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Chapitre 04 - La boĂźte rouge

Chapitre 04 - La boĂźte rouge

Il y eut, dans la vie de Maren, un avant et un aprĂšs la phrase de Wren.

Avant, elle croyait que sa fille avait Ă©tĂ© protĂ©gĂ©e par son innocence. AprĂšs, elle comprit que les enfants n’ignorent pas les secrets des adultes. Ils les rangent ailleurs, dans un coin de leur cƓur, jusqu’au jour oĂč quelqu’un leur donne enfin le droit de parler.

— Papa t’a dit ça quand ? demanda Maren.

Wren serra la couverture contre elle.

— Avant de partir pour son travail. Il m’a emmenĂ©e acheter des chouquettes. Il avait l’air triste. Il m’a dit : “Si maman pleure beaucoup et que mamie Celeste parle trop gentiment, souviens-toi de la boĂźte rouge.”

Maren s’agenouilla devant le canapĂ©.

— Pourquoi tu ne me l’as jamais dit, mon cƓur ?

Wren baissa les yeux.

— Parce que mamie a dit que papa racontait n’importe quoi Ă  la fin. Qu’il Ă©tait stressĂ©. Et que si je rĂ©pĂ©tais ses bĂȘtises, tu serais encore plus malade.

Encore plus malade.

Maren sentit la colĂšre descendre en elle comme une eau noire.

Depuis deux ans, Celeste avait parlĂ© de son deuil comme d’une maladie. Elle avait conseillĂ©, surveillĂ©, “aidĂ©â€, dĂ©cidĂ© quelles visites Ă©taient bonnes pour elle, quels papiers Ă©taient trop difficiles, quelles conversations il fallait remettre Ă  plus tard.

Elle n’avait pas soutenu Maren.

Elle l’avait endormie.

— La boüte est sous le sapin ?

— Pas dessous dessous. Dans le socle. Papa m’a montrĂ© comment tourner l’ange en bois. Mais mamie l’a changĂ© aprĂšs l’enterrement.

Maren regarda l’heure. 23 h 47.

Retourner chez les Vale seule aurait été une folie. Y retourner avec Wren, impensable. Pourtant, si Celeste détruisait les preuves pendant la nuit, il ne resterait bientÎt plus que des souvenirs et des mensonges.

Elle appela Jeanne Morvan.

La comptable répondit à la troisiÚme sonnerie.

— Vous avez ouvert la troisiùme enveloppe ?

— Pas encore. Il y a une boĂźte rouge chez Celeste. Elias en avait parlĂ© Ă  ma fille.

Silence.

— Alors Ă©coutez-moi bien, dit Jeanne. Ne retournez pas seule lĂ -bas.

— Ils vont faire disparaütre quelque chose.

— Oui. Et c’est exactement pour cela qu’il faut un tĂ©moin qui ne soit pas de votre famille.

— Me Delcourt ?

La voix de Jeanne se fit prudente.

— Il est à la retraite, mais il vit encore à Sainte-Foy. Je vous envoie son adresse.

— À minuit ?

— Madame Vale, votre mari m’a demandĂ© d’attendre deux ans avant d’agir si rien ne bougeait. Deux ans. Je ne vais pas m’arrĂȘter parce qu’il est minuit.

Maren ouvrit enfin la troisiĂšme enveloppe.

À l’intĂ©rieur, une clĂ© plate, ancienne, Ă©tait collĂ©e sur un carton. En dessous, Elias avait Ă©crit :

Pour la cave, pas pour la porte.

Maren fronça les sourcils.

La cave des Vale avait trois portes. Une pour les vins, une pour la chaudiĂšre, une ancienne, condamnĂ©e, que Celeste appelait “le dĂ©barras de mon beau-pĂšre” et dont elle disait avoir perdu la clĂ© depuis des annĂ©es.

Elle n’avait pas perdu la clĂ©.

Elias l’avait trouvĂ©e.

À minuit dix, Maren sonna chez Me Delcourt, un vieil homme en peignoir sous une veste de laine, qui ouvrit avec une canne dans une main et une luciditĂ© parfaite dans les yeux.

Il ne sembla pas surpris.

— Vous avez mis du temps, madame Vale.

Elle resta sur le palier, la pluie sur les cheveux.

— Vous saviez ?

— Je savais qu’Elias avait peur. Je savais qu’il m’avait laissĂ© un dossier. Je savais aussi qu’une femme en deuil ne peut pas toujours mener une guerre le lendemain de l’enterrement.

— Alors pourquoi personne ne m’a aidĂ©e ?

La question sortit plus dure qu’elle ne l’aurait voulu.

Le vieux notaire baissa les yeux.

— Parce que votre mari m’avait demandĂ© d’attendre que vous posiez vous-mĂȘme la premiĂšre pierre. Il disait que personne ne devait vous pousser. Qu’on vous avait dĂ©jĂ  trop pris.

Cette rĂ©ponse la frappa plus profondĂ©ment qu’un reproche.

Me Delcourt enfila un manteau.

— Nous allons chez eux.

— Maintenant ?

— Surtout maintenant. Les gens qui mentent aiment la nuit, mais ils oublient que les voisins ont des fenĂȘtres.

Il insista pour appeler son neveu, brigadier à la retraite, qui arriva dix minutes plus tard dans une vieille Peugeot avec un appareil photo et un carnet. Maren laissa Wren chez Madame Armand, la voisine du dessous, une institutrice retraitée qui ouvrit en robe de chambre et ne posa aucune question inutile.

— Va, ma petite, dit-elle simplement. Je lui ferai du chocolat chaud.

Quand Maren revint devant la maison des Vale, les lumiÚres du salon étaient encore allumées.

DerriĂšre les rideaux, des silhouettes passaient vite.

Me Delcourt posa la main sur la clé ancienne.

— La cave, vous avez dit ?

Maren hocha la tĂȘte.

Ils contournĂšrent la maison par le jardin. La pluie avait cessĂ©. La terre collait aux semelles. Au bout de l’allĂ©e, une petite porte de service donnait sur l’escalier de cave.

Maren glissa la clé.

Elle entra sans résistance.

En bas, il faisait froid, humide, avec cette odeur de pierre et de vin vieux.

La porte condamnée était entrouverte.

DerriĂšre, une lumiĂšre tremblait.

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Et la voix de Grant murmura :

— Celeste, arrĂȘte. Si tu brĂ»les ça, c’est Wren qui paiera.

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