Chapitre 08 - Lâenfant qui avait disparu

Chapter 08 - Chapitre 08 - Lâenfant qui avait disparu
Pendant une minute entiĂšre, personne ne parla.
La phrase resta posĂ©e au milieu dâeux comme un verre qui aurait Ă©chappĂ© des mains sans se briser encore.
*Lâenfant de huit semaines nâĂ©tait pas le premier.*
Audrey sentit son corps refuser lâinformation. Il y a des douleurs que lâesprit laisse dâabord sur le seuil, comme des visiteurs trop dangereux.
â Quâest-ce que ça veut dire ? demanda-t-elle.
Sophia prit la photo de la pouponniÚre. On y voyait trois berceaux derriÚre une vitre, une date tamponnée dans un coin, et, flou mais reconnaissable, le logo de la clinique Marceau.
Alexander devint trĂšs pĂąle.
â Je connais cette salle.
Audrey le regarda.
â Quelle salle ?
â Lâancienne unitĂ© de nĂ©onatalogie. FermĂ©e depuis sept ans officiellement.
â Officiellement ?
Il ne répondit pas.
RĂ©mi plaça la cassette dans un lecteur portable trouvĂ© on ne savait oĂč. Les vieux objets ont parfois plus de courage que les serveurs informatiques.
Un souffle. Des grésillements.
Puis une voix de femme.
â Si quelquâun trouve ceci, je mâappelle Paige Mercier. Pas Paige Morel. Je nâai pas choisi tout ce que jâai fait.
Audrey ferma les yeux.
La voix était moins sûre que dans ses messages. Plus jeune. Effrayée.
â En 2019, on mâa demandĂ© de dĂ©placer des dossiers. On disait que câĂ©tait administratif. Puis jâai vu le nom dâAudrey Dormoy. Le protocole nâavait pas Ă©chouĂ©. Il avait Ă©tĂ© interrompu.
Sophia murmura :
â Interrompu comment ?
La cassette continua.
â Il y a eu un embryon transfĂ©rĂ© avant la date officielle. Un test positif. Puis le dossier a disparu. Madame Vassal a dit que la patiente nâĂ©tait pas prĂȘte. Monsieur Vassal a signĂ©. Jâai cru⊠jâai cru que lâenfant nâĂ©tait pas nĂ©.
Audrey ouvrit les yeux.
Sa voix sortit sans son.
â NĂ© ?
La cassette grésilla.
â Mais jâai vu un bracelet. Un bĂ©bĂ© garçon. Deux jours plus tard, le berceau Ă©tait vide, et le dossier avait changĂ© de nom.
Le bruit du sang envahit les oreilles dâAudrey.
Elle ne cria pas. Elle nâen eut pas la force. Son visage devint blanc, presque transparent, et Sophia se leva pour la soutenir.
Alexander appuya sur pause.
â Audrey, on arrĂȘte.
â Non.
â Votre tensionâŠ
â Non, rĂ©pĂ©ta-t-elle. Je veux entendre.
Il hésita, puis relança la cassette.
Paige pleurait maintenant.
â Je ne savais pas Ă qui le dire. HĂ©lĂšne mâa trouvĂ© un appartement. Dominic mâa donnĂ© un poste. Puis il mâa tenue. Les photos, câĂ©tait pour quâAudrey cherche. Je suis dĂ©solĂ©e. Lâenfant sâappelait Nathan dans le registre provisoire.
Nathan.
Le prénom traversa Audrey comme une lumiÚre violente.
Elle nâavait jamais appelĂ© ainsi un enfant. Elle nâavait jamais tenu un fils. Et pourtant, dans un placard administratif, dans une chambre de clinique, un bĂ©bĂ© avait peut-ĂȘtre portĂ© ce nom avant dâĂȘtre arrachĂ© Ă son histoire.
Sophia posa les deux mains sur la table.
â Sâil y a eu naissance, il y a acte dâĂ©tat civil. Ou falsification.
Rémi acquiesça.
â Je vais chercher.
Audrey fixa le bracelet dâhĂŽpital coupĂ©. Il portait des chiffres, pas de nom lisible. Mais au revers, quelquâun avait Ă©crit au stylo bleu une seule initiale : A.
A comme Audrey.
A comme arraché.
Le soir, Dominic tenta de la joindre dix-sept fois. Elle ne répondit pas.
Ă vingt-deux heures, un message de Paige arriva.
*Je peux vous dire oĂč il est. Mais Dominic sait que jâai parlĂ©.*
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Une deuxiĂšme ligne suivit, presque aussitĂŽt :
*Si je disparais, demandez Ă HĂ©lĂšne ce quâelle a fait du petit garçon aux yeux gris.*