous un acte de naissance complet ? Pas lâextrait ordinaire. Le complet.
â Chez Aline, avec mes papiers français.
Aline ouvrit son sac, puis se rappela.
â Non. La copie est dans la valise que jâai laissĂ©e Ă lâappartement.
Jake se leva.
â Je vais la chercher.
â Non, dit Megan.
Il sâarrĂȘta.
â Tu ne dois plus y aller seul.
Cette phrase avait une douceur inattendue. Pas du pardon. Pas de la confiance. Mais le rĂ©flexe dâune femme qui, mĂȘme blessĂ©e, refusait de laisser quelquâun courir aveuglĂ©ment dans une embuscade.
Camille appela un service de sĂ©curitĂ© privĂ©. HĂ©lĂšne avait dĂ©jĂ montrĂ© quâelle savait entrer. DĂ©sormais, personne nâirait nulle part sans tĂ©moin.
Le soir tomba tĂŽt. Dans la chambre, la lumiĂšre devint jaune. Rosa apporta une soupe chaude, que Megan mangea lentement. Jake regarda chaque cuillerĂ©e comme une rĂ©paration minuscule Ă laquelle il nâavait pas droit.
â ArrĂȘte, dit-elle soudain.
â Quoi ?
â De me regarder comme si manger Ă©tait hĂ©roĂŻque.
Il baissa les yeux.
â Pardon.
â Garde tes pardons pour plus tard. Pour lâinstant, sois utile.
Alors il se leva, rangea les chaises, remplit son verre, appela lâavocate, signa la demande dâinterdiction de contact, fit tout ce quâil aurait dĂ» faire sans quâon le fĂ©licite.
Ă vingt-deux heures, Aline reçut un message du service de sĂ©curitĂ© arrivĂ© Ă lâappartement.
La valise était là .
Les papiers aussi.
Mais dans le dossier de naissance de Megan, une page avait été ajoutée récemment.
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Une page qui indiquait, en marge, un nom que personne nâattendait.
Vasseur.