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đŸ§” Le Drap bleu / Chapter 9 / 20

Chapitre 09 - Le deuxiĂšme berceau

Chapter 09 - Chapitre 09 - Le deuxiĂšme berceau

Un autre enfant.

Ces trois mots restĂšrent dans la chambre comme une chaise renversĂ©e que personne n’osait remettre droite. Jake regarda Louise. Louise regarda Megan. Megan, elle, regardait son ventre, comme si le passĂ© venait de poser une main froide sur l’avenir.

Camille demanda Ă  tout le monde de respirer avant de parler.

Ce conseil simple avait quelque chose de presque français, pensa Aline plus tard : faire d’abord un peu d’ordre dans le corps avant de prĂ©tendre faire la vĂ©ritĂ© dans les papiers.

— La lettre de votre pĂšre mentionne “le deuxiĂšme berceau”, dit Camille. Il Ă©crit qu’HĂ©lĂšne ne supportait pas l’idĂ©e qu’une femme puisse ĂȘtre aimĂ©e Ă  travers un enfant. Ni Louise, ni plus tard “l’enfant de Marianne”.

Jake fronça les sourcils.

— Marianne ?

Louise pĂąlit.

— Ma mùre adoptive s’appelle Marianne.

— Pas celle-là, dit Camille.

Elle tourna la tablette.

Une photo apparut. Un café à Lyon, probablement dans les années quatre-vingt-dix. Une terrasse étroite, des chaises en rotin, des stores rouges. Le pÚre de Jake, plus jeune, assis face à une femme brune qui tenait un bébé contre elle.

Au dos du scan, une note : “Marianne R. et l’enfant que je n’ai pas pu reconnaütre.”

Megan porta la main Ă  sa bouche.

— Ce n’est pas possible.

Jake sentit une fatigue profonde tomber sur lui. Son pĂšre, cet homme silencieux qu’il avait cru honnĂȘte parce qu’il Ă©tait triste, se rĂ©vĂ©lait lui aussi plein de piĂšces fermĂ©es.

— Mon pùre avait un autre enfant ?

— Peut-ĂȘtre, rĂ©pondit Camille. Ou il a protĂ©gĂ© l’enfant de quelqu’un d’autre. La formulation est ambiguĂ«.

Louise eut un sourire douloureux.

— Dans cette famille, mĂȘme les morts parlent par Ă©nigmes.

Le docteur Lagrange examina la photo.

— Ma mĂšre connaissait ce cafĂ©. Les sages-femmes s’y retrouvaient aprĂšs les gardes. Si cette Marianne a accouchĂ© dans la mĂȘme maternitĂ©, les dossiers pourraient ĂȘtre liĂ©s.

Megan se tut.

Aline la regarda immédiatement.

— Tu sais quelque chose.

— Non.

— Megan.

Elle ferma les yeux.

— Ma mùre s’appelait Marianne Renaud avant son mariage.

Le silence changea de poids.

Jake recula d’un pas.

— Ta mùre ?

— Elle est morte quand j’avais dix-sept ans. Elle parlait trĂšs peu de Lyon. Elle disait seulement qu’elle avait fui une maison oĂč les femmes devenaient des dossiers.

Aline s’assit enfin.

— Bon sang.

Camille tapa rapidement quelques mots sur son clavier.

— Megan, avez-vous un acte de naissance complet ? Pas l’extrait ordinaire. Le complet.

— Chez Aline, avec mes papiers français.

Aline ouvrit son sac, puis se rappela.

— Non. La copie est dans la valise que j’ai laissĂ©e Ă  l’appartement.

Jake se leva.

— Je vais la chercher.

— Non, dit Megan.

Il s’arrĂȘta.

— Tu ne dois plus y aller seul.

Cette phrase avait une douceur inattendue. Pas du pardon. Pas de la confiance. Mais le rĂ©flexe d’une femme qui, mĂȘme blessĂ©e, refusait de laisser quelqu’un courir aveuglĂ©ment dans une embuscade.

Camille appela un service de sĂ©curitĂ© privĂ©. HĂ©lĂšne avait dĂ©jĂ  montrĂ© qu’elle savait entrer. DĂ©sormais, personne n’irait nulle part sans tĂ©moin.

Le soir tomba tĂŽt. Dans la chambre, la lumiĂšre devint jaune. Rosa apporta une soupe chaude, que Megan mangea lentement. Jake regarda chaque cuillerĂ©e comme une rĂ©paration minuscule Ă  laquelle il n’avait pas droit.

— ArrĂȘte, dit-elle soudain.

— Quoi ?

— De me regarder comme si manger Ă©tait hĂ©roĂŻque.

Il baissa les yeux.

— Pardon.

— Garde tes pardons pour plus tard. Pour l’instant, sois utile.

Alors il se leva, rangea les chaises, remplit son verre, appela l’avocate, signa la demande d’interdiction de contact, fit tout ce qu’il aurait dĂ» faire sans qu’on le fĂ©licite.

À vingt-deux heures, Aline reçut un message du service de sĂ©curitĂ© arrivĂ© Ă  l’appartement.

La valise était là.

Les papiers aussi.

Mais dans le dossier de naissance de Megan, une page avait été ajoutée récemment.

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Une page qui indiquait, en marge, un nom que personne n’attendait.

Vasseur.

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