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đŸ§” Le Drap bleu / Chapter 11 / 20

Chapitre 11 - Le médecin des dates fausses

Chapter 11 - Chapitre 11 - Le médecin des dates fausses

Le docteur Lagrange quitta la chambre sans un mot.

Rosa voulut la suivre, puis s’arrĂȘta. Il y a des effondrements devant lesquels mĂȘme la bontĂ© doit garder une distance. Dans le couloir, on entendit des pas rapides, une porte de service, puis le silence.

Megan resta assise, les deux mains sur son ventre.

— Je ne voulais pas la blesser.

Camille referma doucement l’ordinateur.

— La vĂ©ritĂ© ne choisit pas toujours les gens qu’elle atteint.

Jake regardait la porte. Il avait vu le visage de la mĂ©decin au moment oĂč le nom Ă©tait tombĂ©. Pas une surprise professionnelle. Une honte intime. Celle de quelqu’un qui comprend que son propre sang a servi Ă  enfermer d’autres vies.

Une heure plus tard, le docteur Lagrange revint.

Elle avait pleuré, mais proprement, comme pleurent les femmes habituées à reprendre leur service aprÚs avoir enterré quelque chose en elles.

— Mon pĂšre est mort il y a huit ans, dit-elle. Il Ă©tait obstĂ©tricien Ă  Lyon avant notre dĂ©part. Ma mĂšre l’a quittĂ© en silence. Je croyais que c’était une histoire de couple.

Elle posa un carnet noir sur la tablette.

— AprĂšs sa mort, j’ai gardĂ© quelques affaires sans les lire. Je vais demander Ă  ma sƓur de fouiller ses cartons. Si mon pĂšre a falsifiĂ© des dates, il a peut-ĂȘtre gardĂ© la trace de ceux qui l’ont payĂ©.

Megan prit sa main.

— Vous n’ĂȘtes pas responsable de ce qu’il a fait.

La médecin serra les doigts de Megan avec une émotion contenue.

— Vous non plus, vous n’ĂȘtes pas responsable de ce qu’on vous a fait croire.

Cette phrase-lĂ  entra en Megan plus profondĂ©ment qu’elle ne l’aurait imaginĂ©.

Le lendemain, les analyses toxicologiques revinrent. Rien de spectaculaire. Des traces compatibles avec des sédatifs légers, insuffisantes pour accuser seule HélÚne mais assez pour confirmer les soupçons. Camille ajouta la piÚce au dossier.

— Elle construisait une image, expliqua l’avocate. Une femme enceinte confuse, fragile, incohĂ©rente. Ensuite, elle dĂ©posait la demande de tutelle. C’est mĂ©thodique.

Jake murmura :

— Et moi, j’étais sa caution.

— Oui, dit Megan.

Pas méchamment.

Juste oui.

Il apprit Ă  supporter ce oui.

Dans l’aprĂšs-midi, une audience d’urgence fut fixĂ©e pour interdire Ă  HĂ©lĂšne tout contact avec Megan et le futur enfant. La nouvelle arriva comme une Ă©claircie administrative. Pas une victoire, mais une porte verrouillĂ©e.

HélÚne, elle, réagit à sa façon.

Elle envoya une corbeille de fleurs à l’hîpital.

Des lys blancs, des roses crĂšme, une carte sans signature.

“Une mùre pardonne toujours.”

Megan regarda la carte, puis Aline.

— Jetez-les.

— Avec plaisir.

Aline prit la corbeille comme si elle portait un animal venimeux. Mais en la soulevant, une enveloppe tomba entre les tiges.

Camille l’ouvrit avec des gants.

À l’intĂ©rieur, une seule photographie.

Megan enfant, Ă  peut-ĂȘtre quatre ans, assise dans un jardin en France avec sa mĂšre Marianne. DerriĂšre la haie, floue mais reconnaissable, HĂ©lĂšne se tenait debout.

Megan sentit le froid lui remonter le dos.

— Elle me surveillait dĂ©jĂ .

Jake s’approcha.

Au dos de la photo, une phrase Ă©crite de la main d’HĂ©lĂšne.

“Elle aurait dĂ» rester sans nom.”

Le bébé donna un coup si fort que Megan inspira brusquement.

Rosa entra aussitĂŽt, inquiĂšte.

— Ça va ?

Megan mit quelques secondes à répondre.

— Oui.

Mais ses yeux ne quittaient pas la photographie.

Parce qu’un dĂ©tail venait d’apparaĂźtre dans le coin de l’image.

Un homme, à moitié caché par un cerisier.

Ce n’était pas Antoine Vasseur.

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C’était le pĂšre de Jake qui tenait un appareil photo.

Et à cÎté de lui, une autre femme portait dans ses bras un bébé aux yeux trÚs clairs.

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