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Chapitre 08 - Le nom de Talia

Chapitre 08 - Le nom de Talia

Maren aurait voulu ne pas retourner chez les Vale cette nuit-lĂ .

Elle aurait voulu fermer la porte de Madame Armand, serrer Wren contre elle, attendre le matin et laisser la lumiÚre faire son travail. Mais certaines vérités pourrissent quand on les laisse seules quelques heures de plus.

Alors elle revint.

Avec Samuel. Avec Me Delcourt. Avec le dictaphone dans son sac. Avec Wren confiée à Madame Armand, cette fois pour de bon, aprÚs une promesse murmurée dans ses cheveux.

— Je reviens, ma chĂ©rie.

— Tu reviens vraiment ?

La question contenait toutes les absences d’Elias.

Maren posa les deux mains sur les joues de sa fille.

— Moi, je reviens.

À la maison des Vale, le salon ressemblait Ă  une fĂȘte aprĂšs incendie. La table Ă©tait encore dressĂ©e, mais les convives avaient presque tous disparu. La bĂ»che commençait Ă  s’affaisser. Les bougies coulaient sur l’argent ancien.

Talia Ă©tait seule prĂšs de la fenĂȘtre.

Celeste et Grant parlaient Ă  voix basse dans le couloir. Beckett n’était plus visible.

Maren sentit aussitĂŽt le danger.

— OĂč est Beckett ?

Talia se retourna. Son maquillage avait coulĂ© sous un Ɠil, trĂšs lĂ©gĂšrement. Pour une femme comme elle, cela Ă©quivalait Ă  un effondrement.

— Parti.

— OĂč ?

— Je ne sais pas.

Samuel entra derriĂšre Maren. Quand Talia le vit, elle recula.

— Toi.

Maren comprit que Talia le connaissait.

Samuel dit doucement :

— Bonsoir, Talia.

— Tu n’as pas le droit d’ĂȘtre ici.

— Je crois que personne, ce soir, n’est vraiment à sa place.

Maren posa son sac sur la table.

— On a Ă©coutĂ© l’enregistrement.

Talia pĂąlit.

Celeste surgit du couloir.

— Quel enregistrement ?

Maren ne la regarda pas.

— Elias dit ton nom, Talia.

Sa sƓur se mit à trembler.

Pas un tremblement théùtral. Un vrai. Celui d’un corps qui a tenu trop longtemps debout sur un mensonge.

— Je n’ai pas tuĂ© Elias.

La phrase éclata avant toute accusation.

Grant s’appuya au mur.

Celeste ferma les yeux comme si la vulgaritĂ© de la vĂ©ritĂ© l’épuisait.

Maren avança vers Talia.

— Alors dis-moi pourquoi il a prononcĂ© ton nom.

Talia secoua la tĂȘte.

— Parce que je l’ai appelĂ©. C’est tout.

— Le soir de l’accident ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Talia regarda sa mĂšre. Une seconde. Pas plus. Mais Maren la vit.

— Parce que Beckett Ă©tait furieux. Elias avait dĂ©couvert les faux dossiers. Il voulait aller voir la police aprĂšs NoĂ«l. Beckett disait que tout le monde tomberait, que papa serait humiliĂ©, que maman perdrait la maison, que moi


Sa voix se brisa.

— Que toi quoi ?

— Que moi, je finirais comme toi.

Maren reçut la phrase sans broncher, mais elle la sentit s’enfoncer.

Comme toi.

Veuve. Seule. JugĂ©e. DĂ©pendante des miettes Ă©motionnelles d’une famille qui l’avait toujours trouvĂ©e un peu trop simple, un peu trop douce, un peu trop extĂ©rieure.

Talia se couvrit le visage.

— Je l’ai appelĂ© pour qu’il vienne calmer Beckett. Je pensais qu’Elias saurait quoi faire. Il savait toujours quoi faire.

Maren pensa Ă  son mari dans un parking souterrain, tenant tĂȘte Ă  un homme dangereux parce que sa sƓur l’avait appelĂ©.

— Tu Ă©tais lĂ  ?

Talia hocha la tĂȘte.

— Au dĂ©but. Beckett m’a dit de partir. Elias m’a regardĂ©e et il m’a dit : “Appelle Maren si je ne rentre pas avant vingt-deux heures.”

Maren ferma les yeux.

— Tu ne m’as pas appelĂ©e.

— Beckett m’a pris mon tĂ©lĂ©phone.

— Et aprùs ?

Talia resta muette.

Samuel sortit le dictaphone.

— Aprùs, sur l’enregistrement, on entend une portiùre. Une deuxiùme voix de femme. Pas la tienne.

Celeste se raidit.

Maren se tourna lentement vers elle.

— Maman ?

Le mot lui Ă©chappa. Elle ne l’avait pas appelĂ©e ainsi depuis des mois.

Celeste leva le menton.

— Elias m’avait convoquĂ©e comme une criminelle. Mon propre fils.

Grant murmura :

— Celeste


— Tais-toi, Grant. Tu t’es tu toute ta vie, continue.

Elle n’avait plus de masque, maintenant. Ou plutĂŽt, son masque Ă©tait devenu son visage.

— Je suis venue au parking parce que Beckett m’a appelĂ©e. Elias voulait dĂ©truire la famille pour une question de papiers.

— Pour des fraudes, dit Samuel.

— Pour de l’argent, corrigea Celeste. L’argent part, revient, se dĂ©place. Une famille, ça reste.

Maren eut envie de vomir.

— Qu’est-ce que tu as fait ?

Celeste sourit faiblement.

— Moi ? Rien.

Puis, du couloir de service, une voix masculine répondit :

— C’est faux.

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Beckett était revenu.

Et dans sa main, il tenait la lettre de Wren.

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