Chapitre 03 - La clé sous le basilic

Chapter 03 - Chapitre 03 - La clé sous le basilic
Megan ne demanda pas quand Jake avait cessé de croire sa mÚre.
Elle demanda seulement un verre dâeau.
Ce dĂ©tail le brisa davantage. Pas une explication, pas un reproche, pas la scĂšne que nâimporte qui aurait mĂ©ritĂ©e Ă sa place. Juste un verre dâeau quâelle prit Ă deux mains, lentement, comme une vieille dame sur un banc de parc aprĂšs une longue montĂ©e.
Le matin passa en examens, papiers, signatures. Le bébé donnait des coups réguliers, obstinés, presque insolents. Megan sourit une fois, à peine, quand il remua sous la sonde.
â Il a ton caractĂšre, dit Jake sans rĂ©flĂ©chir.
Elle le regarda.
Le sourire disparut.
â Non. JâespĂšre quâil aura le mien. Il survivra plus longtemps.
Il nâeut rien Ă rĂ©pondre.
Vers midi, une femme aux cheveux noirs entra avec un manteau de laine vert et un sac de toile rempli de choses ordinaires : une brosse Ă dents, deux chemises propres, des chaussettes, des clĂ©mentines, un vieux chargeur de tĂ©lĂ©phone. Aline Moreau, lâamie de Megan depuis leurs annĂ©es dâĂ©tudes Ă Lyon, venait de prendre le premier vol du matin.
Elle embrassa Megan sur le front. Puis elle fixa Jake avec une politesse tranchante.
â Je ne vais pas crier, dit-elle. Tu nâen vaux pas lâĂ©nergie aujourdâhui.
Jake accepta la phrase comme on accepte une facture due.
Aline sortit une enveloppe kraft de son sac.
â Jâai apportĂ© ce que tu mâavais demandĂ© de garder.
Megan ferma les yeux.
â Pas devant lui.
â Si, rĂ©pondit Aline. Justement devant lui.
Dans lâenveloppe, il y avait des copies de messages, des captures dâĂ©cran, des photos prises sans flash. La serrure de lâappartement forcĂ©e sans ĂȘtre cassĂ©e. Le paillasson dĂ©placĂ©. Le petit pot de basilic sur le rebord extĂ©rieur, lĂ oĂč Jake cachait autrefois une clĂ© âau cas oĂčâ.
â Je lâavais oubliĂ©e, murmura-t-il.
â Ta mĂšre non, dit Megan.
Il revit HĂ©lĂšne entrant librement, toujours au bon moment, toujours avec un prĂ©texte. Arroser les plantes. DĂ©poser une soupe. Ranger un placard. VĂ©rifier si Megan âtenait la maisonâ.
Aline posa une derniĂšre photo sur le lit.
La cuisine. Le 12 fĂ©vrier. 14 h 13. HĂ©lĂšne debout prĂšs de lâĂ©vier, tenant un sachet de mĂ©dicaments dans la main. Sur la table, le verre dâeau de Megan.
Le docteur Lagrange, appelée aussitÎt, examina la photo sans conclure trop vite.
â Ce clichĂ© ne prouve pas ce quâelle a fait. Mais il justifie une analyse.
Megan détourna le visage.
â Elle disait que jâĂ©tais nerveuse. Que je devais dormir davantage. AprĂšs ses tisanes, je me rĂ©veillais confuse.
Jake se leva si brusquement que la chaise racla le sol.
Aline ne bougea pas.
â Assieds-toi. Ta colĂšre arrive un peu tard pour impressionner qui que ce soit.
Il se rassit.
Le bĂ©bĂ© donna un coup. Megan posa une main sur son ventre et lâautre sur le drap. Une lumiĂšre dâhiver entrait par la fenĂȘtre, pĂąle comme du lait. Elle Ă©clairait les poils fins sur son avant-bras, les traces de perfusion, la bague encore Ă son doigt.
â Pourquoi tu ne mâas rien dit ? demanda Jake, et il dĂ©testa sa propre question dĂšs quâelle fut sortie.
Megan eut un rire sans joie.
â Je tâai envoyĂ© vingt-sept messages.
â Je nâai rien reçu.
Aline ouvrit la bouche, puis se retint. Elle prit le tĂ©lĂ©phone de Megan, entra le code quâelle connaissait, et fit dĂ©filer une conversation archivĂ©e.
Les messages étaient là .
âTa mĂšre est entrĂ©e sans prĂ©venir.â
âJake, je ne me sens pas bien aprĂšs ce quâelle mâa donnĂ©.â
âElle dit que personne ne me croira.â
âRĂ©ponds-moi, sâil te plaĂźt.â
Sous chacun dâeux, une rĂ©ponse brĂšve, sĂšche, portant le nom de Jake.
âArrĂȘte.â
âJe suis en rĂ©union.â
âNe recommence pas.â
Jake pĂąlit.
â Je nâai jamais Ă©crit ça.
Megan le regarda longtemps. Elle aurait pu jouir de sa stupeur. Elle aurait pu lui jeter sa douleur au visage. Au lieu de cela, elle murmura :
â Je voulais encore croire que câĂ©tait toi.
Ce fut pire.
Ă dix-sept heures, la sĂ©curitĂ© de lâhĂŽpital prĂ©vint que HĂ©lĂšne avait quittĂ© les lieux. Jake crut dâabord Ă une retraite. Puis son tĂ©lĂ©phone vibra.
Un message de sa mĂšre.
âPuisque tu as choisi, je rĂ©cupĂšre ce qui appartient Ă notre famille.â
La piĂšce se figea.
Aline regarda Megan.
â OĂč est le dossier original ?
Megan posa la main sur son ventre.
â Dans la chambre du bĂ©bĂ©.
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Jake comprit alors que la clĂ© sous le basilic nâouvrait pas seulement leur appartement.
Elle ouvrait la seule piĂšce oĂč Megan avait cachĂ© la vĂ©ritĂ©.