Chapitre 11 - Le médecin des dates fausses

Chapter 11 - Chapitre 11 - Le médecin des dates fausses
Le docteur Lagrange quitta la chambre sans un mot.
Rosa voulut la suivre, puis sâarrĂȘta. Il y a des effondrements devant lesquels mĂȘme la bontĂ© doit garder une distance. Dans le couloir, on entendit des pas rapides, une porte de service, puis le silence.
Megan resta assise, les deux mains sur son ventre.
â Je ne voulais pas la blesser.
Camille referma doucement lâordinateur.
â La vĂ©ritĂ© ne choisit pas toujours les gens quâelle atteint.
Jake regardait la porte. Il avait vu le visage de la mĂ©decin au moment oĂč le nom Ă©tait tombĂ©. Pas une surprise professionnelle. Une honte intime. Celle de quelquâun qui comprend que son propre sang a servi Ă enfermer dâautres vies.
Une heure plus tard, le docteur Lagrange revint.
Elle avait pleuré, mais proprement, comme pleurent les femmes habituées à reprendre leur service aprÚs avoir enterré quelque chose en elles.
â Mon pĂšre est mort il y a huit ans, dit-elle. Il Ă©tait obstĂ©tricien Ă Lyon avant notre dĂ©part. Ma mĂšre lâa quittĂ© en silence. Je croyais que câĂ©tait une histoire de couple.
Elle posa un carnet noir sur la tablette.
â AprĂšs sa mort, jâai gardĂ© quelques affaires sans les lire. Je vais demander Ă ma sĆur de fouiller ses cartons. Si mon pĂšre a falsifiĂ© des dates, il a peut-ĂȘtre gardĂ© la trace de ceux qui lâont payĂ©.
Megan prit sa main.
â Vous nâĂȘtes pas responsable de ce quâil a fait.
La médecin serra les doigts de Megan avec une émotion contenue.
â Vous non plus, vous nâĂȘtes pas responsable de ce quâon vous a fait croire.
Cette phrase-lĂ entra en Megan plus profondĂ©ment quâelle ne lâaurait imaginĂ©.
Le lendemain, les analyses toxicologiques revinrent. Rien de spectaculaire. Des traces compatibles avec des sédatifs légers, insuffisantes pour accuser seule HélÚne mais assez pour confirmer les soupçons. Camille ajouta la piÚce au dossier.
â Elle construisait une image, expliqua lâavocate. Une femme enceinte confuse, fragile, incohĂ©rente. Ensuite, elle dĂ©posait la demande de tutelle. Câest mĂ©thodique.
Jake murmura :
â Et moi, jâĂ©tais sa caution.
â Oui, dit Megan.
Pas méchamment.
Juste oui.
Il apprit Ă supporter ce oui.
Dans lâaprĂšs-midi, une audience dâurgence fut fixĂ©e pour interdire Ă HĂ©lĂšne tout contact avec Megan et le futur enfant. La nouvelle arriva comme une Ă©claircie administrative. Pas une victoire, mais une porte verrouillĂ©e.
HélÚne, elle, réagit à sa façon.
Elle envoya une corbeille de fleurs Ă lâhĂŽpital.
Des lys blancs, des roses crĂšme, une carte sans signature.
âUne mĂšre pardonne toujours.â
Megan regarda la carte, puis Aline.
â Jetez-les.
â Avec plaisir.
Aline prit la corbeille comme si elle portait un animal venimeux. Mais en la soulevant, une enveloppe tomba entre les tiges.
Camille lâouvrit avec des gants.
Ă lâintĂ©rieur, une seule photographie.
Megan enfant, Ă peut-ĂȘtre quatre ans, assise dans un jardin en France avec sa mĂšre Marianne. DerriĂšre la haie, floue mais reconnaissable, HĂ©lĂšne se tenait debout.
Megan sentit le froid lui remonter le dos.
â Elle me surveillait dĂ©jĂ .
Jake sâapprocha.
Au dos de la photo, une phrase Ă©crite de la main dâHĂ©lĂšne.
âElle aurait dĂ» rester sans nom.â
Le bébé donna un coup si fort que Megan inspira brusquement.
Rosa entra aussitĂŽt, inquiĂšte.
â Ăa va ?
Megan mit quelques secondes à répondre.
â Oui.
Mais ses yeux ne quittaient pas la photographie.
Parce quâun dĂ©tail venait dâapparaĂźtre dans le coin de lâimage.
Un homme, à moitié caché par un cerisier.
Ce nâĂ©tait pas Antoine Vasseur.
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CâĂ©tait le pĂšre de Jake qui tenait un appareil photo.
Et à cÎté de lui, une autre femme portait dans ses bras un bébé aux yeux trÚs clairs.