Chapitre 06 - Lâenveloppe de Wren

Chapitre 06 - Lâenveloppe de Wren
Maren retira son poignet lentement.
Elle aurait pu arracher lâenveloppe. Elle aurait pu crier, accuser, faire tomber la boĂźte et piĂ©tiner les annĂ©es de mensonges rĂ©pandues Ă ses pieds.
Mais Wren dormait, ou essayait de dormir, deux rues plus bas chez Madame Armand. Et tout ce que Maren faisait dĂ©sormais, elle le faisait pour que sa fille nâait plus Ă baisser les yeux devant personne.
â Pourquoi son prĂ©nom est lĂ ? demanda-t-elle.
Celeste ne répondit pas.
Alors Talia parla.
â Parce que papa voulait lui laisser la maison.
La phrase sortit dâelle dans un souffle. Puis Talia sembla regretter dâavoir respirĂ©.
Grant se passa une main sur le visage.
â Pas moi. Elias.
Maren fixa son beau-pĂšre.
â Elias voulait laisser cette maison Ă Wren ?
Me Delcourt hocha lentement la tĂȘte.
â Pas toute la maison. Une part majoritaire, via une sociĂ©tĂ© civile familiale. Le montage devait protĂ©ger lâenfant et empĂȘcher la vente sans lâaccord de sa mĂšre.
Beckett lĂącha un juron bas.
â CâĂ©tait une folie.
â Non, dit Me Delcourt. CâĂ©tait prudent.
Maren comprit alors pourquoi Celeste lâavait toujours traitĂ©e comme une invitĂ©e tolĂ©rĂ©e. Pourquoi Talia la regardait comme une voleuse. Pourquoi Beckett souriait chaque fois quâon parlait dâhĂ©ritage.
Ils nâavaient pas peur que Maren rĂ©clame quelque chose.
Ils avaient peur quâelle dĂ©couvre que Wren possĂ©dait dĂ©jĂ ce quâils convoitaient.
Elle prit lâenveloppe.
Cette fois, Celeste ne lâen empĂȘcha pas. Peut-ĂȘtre parce quâil Ă©tait trop tard. Peut-ĂȘtre parce quâune femme comme Celeste prĂ©fĂ©rait encore voir le drame se produire proprement.
Ă lâintĂ©rieur, il y avait une lettre dâElias pour sa fille.
Pour Wren, quand elle aura douze ans, ou plus tĂŽt si les adultes deviennent lĂąches.
Maren dut sâappuyer Ă la table.
Elle nâouvrit pas la lettre. Pas sans Wren. Certaines vĂ©ritĂ©s appartiennent dâabord aux enfants, mĂȘme quand les mĂšres brĂ»lent de les connaĂźtre pour les protĂ©ger.
â Je la lirai avec elle, dit-elle.
Talia eut un petit sanglot, vite avalé.
â Tu crois toujours que tu es plus digne que nous.
Maren tourna vers sa sĆur un regard Ă©puisĂ©.
â Non. Je crois que je suis fatiguĂ©e de vous laisser dĂ©cider ce que mĂ©rite ma fille.
Talia baissa les yeux.
Pendant une seconde, Maren revit lâadolescente quâelle avait connue avant la beautĂ© dure, les robes chĂšres, les phrases qui coupent. Talia Ă seize ans, assise sur le bord du lit de Maren, pleurant parce que Celeste avait dit quâelle avait des hanches âtrop communesâ. Talia Ă vingt ans, tombĂ©e amoureuse trop vite de Beckett parce quâil la regardait comme une victoire.
Puis lâinstant disparut.
Beckett attrapa la clé USB dans la boßte.
Le geste fut rapide, mais pas assez.
Le neveu de Me Delcourt lui saisit le poignet.
â On Ă©vite de toucher aux piĂšces, monsieur.
â Vous nâĂȘtes pas policier.
â RetraitĂ©, rĂ©pondit lâhomme. Pas aveugle.
Beckett sourit, mais ses yeux cherchaient déjà une sortie.
Celeste murmura :
â Vous dĂ©truisez cette famille.
Maren eut presque envie de rire.
â Non. Je cesse de la sauver en silence.
Ils remontĂšrent au salon avec la boĂźte rouge. Les invitĂ©s nâĂ©taient pas tous partis. Certains attendaient, manteaux sur les Ă©paules, incapables de renoncer au spectacle. Celeste retrouva aussitĂŽt sa posture, comme si le dĂ©cor pouvait lui rendre son pouvoir.
â Vous allez tous rentrer chez vous, dit-elle.
Personne ne bougea.
Me Delcourt posa la boßte sur la table de Noël, entre la bûche intacte et les verres de champagne tiÚdes.
â Au contraire. Il serait prĂ©fĂ©rable que plusieurs personnes constatent lâĂ©tat des documents.
Une cousine de Grant, Suzanne, femme sĂšche qui nâavait pas adressĂ© plus de trois phrases Ă Maren depuis lâenterrement, sâavança.
â Jâai vu Celeste descendre avec cette boĂźte aprĂšs le dĂ©part de Maren.
Celeste la fusilla du regard.
â Suzanne.
â Non, dit la cousine. Jâai assez fermĂ© les yeux. Elias Ă©tait un bon garçon.
Ce âbon garçonâ faillit briser Maren plus sĂ»rement que les insultes.
Son téléphone vibra.
Madame Armand.
Elle répondit aussitÎt.
â Wren va bien ?
La voix de la voisine tremblait.
â Maren, venez tout de suite.
â Quâest-ce qui se passe ?
â Ce nâest pas Wren. Câest un homme. Il dit quâil Ă©tait lâami dâElias. Il a frappĂ© Ă ma porte avec une enveloppe et⊠il connaĂźt le nom de la boĂźte rouge.
Maren sentit la piĂšce basculer.
â Ne lui ouvrez pas.
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Mais au bout du fil, la voix dâun homme rĂ©pondit doucement :
â Trop tard, Maren. Il faut que vous sachiez ce qui est vraiment arrivĂ© Ă votre mari.