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Chapitre 03 - La veille de l’accident

Chapitre 03 - La veille de l’accident

Maren ne se souvenait pas d’avoir quittĂ© la maison des Vale.

Plus tard, elle saurait raconter certains dĂ©tails : Wren montant dans la voiture sans poser de question, la pluie qui faisait des fils d’argent devant les phares, les doigts glacĂ©s de sa fille sous les siens, le sac cadeau oubliĂ© sur le siĂšge arriĂšre, intact, ridicule.

Mais le trajet jusqu’à leur appartement de Lyon resta flou. Peut-ĂȘtre parce qu’une partie d’elle Ă©tait encore dans cette cuisine, face Ă  la photo d’Elias prise la veille de sa mort.

Wren s’endormit sur le canapĂ©, emmitouflĂ©e dans une couverture bleue. Elle avait refusĂ© son lit.

— Je veux rester oĂč je te vois, maman.

Maren l’avait embrassĂ©e sur le front.

— Alors je reste ici.

Elle s’assit Ă  la table basse. Dehors, les voisins du troisiĂšme avaient laissĂ© leurs guirlandes clignoter au balcon. Rouge, jaune, bleu. Une fĂȘte obstinĂ©e.

Sur la table, les trois enveloppes formaient une ligne parfaite.

La premiĂšre contenait les reçus des virements : quarante-trois mille dollars, convertis depuis le compte d’assurance d’Elias, passĂ©s par une banque amĂ©ricaine, puis redirigĂ©s vers une sociĂ©tĂ© nommĂ©e B.A. Conseil.

B.A.

Beckett Arnaud.

La deuxiùme enveloppe contenait la photographie et un courrier d’Elias.

La troisiùme, Maren ne l’avait pas encore ouverte.

Elle attendit que la respiration de Wren devienne profonde. Puis elle déplia la lettre.

L’écriture d’Elias avait cette inclinaison lĂ©gĂšre vers la droite, comme s’il se dĂ©pĂȘchait toujours d’aller rejoindre quelqu’un. Maren passa le pouce sur son prĂ©nom.

Ma Maren,

Si tu lis ceci, c’est que je n’ai pas rĂ©ussi Ă  te l’expliquer moi-mĂȘme. Pardonne-moi. J’ai voulu te protĂ©ger de ma famille. J’ai cru pouvoir rĂ©gler cela proprement, sans t’entraĂźner dedans. C’était arrogant. C’était aussi trĂšs masculin, et tu m’aurais grondĂ©.

Un rire Ă©tranglĂ© monta dans la gorge de Maren. Elias avait raison. Elle l’aurait grondĂ©.

Elle poursuivit.

Mes parents sont en danger, mais pas comme ils le disent. La maison n’est pas menacĂ©e par la banque. Elle est menacĂ©e par les mensonges de ma mĂšre et par les investissements de Beckett. Talia sait plus de choses qu’elle ne le prĂ©tend. Grant sait tout, mais il a trop honte pour parler.

Maren s’arrĂȘta.

Dans la piĂšce, le radiateur fit un petit bruit sec.

Je crois que Beckett utilise l’entreprise familiale pour couvrir des pertes. Je crois aussi qu’il s’intĂ©resse Ă  ton compte d’assurance. Si un jour on te demande de l’argent pour “sauver la maison”, ne signe rien sans Jeanne Morvan ou Me Delcourt.

Me Delcourt.

Le nom ne disait rien Ă  Maren. Un notaire ? Un avocat ?

Elle lut les derniĂšres lignes.

Il y a autre chose. La veille de mon dĂ©placement Ă  Vienne, j’ai rendez-vous avec Grant Ă  la maison pour lui faire signer une reconnaissance de dette et une dĂ©claration. Je prendrai une photo, au cas oĂč il recule. Si je rentre tard, ne t’inquiĂšte pas. Je t’aime. Je vous aime, toi et Wren, plus que tout ce que cette famille possĂšde.

La lettre n’était pas signĂ©e.

Elle s’arrĂȘtait lĂ , comme si Elias avait Ă©tĂ© interrompu.

Maren serra les yeux.

Le deuil est une maison dans laquelle on croit connaßtre chaque piÚce. Puis un jour, on ouvre une porte derriÚre une bibliothÚque et on découvre un couloir entier.

Elle prit la photographie.

Elias souriait Ă  moitiĂ©. Pas son sourire de bonheur. Son sourire de quand il voulait rassurer quelqu’un. Grant avait un stylo Ă  la main. Sur la table basse derriĂšre eux, on distinguait un dossier bleu.

Et Beckett, dans le reflet, regardait Elias avec une expression que Maren n’avait jamais vue.

Pas de la surprise.

De la haine.

Son téléphone vibra.

Un message inconnu :

Vous avez quitté trop tÎt la maison. Ils brûleront ce qui reste avant demain.

Maren se figea.

Une deuxiĂšme notification arriva. Une photo.

La cuisine des Vale. Le placard ouvert. Celeste, en robe rouge, tenant une boßte métallique. Talia derriÚre elle, pùle comme une morte.

Puis un troisiĂšme message :

Ne faites confiance Ă  personne dans cette famille. Pas mĂȘme Ă  celui qui se tait.

Maren regarda Wren dormir.

Elle savait qu’elle aurait dĂ» appeler la police, Jeanne Morvan, n’importe qui. Mais une impulsion plus ancienne que la prudence la fit se lever.

Elle enfila ses bottes, prit son manteau sans faire de bruit, puis laissa un mot sur la table :

Je reviens vite. Ferme la porte Ă  clĂ©. Je t’aime.

Au moment oĂč elle attrapa ses clĂ©s, Wren parla dans le noir.

— Maman ?

Maren se retourna.

Sa fille était assise sur le canapé, les yeux ouverts.

— Papa avait dit que si un jour les adultes mentaient tous, je devais chercher la boüte rouge.

Maren sentit son sang se retirer de son visage.

— Quelle boüte rouge ?

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Wren montra son petit sac cadeau.

— Celle que mamie Celeste garde sous le sapin. Mais elle n’est jamais pour NoĂ«l.

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