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đŸ§” Le Drap bleu / Chapter 3 / 20

Chapitre 03 - La clé sous le basilic

Chapter 03 - Chapitre 03 - La clé sous le basilic

Megan ne demanda pas quand Jake avait cessé de croire sa mÚre.

Elle demanda seulement un verre d’eau.

Ce dĂ©tail le brisa davantage. Pas une explication, pas un reproche, pas la scĂšne que n’importe qui aurait mĂ©ritĂ©e Ă  sa place. Juste un verre d’eau qu’elle prit Ă  deux mains, lentement, comme une vieille dame sur un banc de parc aprĂšs une longue montĂ©e.

Le matin passa en examens, papiers, signatures. Le bébé donnait des coups réguliers, obstinés, presque insolents. Megan sourit une fois, à peine, quand il remua sous la sonde.

— Il a ton caractĂšre, dit Jake sans rĂ©flĂ©chir.

Elle le regarda.

Le sourire disparut.

— Non. J’espùre qu’il aura le mien. Il survivra plus longtemps.

Il n’eut rien Ă  rĂ©pondre.

Vers midi, une femme aux cheveux noirs entra avec un manteau de laine vert et un sac de toile rempli de choses ordinaires : une brosse Ă  dents, deux chemises propres, des chaussettes, des clĂ©mentines, un vieux chargeur de tĂ©lĂ©phone. Aline Moreau, l’amie de Megan depuis leurs annĂ©es d’études Ă  Lyon, venait de prendre le premier vol du matin.

Elle embrassa Megan sur le front. Puis elle fixa Jake avec une politesse tranchante.

— Je ne vais pas crier, dit-elle. Tu n’en vaux pas l’énergie aujourd’hui.

Jake accepta la phrase comme on accepte une facture due.

Aline sortit une enveloppe kraft de son sac.

— J’ai apportĂ© ce que tu m’avais demandĂ© de garder.

Megan ferma les yeux.

— Pas devant lui.

— Si, rĂ©pondit Aline. Justement devant lui.

Dans l’enveloppe, il y avait des copies de messages, des captures d’écran, des photos prises sans flash. La serrure de l’appartement forcĂ©e sans ĂȘtre cassĂ©e. Le paillasson dĂ©placĂ©. Le petit pot de basilic sur le rebord extĂ©rieur, lĂ  oĂč Jake cachait autrefois une clĂ© “au cas oĂč”.

— Je l’avais oubliĂ©e, murmura-t-il.

— Ta mùre non, dit Megan.

Il revit HĂ©lĂšne entrant librement, toujours au bon moment, toujours avec un prĂ©texte. Arroser les plantes. DĂ©poser une soupe. Ranger un placard. VĂ©rifier si Megan “tenait la maison”.

Aline posa une derniĂšre photo sur le lit.

La cuisine. Le 12 fĂ©vrier. 14 h 13. HĂ©lĂšne debout prĂšs de l’évier, tenant un sachet de mĂ©dicaments dans la main. Sur la table, le verre d’eau de Megan.

Le docteur Lagrange, appelée aussitÎt, examina la photo sans conclure trop vite.

— Ce clichĂ© ne prouve pas ce qu’elle a fait. Mais il justifie une analyse.

Megan détourna le visage.

— Elle disait que j’étais nerveuse. Que je devais dormir davantage. AprĂšs ses tisanes, je me rĂ©veillais confuse.

Jake se leva si brusquement que la chaise racla le sol.

Aline ne bougea pas.

— Assieds-toi. Ta colùre arrive un peu tard pour impressionner qui que ce soit.

Il se rassit.

Le bĂ©bĂ© donna un coup. Megan posa une main sur son ventre et l’autre sur le drap. Une lumiĂšre d’hiver entrait par la fenĂȘtre, pĂąle comme du lait. Elle Ă©clairait les poils fins sur son avant-bras, les traces de perfusion, la bague encore Ă  son doigt.

— Pourquoi tu ne m’as rien dit ? demanda Jake, et il dĂ©testa sa propre question dĂšs qu’elle fut sortie.

Megan eut un rire sans joie.

— Je t’ai envoyĂ© vingt-sept messages.

— Je n’ai rien reçu.

Aline ouvrit la bouche, puis se retint. Elle prit le tĂ©lĂ©phone de Megan, entra le code qu’elle connaissait, et fit dĂ©filer une conversation archivĂ©e.

Les messages étaient là.

“Ta mĂšre est entrĂ©e sans prĂ©venir.”

“Jake, je ne me sens pas bien aprĂšs ce qu’elle m’a donnĂ©.”

“Elle dit que personne ne me croira.”

“RĂ©ponds-moi, s’il te plaĂźt.”

Sous chacun d’eux, une rĂ©ponse brĂšve, sĂšche, portant le nom de Jake.

“ArrĂȘte.”

“Je suis en rĂ©union.”

“Ne recommence pas.”

Jake pĂąlit.

— Je n’ai jamais Ă©crit ça.

Megan le regarda longtemps. Elle aurait pu jouir de sa stupeur. Elle aurait pu lui jeter sa douleur au visage. Au lieu de cela, elle murmura :

— Je voulais encore croire que c’était toi.

Ce fut pire.

À dix-sept heures, la sĂ©curitĂ© de l’hĂŽpital prĂ©vint que HĂ©lĂšne avait quittĂ© les lieux. Jake crut d’abord Ă  une retraite. Puis son tĂ©lĂ©phone vibra.

Un message de sa mĂšre.

“Puisque tu as choisi, je rĂ©cupĂšre ce qui appartient Ă  notre famille.”

La piĂšce se figea.

Aline regarda Megan.

— OĂč est le dossier original ?

Megan posa la main sur son ventre.

— Dans la chambre du bĂ©bĂ©.

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Jake comprit alors que la clĂ© sous le basilic n’ouvrait pas seulement leur appartement.

Elle ouvrait la seule piĂšce oĂč Megan avait cachĂ© la vĂ©ritĂ©.

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