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đŸ§” Le Drap bleu / Chapter 4 / 20

Chapitre 04 - Les messages qui n’étaient pas de lui

Chapter 04 - Chapitre 04 - Les messages qui n’étaient pas de lui

Jake courut jusqu’à l’appartement avec une honte qui lui collait au dos.

Le taxi traversa Chicago sous une pluie fine, les immeubles se dĂ©formant dans les flaques, les feux rouges Ă©tirĂ©s comme des blessures lumineuses. Dans sa tĂȘte, les messages revenaient un Ă  un. “ArrĂȘte.” “Je suis en rĂ©union.” “Ne recommence pas.” Des phrases qu’il aurait pu Ă©crire dans ses mauvais jours, assez ressemblantes pour faire mal, assez froides pour ĂȘtre crues.

HélÚne connaissait son ton mieux que personne.

Elle l’avait fabriquĂ©.

L’appartement Ă©tait silencieux quand il entra. Trop silencieux. Le genre de silence qu’on trouve dans les maisons oĂč quelqu’un vient de fouiller en prenant soin de refermer les tiroirs. Dans la cuisine, le pot de basilic n’était plus dehors. Il Ă©tait sur le comptoir, les racines nues, la terre rĂ©pandue comme un petit cimetiĂšre.

La chambre du bébé avait été retournée avec méthode.

Pas de chaos spectaculaire. Pas de meubles renversĂ©s. HĂ©lĂšne n’était pas femme Ă  se salir inutilement. Les gigoteuses Ă©taient pliĂ©es sur la commode. Les peluches rangĂ©es par taille. Mais la boĂźte en bois que Megan gardait sous le fauteuil avait disparu.

Jake s’assit au milieu de la piùce.

Il n’avait jamais remarquĂ© les dĂ©tails.

Le mobile suspendu au-dessus du berceau, de petits nuages cousus Ă  la main. Les livres cartonnĂ©s en français et en anglais. Le gilet jaune pĂąle commencĂ© au tricot, avec une maille lĂąchĂ©e sur la manche. Une maison entiĂšre de preuves d’amour qu’il avait traversĂ©e comme un homme pressĂ©.

Son téléphone sonna.

Megan.

Il hĂ©sita avant de rĂ©pondre, non parce qu’il ne voulait pas, mais parce qu’il ne savait plus avec quelle voix lui parler.

— Elle l’a pris ? demanda-t-elle.

— Oui.

Un silence.

— Alors elle a peur.

— Qu’est-ce qu’il y avait dans cette boüte ?

— Des copies. Pas les originaux.

Jake ferma les yeux.

Pour la premiĂšre fois depuis deux jours, un souffle de force passa dans la voix de Megan.

— Je ne suis pas restĂ©e couchĂ©e Ă  attendre qu’on me croie.

Il baissa la tĂȘte.

— OĂč sont les originaux ?

— Chez une notaire à Lyon.

Lyon. Le mot sembla incongru au milieu de cette chambre amĂ©ricaine, avec la pluie de Chicago contre la vitre et les sirĂšnes en bas de l’immeuble. Mais Megan venait de lĂ . D’un quartier prĂšs de la Croix-Rousse, d’une mĂšre professeure de lettres, d’un pĂšre qui rĂ©parait des meubles anciens et disait que le bois ment moins que les hommes.

— Pourquoi une notaire ?

— Parce que ton nom n’a pas commencĂ© avec ta mĂšre.

La phrase resta suspendue.

Jake se leva lentement.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Demande-lui qui Ă©tait Louise.

La ligne coupa.

À l’hĂŽpital, plus tard, le docteur Lagrange interdit Ă  Jake d’entrer dans la chambre avant que Megan l’accepte. Il patienta sur une chaise en plastique, face Ă  un distributeur de barres chocolatĂ©es, un homme de trente-quatre ans qui dĂ©couvrait qu’il avait vĂ©cu sous le toit d’un mensonge aussi patiemment entretenu qu’un jardin.

Aline sortit finalement.

— Elle dort.

— Elle m’a parlĂ© de Louise.

Aline le fixa.

— Elle ne devait pas.

— Qui est-ce ?

— Une morte que ta mĂšre a continuĂ© d’utiliser.

Il ne comprit pas.

Aline soupira. Son visage se radoucit malgrĂ© elle. Elle n’était pas venue pour sauver Jake, mais elle n’aimait pas voir un homme entrer trop tard dans sa propre histoire.

— Ton pĂšre a Ă©crit Ă  Megan avant de mourir. Pas beaucoup. Une lettre. Il lui disait que si HĂ©lĂšne s’approchait de sa grossesse, il fallait ouvrir le dossier Louise.

Jake sentit le couloir basculer légÚrement.

— Mon pùre est mort il y a quatre ans.

— Oui.

— Megan et moi Ă©tions Ă  peine fiancĂ©s.

— Justement.

À ce moment-lĂ , son tĂ©lĂ©phone professionnel vibra. Un message vocal inconnu, transfĂ©rĂ© depuis une adresse chiffrĂ©e.

Jake porta l’appareil à son oreille.

La voix de son pÚre était plus faible que dans son souvenir, rùpée par la maladie, mais indiscutable.

“Si tu Ă©coutes ceci, mon fils, c’est que ta mĂšre recommence.”

Jake ne respira plus.

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“Protùge Megan. Et surtout, ne la laisse jamais seule avec l’enfant.”

Dans le couloir blanc, quelque chose de trÚs ancien se réveilla.

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