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Chapitre 05 - Ce que Grant savait

Chapitre 05 - Ce que Grant savait

Maren n’avait jamais entendu son beau-pùre parler ainsi.

Grant Vale avait toujours eu une voix de salon, une voix douce faite pour commenter le temps, les marchĂ©s, les livres qu’il ne finissait jamais. Une voix qui ne prenait pas de risques.

Mais dans la cave, derriĂšre la porte entrouverte, il semblait plus vieux et plus nu.

— C’est Wren qui paiera, rĂ©pĂ©ta-t-il.

Celeste rĂ©pondit d’un ton glacĂ© :

— Wren ne paiera rien si sa mùre apprend enfin à rester à sa place.

Me Delcourt leva une main pour retenir Maren. Le neveu, derriÚre eux, avait déjà sorti son téléphone et enregistrait.

Dans la petite piĂšce, Celeste tenait la boĂźte rouge contre elle. Pas une boĂźte de NoĂ«l. Une boĂźte mĂ©tallique, rouge sombre, avec des coins dorĂ©s usĂ©s. Talia se trouvait prĂšs d’une vieille table, les bras croisĂ©s, blĂȘme. Beckett, lui, fouillait dans un carton de dossiers avec une impatience brutale.

— Il manque le registre, dit-il.

— Elias l’a pris, murmura Grant.

Beckett se retourna.

— Évidemment qu’il l’a pris. Ton fils aimait toujours jouer au chevalier.

Le mot “ton fils” fit quelque chose au visage de Grant. Comme une blessure qu’on rouvre avec la mĂȘme lame.

Maren sentit ses jambes trembler, mais elle ne recula pas.

Me Delcourt poussa doucement la porte.

Le grincement fut minuscule. Pourtant, dans la cave, tout le monde l’entendit.

Celeste se retourna la premiĂšre.

— Maren.

Elle prononça son prénom comme une femme surprise de trouver une domestique dans une piÚce interdite.

Maren avança.

— Donne-moi la boüte.

Beckett eut un rire court.

— Vous n’avez rien à faire ici.

Me Delcourt entra derriĂšre elle.

— Elle a plus à faire ici que vous, monsieur Arnaud.

Celeste pĂąlit pour de bon.

— Albert ?

— Celeste.

Le vieux notaire n’ajouta rien, mais son regard suffisait. Il y avait entre eux une histoire ancienne, ou du moins un secret partagĂ©.

Talia regardait sa mùre, puis Beckett, puis Maren. Ses yeux brillaient d’une panique que Maren n’avait jamais vue chez elle.

— Maman, qu’est-ce qu’il y a dans cette boüte ?

Celeste serra le métal contre sa poitrine.

— Des papiers de famille.

— Alors donne-les, dit Grant.

Sa voix trembla, mais il ne détourna pas les yeux.

Celeste le fixa.

— Toi, tu vas te taire.

Grant fit un pas.

Un seul pas, mais dans une vie d’évitements, cela ressemblait Ă  une rĂ©volution.

— Non.

Le mot eut moins de force que celui d’un hĂ©ros, mais plus de vĂ©ritĂ© que tous les discours.

— J’ai laissĂ© Elias porter mes fautes. J’ai laissĂ© Maren payer. J’ai laissĂ© ma petite-fille ĂȘtre traitĂ©e comme une intruse dans la maison que son pĂšre a sauvĂ©e. Ce soir, ça suffit.

Maren le regarda.

Elle aurait voulu ressentir de la gratitude. Elle ressentit surtout une immense fatigue. Les aveux tardifs ressemblent parfois à des cadeaux emballés dans du poison.

Beckett se rapprocha de Grant.

— Fais attention à ce que tu dis.

— Pourquoi ? demanda Maren. Parce qu’il pourrait expliquer que tu as utilisĂ© son nom pour ouvrir des comptes ?

Beckett se figea.

Elle continua, plus calme que jamais :

— Ou parce qu’il pourrait expliquer pourquoi Elias avait peur la veille de son accident ?

La cave sembla se resserrer autour d’eux.

Talia porta une main Ă  sa bouche.

— Beckett ?

Il se tourna vers elle avec une douceur soudaine, presque tendre.

— Ne commence pas Ă  faire l’innocente. Tu Ă©tais lĂ  quand Elias est venu.

Talia recula comme si la phrase l’avait frappĂ©e.

— Je ne savais pas ce que tu avais fait aprùs.

AprĂšs.

Maren entendit ce mot comme on entend un verrou tourner.

— Aprùs quoi ?

Personne ne répondit.

Me Delcourt s’adressa à Celeste :

— La boĂźte, maintenant. Ou j’appelle un officier de police judiciaire que je connais encore assez bien pour qu’il se dĂ©place un soir de NoĂ«l.

Celeste regarda autour d’elle. Elle comprit qu’elle n’avait plus de public Ă  sĂ©duire. Seulement des tĂ©moins.

Elle posa la boĂźte sur la table.

Maren s’approcha. Le couvercle grinça.

À l’intĂ©rieur se trouvaient des documents, un vieux carnet noir, une clĂ© USB, et une enveloppe plus petite portant le prĂ©nom de Wren.

Maren tendit la main vers l’enveloppe.

Celeste lui attrapa le poignet.

— Pas celle-là.

Pour la premiÚre fois, Maren vit dans les yeux de sa belle-mÚre autre chose que du mépris.

De la peur.

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Wren n’était pas seulement l’enfant qu’ils rejetaient.

Wren Ă©tait peut-ĂȘtre la raison pour laquelle tout avait commencĂ©.

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