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Chapitre 15 - L’école fermĂ©e

Chapitre 15 - L’école fermĂ©e

Maren ne dormit pas.

Elle passa la nuit dans le fauteuil du salon, un plaid sur les genoux, le téléphone posé contre sa paume. Wren dormait dans son lit, une veilleuse en forme de lune allumée sur la commode. Madame Armand avait insisté pour rester sur le canapé, malgré son dos et son ùge.

— Les monstres de bonne famille dĂ©testent les vieilles dames qui n’ont plus rien Ă  perdre, avait-elle dit en retirant ses chaussons.

À sept heures, Maren appela l’école.

Elle expliqua qu’aucune personne, absolument aucune, ne devait approcher Wren sans son accord direct. La directrice, Madame Lachaud, une femme pratique aux lunettes rouges, ne demanda pas de dĂ©tails inutiles.

— Je verrouille le protocole. Votre fille restera prùs de moi à la sortie.

— Je viens la chercher à midi.

— Venez avant, si vous prĂ©fĂ©rez.

Wren refusa d’abord de manquer l’école.

— Si je reste à la maison, c’est comme s’ils gagnaient.

Maren la regarda, partagée entre la fierté et la terreur.

— Tu as huit ans. Tu n’as pas à prouver ton courage.

— Papa disait que le courage, c’est parfois faire ses dictĂ©es mĂȘme quand on a peur.

Elias, encore.

Elias dans les phrases de leur fille, dans ses maniĂšres de redresser le menton, dans cette douceur tĂȘtue qui ressemblait Ă  une lumiĂšre qu’on ne parvenait pas Ă  Ă©teindre.

Maren l’accompagna jusqu’à la grille. Elle resta un moment à regarder Wren disparaütre dans la cour, son cartable sur le dos, sa natte un peu de travers.

À 10 h 12, l’école appela.

Maren répondit avant la fin de la premiÚre sonnerie.

— Madame Vale ? Ici Madame Lachaud. Ne paniquez pas, Wren est avec moi. Mais il y a un homme devant l’école.

Maren était déjà debout.

— Beckett ?

— Non. Il dit s’appeler Victor Lenoir.

Le monde s’arrĂȘta.

Victor Lenoir Ă©tait censĂ© ĂȘtre mort depuis des annĂ©es. C’est ce que Talia avait dit. C’est ce que les papiers laissaient entendre. Un suicide jamais clair, avait murmurĂ© Jeanne.

Jamais clair.

— Ne le laissez pas entrer.

— C’est dĂ©jĂ  fait.

Maren courut.

Elle ne se souvenait pas des escaliers, du trottoir, du taxi arrĂȘtĂ© presque de force. Elle arriva devant l’école en mĂȘme temps qu’une voiture de police banalisĂ©e, prĂ©venue par Madame Lachaud aprĂšs coup.

Dans le bureau de la directrice, Wren Ă©tait assise sur une chaise, les mains crispĂ©es sur les bretelles de son cartable. PrĂšs de la fenĂȘtre se tenait un vieil homme grand, trĂšs mince, Ă©lĂ©gant d’une maniĂšre dĂ©modĂ©e, avec des cheveux blancs peignĂ©s en arriĂšre et une canne d’ébĂšne.

Il n’avait pas l’air d’un criminel.

C’était peut-ĂȘtre cela, le pire. Les hommes dangereux apprennent souvent Ă  ressembler Ă  des grands-pĂšres.

— Madame Vale, dit-il.

Sa voix était douce. Trop douce.

Maren se plaça devant Wren.

— Sortez.

Il sourit.

— Vous avez le regard d’Elias. C’est intĂ©ressant.

— Vous ne prononcez pas son nom.

Madame Lachaud, raide derriÚre son bureau, tenait son téléphone comme une arme.

Victor Lenoir posa une enveloppe sur la table.

— Je ne viens pas prendre l’enfant. Je viens empĂȘcher Celeste de vous entraĂźner toutes dans sa chute.

Maren eut presque envie de rire.

— C’est vous qui avez mis tout cela en marche.

— Il y a longtemps, oui. Mais les vieux pĂ©chĂ©s changent de propriĂ©taire quand d’autres les exploitent.

— Beckett est votre fils.

— Parmi mes erreurs, oui.

Wren murmura derriĂšre Maren :

— Maman, je veux partir.

Victor entendit. Son visage changea Ă  peine.

— Votre fille a raison. Les enfants reconnaissent plus vite les piĂšces oĂč l’air est mauvais.

Il fit glisser l’enveloppe vers Maren.

— Ceci contient l’adresse oĂč Beckett ira avant de quitter la France. Il croit que j’ai gardĂ© pour lui un passeport et de l’argent liquide. Je n’ai gardĂ© qu’un rendez-vous avec la police, si vous avez encore assez confiance en l’État pour le prĂ©venir.

— Pourquoi nous aider ?

Victor regarda Wren.

— Parce qu’un homme peut rater sa vie entiùre et encore refuser qu’on utilise une enfant comme monnaie.

Maren ne le crut pas. Pas vraiment. Mais elle prit l’enveloppe avec un mouchoir, sans toucher directement le papier.

La commandante Roussel entra deux minutes plus tard.

Quand elle vit Victor Lenoir, son visage resta impassible, mais ses yeux se durcirent.

— Monsieur Lenoir. Vous ĂȘtes trĂšs mort pour quelqu’un qui visite les Ă©coles.

Il inclina la tĂȘte.

— Commandante.

— Vous venez avec nous.

— Volontiers.

Au moment de sortir, il s’arrĂȘta prĂšs de Maren.

— Celeste n’a jamais aimĂ© que deux choses : son image et la maison. Si vous voulez vraiment protĂ©ger Wren, ne vous battez pas pour garder les murs. DĂ©cidez ce qu’ils doivent devenir.

Puis il partit avec la police.

Wren se jeta dans les bras de Maren.

— Je ne veux plus de leur maison.

Maren la serra fort.

— Alors on ne la gardera pas comme eux l’ont gardĂ©e.

Le soir mĂȘme, Roussel appela.

GrĂące Ă  l’adresse de Victor, Beckett avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© dans un garage Ă  Villeurbanne avec deux sacs, de faux papiers et un ordinateur.

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Mais l’ordinateur contenait une vidĂ©o programmĂ©e pour ĂȘtre envoyĂ©e Ă  la presse le lendemain matin.

Une vidĂ©o oĂč Celeste accusait Maren d’avoir manipulĂ© Elias avant sa mort.

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