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Chapitre 13 - Le coffre privé

Chapitre 13 - Le coffre privé

Jeanne Morvan conduisait comme une femme qui avait passĂ© sa vie Ă  respecter les limites jusqu’au jour oĂč elle dĂ©cida que certaines urgences mĂ©ritaient mieux que la prudence administrative.

Maren, assise Ă  l’arriĂšre avec Talia, regardait dĂ©filer les rues de Lyon encore paresseuses aprĂšs NoĂ«l. Des familles traĂźnaient des sacs de cadeaux, des vitrines affichaient dĂ©jĂ  des rĂ©ductions, et le monde ordinaire continuait avec une indĂ©cence presque comique.

— Tu aurais pu m’appeler plus tît, dit Maren.

Talia garda les yeux sur ses mains.

— J’ai passĂ© ma vie Ă  croire que si je disais la vĂ©ritĂ©, je disparaĂźtrais.

— Et maintenant ?

— Maintenant j’ai vu Wren devant cette porte.

Maren ne répondit pas.

Parfois, une vĂ©ritĂ© arrive trop tard pour effacer le mal, mais assez tĂŽt pour empĂȘcher le pire. Elle ne savait pas encore dans quelle catĂ©gorie ranger celle-ci.

L’agence privĂ©e se trouvait dans une rue discrĂšte du sixiĂšme arrondissement. Plaque en laiton, vitres fumĂ©es, interphone sans nom. L’endroit respirait l’argent qui ne souhaite pas ĂȘtre vu.

Jeanne appela la commandante Roussel depuis le trottoir. Elle parla vite, clairement, en donnant l’adresse, le risque de destruction de preuves, le nom de Celeste, celui de Beckett, celui de Victor Lenoir.

— Elle arrive, dit-elle en raccrochant. Mais pas assez vite.

Talia sortit la clé dorée.

— Je peux entrer. Beckett m’avait ajoutĂ©e comme personne autorisĂ©e. Pour me faire croire que j’avais du pouvoir.

Maren eut un sourire amer.

— Les chaünes en or restent des chaünes.

À l’accueil, un homme mince en costume gris leur opposa d’abord un sourire professionnel.

— Madame Arnaud, nous n’avions pas rendez-vous avec vous ce matin.

— Je sais. Je viens vĂ©rifier le coffre avant le passage de ma mĂšre.

Il hésita.

— Madame Vale est dĂ©jĂ  arrivĂ©e.

Le prénom frappa Maren comme une gifle.

Celeste était en avance.

Elles descendirent par un ascenseur capitonnĂ©, accompagnĂ© par l’employĂ© qui n’aimait pas la situation mais aimait encore moins dĂ©cider seul. Au sous-sol, un couloir blanc menait Ă  des petites salles privĂ©es.

DerriÚre une porte entrouverte, Celeste parlait au téléphone.

— Non, Beckett, Ă©coute-moi. Je prends les originaux et je les mets ailleurs. Non, elle n’aura rien. Cette enfant ne gouvernera pas ma maison.

Talia s’arrĂȘta net.

Ma maison.

MĂȘme aprĂšs tout, Celeste n’avait pas compris.

Maren entra.

— Trop tard.

Celeste se retourna, tĂ©lĂ©phone Ă  la main. Elle portait un tailleur beige parfait, des gants fins, un chignon impeccable. À cĂŽtĂ© d’elle, sur la table, un dossier noir Ă©tait ouvert.

Pendant une seconde, Maren revit la femme de NoĂ«l, rouge et dorĂ©e, riante devant une enfant humiliĂ©e. Puis elle vit autre chose : une femme vieillissante, terrifiĂ©e par la perte de son dĂ©cor, prĂȘte Ă  sacrifier tout ce qui respirait autour d’elle pour rester au centre d’une maison.

— Sortez, dit Celeste.

Jeanne ferma la porte derriĂšre elles.

— La police arrive.

Celeste sourit.

— La police aime les papiers en ordre.

Elle tendit une feuille.

— Et ceux-ci le sont.

Maren la prit.

C’était une attestation de suivi psychiatrique, portant son nom. Selon le document, elle souffrait depuis la mort d’Elias d’épisodes dissociatifs, de confusion administrative et de dĂ©pendance Ă©motionnelle majeure.

La signature du médecin était illisible.

— C’est faux, dit Maren.

Celeste soupira.

— Ma chĂ©rie, tu Ă©tais si fragile. Tout le monde l’a vu.

Talia s’avança.

— Maman, arrĂȘte.

— Toi, tais-toi. Sans moi, tu n’aurais jamais eu de nom.

La phrase claqua.

Talia recula comme si, pour la premiÚre fois, le prix de son silence était écrit en toutes lettres.

Maren regarda le dossier noir. Dedans, il y avait la procuration falsifiée, des copies de ses papiers, des relevés bancaires, et une clé USB bleue.

Elle prit la procuration.

Celeste lui attrapa la main.

— Ce document m’appartient.

Maren soutint son regard.

— Non. C’est mon nom que tu as volĂ©.

La porte s’ouvrit.

La commandante Roussel entra avec deux collĂšgues.

Celeste changea de visage instantanément. La victime réapparut, polie, blessée.

— Commandante, heureusement. Ma belle-fille est en pleine crise.

Roussel regarda la feuille dans la main de Maren, puis le dossier ouvert, puis le téléphone de Celeste encore connecté.

Une voix métallique en sortit :

— Maman ? Maman, tu es encore là ? Ne laisse pas Talia parler !

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Tout le monde se figea.

Beckett venait d’appeler Celeste “maman”.

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