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Chapitre 14 - Le fils caché

Chapitre 14 - Le fils caché

Ce mot changea tout.

Maman.

Il resta suspendu dans la petite salle du coffre, absurde et énorme, tandis que le téléphone de Celeste continuait de diffuser le souffle paniqué de Beckett.

— Maman ? RĂ©ponds !

Talia regarda Celeste.

La clé dorée tomba de ses doigts sur le sol avec un bruit minuscule.

— Qu’est-ce qu’il vient de dire ?

Celeste ne bougea pas.

La commandante Roussel prit le tĂ©lĂ©phone et coupa l’appel.

— Madame Vale, je vous conseille de rĂ©flĂ©chir avant de rĂ©pondre.

Mais Celeste n’entendait plus la police. Elle regardait Talia avec une expression que Maren n’avait jamais vue chez elle : pas de la honte, pas mĂȘme de la peur. De l’agacement. Comme si la vĂ©ritĂ© avait choisi un moment inconvenant pour apparaĂźtre.

— Ce n’est pas ce que tu crois.

Talia se mit à rire. Un rire court, brisé.

— C’est toujours ce que les gens disent quand c’est pire.

Jeanne Morvan pĂąlit.

— Beckett Arnaud est votre fils ?

Celeste ferma son sac trĂšs lentement.

— Il Ă©tait le fils de Victor Lenoir. Sa mĂšre officielle ne pouvait pas l’élever. J’ai
 aidĂ©.

— Tu as aidĂ© ? rĂ©pĂ©ta Talia.

Maren comprenait par morceaux, et chaque morceau était plus laid que le précédent.

Victor Lenoir. Celeste. Talia nĂ©e sans pĂšre dĂ©clarĂ©. Beckett, fils cachĂ© du mĂȘme homme, Ă©levĂ© ailleurs, revenu par le mariage comme un serpent dans son propre nid.

— Beckett est mon frùre ? murmura Talia.

Personne ne répondit assez vite.

Talia porta une main à sa bouche et chancela. Maren la retint par réflexe.

Sa sƓur s’accrocha Ă  elle une seconde, comme une noyĂ©e Ă  quelqu’un qu’elle avait pourtant poussĂ© dans l’eau.

— Je l’ai Ă©pousĂ©, dit Talia.

Sa voix n’avait plus d’ñge.

Celeste s’empressa :

— Demi-frĂšre. Et rien n’est prouvĂ© lĂ©galement.

La commandante Roussel leva les yeux.

— Madame Vale.

Ce seul ton suffit Ă  la faire taire.

Maren sentit une nausĂ©e froide. Tout ce que Celeste avait appelĂ© famille n’était qu’un arrangement de secrets, de noms dĂ©placĂ©s, d’enfants utilisĂ©s comme des meubles qu’on cache sous des draps.

— Elias savait ? demanda-t-elle.

Celeste regarda le mur.

— Pas au dĂ©but.

Jeanne murmura :

— Mais il a dĂ©couvert.

— Oui, dit Celeste.

Talia ferma les yeux.

— C’est pour ça que Beckett avait peur.

Roussel fit signe Ă  ses collĂšgues de saisir le dossier.

— Nous allons prendre tout cela.

Celeste se redressa.

— Vous n’avez pas le droit.

— Si. Et vous allez nous accompagner.

— Je suis une femme respectable.

La commandante la regarda sans mĂ©pris, ce qui fut peut-ĂȘtre plus humiliant encore.

— Les prisons sont pleines de gens qui avaient de bonnes maniùres.

Maren ne savoura pas la phrase. La vérité était trop lourde.

Dehors, sur le trottoir, Talia vomit prĂšs d’une jardiniĂšre. Jeanne lui tint les cheveux. Maren resta Ă  cĂŽtĂ©, maladroite, incapable de trouver le geste juste.

— Je ne savais pas, rĂ©pĂ©tait Talia. Je ne savais pas.

Maren aurait voulu que cela suffise.

Mais elle pensait Ă  Wren. À la porte ouverte. Aux mots de NoĂ«l. À toutes les fois oĂč Talia avait choisi la cruautĂ© parce que la vĂ©ritĂ© lui faisait peur.

— Tu ne savais peut-ĂȘtre pas ça, dit-elle doucement. Mais tu savais que tu nous faisais mal.

Talia essuya sa bouche.

— Oui.

Elles restĂšrent ainsi, deux sƓurs qui ne savaient plus si elles l’avaient jamais Ă©tĂ©, sur un trottoir froid de dĂ©cembre, pendant que la police emportait des annĂ©es de mensonges dans des pochettes scellĂ©es.

Dans l’aprùs-midi, Maren rentra chez elle.

Wren était en train de dessiner avec Madame Armand. Une maison. Pas la grande maison des Vale. Une petite maison bleue avec un jardin, une cheminée, et trois personnages devant : une femme, une enfant, et un renard.

— C’est nous ? demanda Maren.

Wren haussa les épaules.

— C’est peut-ĂȘtre nous plus tard.

Maren l’embrassa.

Son téléphone sonna.

Commandante Roussel.

— Madame Vale, nous avons un problĂšme. Beckett Arnaud a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© Ă  la suite d’un vice de procĂ©dure sur la premiĂšre garde Ă  vue. Il est introuvable depuis une heure.

Maren regarda sa fille.

— Vous pensez qu’il va venir ici ?

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Roussel hésita une fraction de seconde.

— Non. Je pense qu’il va aller chercher Wren Ă  l’école demain.

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