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Chapitre 09 - La lettre volée

Chapitre 09 - La lettre volée

Tout se passa sans cri.

C’est ce que Maren se rappellerait plus tard. Pas de hurlement, pas de course dans les couloirs, pas de geste spectaculaire. Seulement Beckett debout dans l’entrĂ©e du salon, le manteau humide, la lettre de Wren pliĂ©e entre ses doigts, et cette façon tranquille qu’il avait de salir l’air autour de lui.

— Donne-la-moi, dit Maren.

Beckett regarda l’enveloppe.

— C’est fascinant comme un mort peut encore distribuer les rîles.

Talia fit un pas vers lui.

— Beckett, arrĂȘte.

Il lui lança un regard presque amusé.

— Tu vois, c’est ça ton problĂšme. Tu veux que les choses s’arrĂȘtent quand elles commencent Ă  te coĂ»ter cher.

— Elle est pour Wren, dit Maren.

— Justement.

Grant se redressa.

— Tu as assez fait de mal.

Beckett Ă©clata d’un rire bas.

— Vous ĂȘtes vraiment tous magnifiques. Grant, le pĂšre lĂąche qui a signĂ© sans lire. Celeste, la reine sans royaume. Talia, la princesse qui pleure quand le conte tourne mal. Et Maren, bien sĂ»r
 la veuve exemplaire, avec ses pulls beiges et sa dignitĂ© de vitrine.

Maren ne bougea pas.

Il voulait une rĂ©action. Les hommes comme Beckett se nourrissent du dĂ©sordre qu’ils provoquent. Elle ne lui donnerait pas ce repas-lĂ .

— Pourquoi es-tu revenu ? demanda-t-elle.

Son calme l’irrita.

— Parce que cette lettre est la seule chose qui vous intĂ©resse vraiment. Pas la maison. Pas l’argent. Pas mĂȘme Elias. Vous voulez toutes sauver l’enfant, n’est-ce pas ?

Celeste dit :

— Beckett, pose ça.

Il la regarda.

— Maintenant tu as peur ? Quand tu m’as demandĂ© de “faire pression” sur Elias, tu Ă©tais moins dĂ©licate.

Le silence qui suivit fut épais.

Maren tourna la tĂȘte vers Celeste.

— Tu lui as demandĂ© quoi ?

Celeste devint rigide.

— Je voulais qu’Elias cesse de menacer son pùre.

— Son pĂšre ? rĂ©pĂ©ta Grant d’une voix blanche. Ou toi ?

Beckett sourit.

— Elle ne voulait surtout pas que son petit secret sorte.

Talia regarda sa mĂšre.

— Quel secret ?

Celeste ne répondit pas.

Me Delcourt, jusque-lĂ  silencieux, posa sa canne devant lui.

— Je crois que ce secret est dans le carnet noir.

Celeste ferma les yeux.

Maren sentit, Ă  cette micro-rĂ©action, que le vieux notaire venait de toucher l’endroit exact.

Samuel s’approcha trùs lentement de Beckett.

— La lettre.

Beckett recula.

— Encore un pas et je la dĂ©chire.

Maren parla avant que Samuel ne réponde.

— Tu ne la dĂ©chireras pas.

— Tu en es sĂ»re ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Elle regarda ses mains. Les mains d’un homme qui jouait encore, mais dont les jointures Ă©taient blanches.

— Parce que tu n’es pas venu pour la dĂ©truire. Tu es venu pour l’échanger.

Pour la premiùre fois, son sourire s’effaça.

— Contre quoi ?

— La clĂ© USB.

Beckett inclina la tĂȘte.

— Peut-ĂȘtre que tu n’es pas seulement dĂ©corative, finalement.

Talia eut un mouvement de dégoût. Pas envers Maren. Envers lui.

Maren ouvrit son sac et sortit la clĂ© USB de Samuel, pas celle de la boĂźte rouge. Elle l’avait prise par prĂ©caution, sans savoir encore pourquoi. Elias lui avait appris une chose : les gens prĂ©voyants ne gagnent pas toujours, mais ils perdent moins vite.

— Celle-ci ?

Les yeux de Beckett brillĂšrent.

— Donne.

— La lettre d’abord.

— Tu me prends pour un imbĂ©cile ?

— Non. Pour un homme pressĂ©.

Un bruit de sirĂšne lointain traversa la nuit. Peut-ĂȘtre une ambulance. Peut-ĂȘtre autre chose. Beckett tourna imperceptiblement la tĂȘte.

Ce fut suffisant.

Talia se jeta sur lui.

Pas avec grĂące. Pas comme au cinĂ©ma. Avec toute la maladresse d’une femme qui dĂ©cide trop tard de sauver quelqu’un. Elle attrapa le poignet de Beckett. La lettre tomba. Samuel la saisit avant qu’elle touche le sol.

Beckett repoussa Talia violemment contre le buffet.

La porcelaine trembla. Un verre éclata.

Grant hurla le prénom de sa fille.

Beckett voulut s’enfuir par le couloir, mais le neveu de Me Delcourt, arrivĂ© derriĂšre lui, lui barra la route.

— Cette fois, monsieur Arnaud, on attendra les vrais policiers.

Maren rĂ©cupĂ©ra la lettre. Elle la glissa dans son manteau, contre son cƓur, comme on protĂšge une flamme.

Talia était au sol. Une coupure mince saignait sur sa tempe.

Maren s’agenouilla malgrĂ© elle.

— Talia.

Sa sƓur ouvrit les yeux.

— Je suis dĂ©solĂ©e.

C’était peu. C’était tard. Mais c’était la premiĂšre phrase vraie qu’elle lui adressait depuis des annĂ©es.

Dans l’entrĂ©e, on frappa violemment Ă  la porte.

Trois coups.

Puis une voix de femme annonça :

— Police nationale. Ouvrez.

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Celeste, au lieu d’avoir peur, se mit soudain à sourire.

Et Maren comprit que quelqu’un les avait devancĂ©s.

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