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đŸ§” Le Drap bleu / Chapter 12 / 20

Chapitre 12 - Les enfants du jardin

Chapter 12 - Chapitre 12 - Les enfants du jardin

Le jardin de la photographie semblait ordinaire.

Une pelouse un peu haute. Une table ronde en fer forgĂ©. Des pivoines roses contre un mur ancien. Une fillette assise sur une couverture, les cheveux de travers, le regard sĂ©rieux. Une mĂšre jeune qui rit en se penchant vers elle. Et, au fond, trois adultes figĂ©s par le hasard d’un appareil photo.

Mais les vies ne basculent pas toujours dans des décors dramatiques.

Parfois, elles basculent dans un jardin de juin.

Camille fit agrandir l’image. L’homme prĂšs du cerisier Ă©tait bien Antoine Vasseur. La femme Ă  cĂŽtĂ© de lui restait inconnue. Le bĂ©bĂ© qu’elle portait avait peut-ĂȘtre six mois. Rien ne permettait de l’identifier.

Louise, revenue Ă  l’hĂŽpital avec un thermos de cafĂ© et des croissants achetĂ©s dans une boulangerie française de Chicago, observa longtemps la photo.

— Ce bĂ©bĂ© pourrait ĂȘtre moi ?

— Non, dit le docteur Lagrange. Si les dates sont exactes, vous auriez dĂ©jĂ  plusieurs annĂ©es.

— Alors qui ?

Personne ne répondit.

Aline posa les croissants sur la table. Leur odeur de beurre chaud remplit la chambre, incongrue et réconfortante. Megan en prit un morceau. Elle mangeait mieux depuis deux jours, comme si chaque bouchée était une petite insurrection.

— Ma mùre me parlait d’un enfant du jardin, dit-elle soudain.

Tous les regards se tournĂšrent vers elle.

— Je croyais que c’était une histoire inventĂ©e. Quand j’avais peur, elle disait : “MĂȘme l’enfant du jardin a fini par trouver une fenĂȘtre.”

Jake s’assit.

— Tu ne l’as jamais mentionnĂ©.

— Il y a beaucoup de choses qu’on ne mentionne pas quand on pense que ce sont des contes.

Camille envoya la photo à Madame Desforges. La réponse arriva vingt minutes plus tard.

“Je connais cette femme. Elle s’appelait Élodie Caron. Elle travaillait comme secrĂ©taire pour Antoine Vasseur.”

Puis un deuxiĂšme message.

“Elle a disparu en 1997 avec son fils.”

Le mot disparu fit l’effet d’une porte claquĂ©e.

— Son fils, rĂ©pĂ©ta Louise.

Jake passa une main sur son visage.

— Mon pùre avait donc un autre fils ?

Megan ne dit rien. Elle regardait le bĂ©bĂ© dans les bras d’Élodie. Une part d’elle, absurde, s’inquiĂ©tait pour cet enfant d’il y a trente ans comme s’il Ă©tait encore lĂ , minuscule, exposĂ© au soleil du jardin.

Camille commença Ă  parler de recherches, d’archives, de bases d’état civil. Des mots utiles, rassurants. Mais Megan entendait derriĂšre eux la voix d’HĂ©lĂšne : “avant la naissance, il faudra que Megan disparaisse.”

Ce n’était pas seulement contre elle.

C’était contre toutes les femmes qui avaient portĂ© un enfant autour des Vasseur sans demander l’autorisation.

À l’audience d’urgence, le lendemain, HĂ©lĂšne apparut par visioconfĂ©rence. Elle portait un chemisier blanc, des perles, un visage pĂąle de mĂšre offensĂ©e. Son avocat parla d’hystĂ©rie, de malentendu, de tensions familiales aggravĂ©es par la grossesse.

Megan ne baissa pas les yeux.

Quand le juge lui demanda si elle souhaitait ajouter quelque chose, elle prit une inspiration.

— Je souhaite que mon enfant naisse dans une chambre oĂč personne ne confondra l’amour avec la possession.

Le juge la regarda un long moment.

L’interdiction de contact fut accordĂ©e.

HélÚne ne réagit pas. Pas devant la caméra.

Mais juste avant la fin de l’audience, elle pencha lĂ©gĂšrement la tĂȘte et dit :

— Vous cherchez tous des enfants qui n’ont jamais voulu ĂȘtre trouvĂ©s.

Camille se redressa.

— Que voulez-vous dire ?

HélÚne sourit.

— Demandez donc Ă  Megan pourquoi sa mĂšre a brĂ»lĂ© les lettres d’Antoine.

La connexion se coupa.

Megan resta immobile.

Aline murmura :

— Elle ment encore.

Mais Megan, elle, venait de se souvenir d’une nuit d’hiver à Lyon.

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Sa mĂšre devant l’évier, des cendres noires dans une assiette blanche.

Et une enveloppe qu’elle n’avait pas rĂ©ussi Ă  brĂ»ler entiĂšrement.

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