Chapitre 07 - Celle qui avait le mĂȘme regard

Chapter 07 - Chapitre 07 - Celle qui avait le mĂȘme regard
Louise nâavait pas lâair dâun fantĂŽme.
CâĂ©tait peut-ĂȘtre ce qui bouleversa le plus Jake. Il sâattendait, absurdement, Ă une apparition fragile, une femme nĂ©e du papier et des secrets. Celle qui entra dans la chambre portait un manteau gris, une Ă©charpe prune, des lunettes rondes et des chaussures mouillĂ©es par la pluie. Une femme dâune trentaine dâannĂ©es, presque son Ăąge, avec les mĂȘmes yeux que lui.
Pas la mĂȘme couleur seulement.
La mĂȘme façon de regarder avant de faire confiance.
Elle resta prĂšs de la porte.
â Je ne voulais pas venir comme ça.
Sa voix avait un accent de lâEst de la France. Nancy peut-ĂȘtre. Ou Metz. Megan, assise dans son lit, la dĂ©tailla avec une douceur prudente.
â Qui vous a prĂ©venue ?
Louise sortit son téléphone.
â Une femme mâa envoyĂ© un message ce matin. Elle disait que si je voulais connaĂźtre le nom de ma mĂšre biologique, je devais venir ici avant que quelquâun ne dĂ©truise les preuves.
â HĂ©lĂšne, dit Jake.
Louise le regarda enfin.
Il y eut une reconnaissance sans souvenir. Deux adultes découvrant que leur enfance avait été montée comme un meuble avec une piÚce cachée.
â Tu es Jake ?
Il acquiesça.
â On mâa dit que tu Ă©tais mort-nĂ©e.
Elle eut un sourire pĂąle.
â On mâa dit que ma mĂšre Ă©tait morte en me laissant.
Personne ne parla.
Le docteur Lagrange resta prĂšs de la fenĂȘtre, les bras croisĂ©s. Aline gardait une main sur le dossier de la chaise. Camille prenait des notes, mais plus lentement. MĂȘme elle semblait touchĂ©e par cette collision de vies.
Louise expliqua.
Une adoption discrÚte. Une famille aimante à Dijon. Des papiers fermés. Une enveloppe reçue pour ses trente ans contenant une seule photo : un homme jeune tenant un bébé dans une maternité, avec au dos le nom Vasseur.
â Jâai cherchĂ©, mais les dossiers Ă©taient incomplets. Chaque fois que jâapprochais dâune rĂ©ponse, quelquâun refermait la porte.
Jake pensa Ă son pĂšre. Aux annĂ©es oĂč il lâavait trouvĂ© distant, fatiguĂ©, enfermĂ© dans son bureau avec du whisky et des factures. Il avait cru Ă la faiblesse. Peut-ĂȘtre que son pĂšre cherchait une enfant perdue pendant que lui apprenait Ă admirer celle qui lâavait perdue.
Louise tourna ses yeux vers Megan.
â Je suis dĂ©solĂ©e. Si votre belle-mĂšre mâa fait venir, ce nâest pas par bontĂ©.
Megan eut un rire minuscule.
â Ăa, jâavais compris.
â Elle veut probablement mâutiliser contre vous.
â Elle utilise tout le monde, dit Jake.
Louise le regarda.
â Y compris toi.
Il accepta la phrase.
Un long moment passa. Le bébé bougea sous la main de Megan. Louise baissa les yeux vers ce ventre rond, puis détourna le regard avec pudeur. Un geste simple. Respectueux. Megan le remarqua.
â Elle vous a dit quelque chose dâautre ? demanda Camille.
Louise hocha la tĂȘte.
â Oui. Que lâenfant de Megan nâĂ©tait pas en sĂ©curitĂ© parce que les Vasseur âse rĂ©pĂštent toujoursâ.
Le docteur Lagrange inspira.
â Câest une menace dĂ©guisĂ©e.
â Il y avait aussi une piĂšce jointe. Une photo.
Louise tendit le téléphone.
Sur lâĂ©cran, on voyait la nursery de Jake et Megan. Le berceau. Le mobile. La petite commode. Et au premier plan, la main dâHĂ©lĂšne tenant une paire de ciseaux prĂšs du gilet tricotĂ©.
Megan devint blanche.
â Elle est retournĂ©e chez nous.
Jake serra les poings.
â Je vais appeler la police.
â DĂ©jĂ fait, dit Camille. Mais ce nâest pas tout.
Elle agrandit lâimage. Dans le miroir accrochĂ© au mur de la nursery, on distinguait un reflet. Pas celui dâHĂ©lĂšne.
Un homme se tenait derriĂšre elle.
Grand, manteau sombre, visage partiellement caché par son téléphone.
Aline se pencha.
â Je connais cet homme.
Jake leva les yeux.
â Qui est-ce ?
Aline avala sa salive.
â Le notaire qui a refusĂ© de transmettre le dossier Louise Ă Megan.
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Dans la chambre, le monde devint soudain beaucoup plus vaste.
Et beaucoup plus dangereux.