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đŸ§” Le Drap bleu / Chapter 7 / 20

Chapitre 07 - Celle qui avait le mĂȘme regard

Chapter 07 - Chapitre 07 - Celle qui avait le mĂȘme regard

Louise n’avait pas l’air d’un fantîme.

C’était peut-ĂȘtre ce qui bouleversa le plus Jake. Il s’attendait, absurdement, Ă  une apparition fragile, une femme nĂ©e du papier et des secrets. Celle qui entra dans la chambre portait un manteau gris, une Ă©charpe prune, des lunettes rondes et des chaussures mouillĂ©es par la pluie. Une femme d’une trentaine d’annĂ©es, presque son Ăąge, avec les mĂȘmes yeux que lui.

Pas la mĂȘme couleur seulement.

La mĂȘme façon de regarder avant de faire confiance.

Elle resta prĂšs de la porte.

— Je ne voulais pas venir comme ça.

Sa voix avait un accent de l’Est de la France. Nancy peut-ĂȘtre. Ou Metz. Megan, assise dans son lit, la dĂ©tailla avec une douceur prudente.

— Qui vous a prĂ©venue ?

Louise sortit son téléphone.

— Une femme m’a envoyĂ© un message ce matin. Elle disait que si je voulais connaĂźtre le nom de ma mĂšre biologique, je devais venir ici avant que quelqu’un ne dĂ©truise les preuves.

— HĂ©lĂšne, dit Jake.

Louise le regarda enfin.

Il y eut une reconnaissance sans souvenir. Deux adultes découvrant que leur enfance avait été montée comme un meuble avec une piÚce cachée.

— Tu es Jake ?

Il acquiesça.

— On m’a dit que tu Ă©tais mort-nĂ©e.

Elle eut un sourire pĂąle.

— On m’a dit que ma mĂšre Ă©tait morte en me laissant.

Personne ne parla.

Le docteur Lagrange resta prĂšs de la fenĂȘtre, les bras croisĂ©s. Aline gardait une main sur le dossier de la chaise. Camille prenait des notes, mais plus lentement. MĂȘme elle semblait touchĂ©e par cette collision de vies.

Louise expliqua.

Une adoption discrÚte. Une famille aimante à Dijon. Des papiers fermés. Une enveloppe reçue pour ses trente ans contenant une seule photo : un homme jeune tenant un bébé dans une maternité, avec au dos le nom Vasseur.

— J’ai cherchĂ©, mais les dossiers Ă©taient incomplets. Chaque fois que j’approchais d’une rĂ©ponse, quelqu’un refermait la porte.

Jake pensa Ă  son pĂšre. Aux annĂ©es oĂč il l’avait trouvĂ© distant, fatiguĂ©, enfermĂ© dans son bureau avec du whisky et des factures. Il avait cru Ă  la faiblesse. Peut-ĂȘtre que son pĂšre cherchait une enfant perdue pendant que lui apprenait Ă  admirer celle qui l’avait perdue.

Louise tourna ses yeux vers Megan.

— Je suis dĂ©solĂ©e. Si votre belle-mĂšre m’a fait venir, ce n’est pas par bontĂ©.

Megan eut un rire minuscule.

— Ça, j’avais compris.

— Elle veut probablement m’utiliser contre vous.

— Elle utilise tout le monde, dit Jake.

Louise le regarda.

— Y compris toi.

Il accepta la phrase.

Un long moment passa. Le bébé bougea sous la main de Megan. Louise baissa les yeux vers ce ventre rond, puis détourna le regard avec pudeur. Un geste simple. Respectueux. Megan le remarqua.

— Elle vous a dit quelque chose d’autre ? demanda Camille.

Louise hocha la tĂȘte.

— Oui. Que l’enfant de Megan n’était pas en sĂ©curitĂ© parce que les Vasseur “se rĂ©pĂštent toujours”.

Le docteur Lagrange inspira.

— C’est une menace dĂ©guisĂ©e.

— Il y avait aussi une piùce jointe. Une photo.

Louise tendit le téléphone.

Sur l’écran, on voyait la nursery de Jake et Megan. Le berceau. Le mobile. La petite commode. Et au premier plan, la main d’HĂ©lĂšne tenant une paire de ciseaux prĂšs du gilet tricotĂ©.

Megan devint blanche.

— Elle est retournĂ©e chez nous.

Jake serra les poings.

— Je vais appeler la police.

— DĂ©jĂ  fait, dit Camille. Mais ce n’est pas tout.

Elle agrandit l’image. Dans le miroir accrochĂ© au mur de la nursery, on distinguait un reflet. Pas celui d’HĂ©lĂšne.

Un homme se tenait derriĂšre elle.

Grand, manteau sombre, visage partiellement caché par son téléphone.

Aline se pencha.

— Je connais cet homme.

Jake leva les yeux.

— Qui est-ce ?

Aline avala sa salive.

— Le notaire qui a refusĂ© de transmettre le dossier Louise Ă  Megan.

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Dans la chambre, le monde devint soudain beaucoup plus vaste.

Et beaucoup plus dangereux.

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