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đŸ§” Le Drap bleu / Chapter 15 / 20

Chapitre 15 - La maison de Saint-Rémy

Chapter 15 - Chapitre 15 - La maison de Saint-Rémy

La maison de Saint-RĂ©my n’existait plus.

Pas sur les photographies rĂ©centes, du moins. À son emplacement, Google Maps montrait un terrain clos, des cyprĂšs, un portail rouillĂ© et, au fond, un rectangle de pierres envahi par les herbes. Pourtant, dans les archives envoyĂ©es par l’oncle de Jake, la maison apparaissait claire et fiĂšre : volets bleus, façade ocre, glycine sur la terrasse.

Antoine Vasseur l’avait achetĂ©e en 1996.

Au nom d’une sociĂ©tĂ© Ă©cran.

— Pour qui ? demanda Jake.

Camille parcourut les actes.

— Officiellement, pour des locations saisonniĂšres. Officieusement
 les paiements d’entretien correspondent Ă  trois femmes diffĂ©rentes : Élodie Caron, Marianne Renaud, et une certaine Sophie Mercier.

Le docteur Lagrange releva la tĂȘte.

— Ma mùre.

La piĂšce se tut.

Le nom de Sophie Mercier, l’ancienne sage-femme, reliait tout Ă  nouveau. Elle n’avait pas seulement pris des notes. Elle avait peut-ĂȘtre aidĂ© ces femmes Ă  se cacher.

Le docteur Lagrange appela sa mĂšre devant eux.

La vieille voix trembla d’abord, puis se raffermit. Oui, elle connaissait la maison. Oui, Antoine l’avait utilisĂ©e pour mettre Élodie Ă  l’abri. Oui, Marianne y Ă©tait venue avec Megan bĂ©bĂ©. Oui, HĂ©lĂšne avait fini par trouver l’adresse.

— Que s’est-il passĂ© ? demanda la mĂ©decin.

Un long silence traversa l’Atlantique.

— Elle n’a pas mis le feu, dit enfin Sophie Mercier. Pas de ses mains. Mais elle a menacĂ© de tout rĂ©vĂ©ler, de faire retirer les enfants, de dĂ©truire Antoine. Les femmes sont parties dans la nuit. AprĂšs cela, la maison n’a plus jamais servi Ă  protĂ©ger personne.

Megan ferma les yeux.

Encore une fuite. Encore une femme avec un enfant dans les bras, quittant une maison avant l’aube pour survivre à une autre femme.

Jake se leva, fit quelques pas, puis revint.

— Je veux vendre tout ce qui est liĂ© Ă  elle.

Camille le regarda.

— Juridiquement, ce sera long.

— Je m’en fiche.

— Non, tu ne t’en fiches pas, dit Megan.

Il se tourna vers elle.

— Quoi ?

— Ne transforme pas ta culpabilitĂ© en grand geste spectaculaire. C’est encore une façon de te mettre au centre.

La phrase le stoppa net.

Aline sourit presque. VoilĂ  la Megan qu’elle connaissait : douce quand il le fallait, impitoyable quand la vĂ©ritĂ© demandait de l’ĂȘtre.

— Alors quoi ? demanda Jake.

— Tu vas rendre ce qui doit ĂȘtre rendu. À Louise. À Luc s’il l’accepte. Aux personnes que ton pĂšre a tentĂ© de protĂ©ger. Et tu vas le faire proprement, pas pour qu’on dise que tu es devenu bon.

Jake inspira.

— D’accord.

Ce fut la premiùre fois qu’il ne discuta pas.

Les jours suivants furent faits de paperasse, d’appels, de consultations mĂ©dicales et de petits gestes. Megan apprit Ă  marcher dans le couloir avec l’aide de Rosa. Le bĂ©bĂ© continuait de grandir. Jake dormit plusieurs nuits sur une chaise prĂšs de l’accueil, sans se plaindre. HĂ©lĂšne resta Ă  distance, mais son ombre passait par les courriels d’avocat et les messages familiaux.

Puis vint le rapport de l’expert numĂ©rique.

Le babyphone, le mobile de la nursery, les connexions aux comptes, tout confirmait une surveillance organisée. Mais un fichier audio, supprimé puis récupéré, donna au dossier une autre dimension.

On y entendait HĂ©lĂšne parler Ă  Étienne Marceau, le notaire.

“Si Jake dĂ©couvre Louise, il voudra rĂ©parer. Si Megan accouche, elle l’y poussera. Il faut la faire passer pour dangereuse avant.”

Marceau répondait :

“Et si elle garde des preuves ?”

HélÚne avait ri doucement.

“Les femmes fatiguĂ©es perdent toujours leurs papiers.”

Dans la chambre, personne ne bougea.

Megan prit la main d’Aline.

— Plus maintenant.

Camille sauvegarda le fichier sur trois supports.

— L’audience principale vient de changer de nature.

Jake regarda la couverture bleue pliée au pied du lit.

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Pour la premiĂšre fois, elle ne ressemblait plus Ă  une cachette.

Elle ressemblait Ă  un drapeau.

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