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Chapitre 12 - Noé ne pleurait pas

Chapter 12 - Chapitre 12 - Noé ne pleurait pas

Noé ne pleura pas.

Ce fut ce dĂ©tail, plus que tout le reste, qui brisa quelque chose en Audrey. Un enfant de cinq ans, rĂ©veillĂ© dans une piĂšce pleine d’adultes tendus, aurait dĂ» pleurer, rĂ©clamer quelqu’un, s’accrocher Ă  un repĂšre. Lui observa les visages avec une prudence trop ancienne.

Comme s’il avait dĂ©jĂ  appris que les rĂ©actions des grands Ă©taient des mĂ©tĂ©os dangereuses.

Audrey n’osa pas bouger.

— Bonjour, dit-elle doucement.

Le garçon la regarda.

Paige, tremblante, le posa par terre. Il resta prùs d’elle, mais ses yeux ne quittaient pas Audrey.

— C’est elle ? demanda-t-il.

La question n’était adressĂ©e Ă  personne en particulier.

Paige s’accroupit.

— Oui.

HélÚne fit un pas en avant.

— NoĂ©, viens ici.

Le petit garçon se raidit.

Audrey vit ce mouvement. Elle le grava en elle, pas pour nourrir la haine, mais pour se rappeler plus tard que la justice n’était pas une abstraction.

Dominic tenta de reprendre le contrĂŽle.

— Audrey, ne fais pas de scùne devant l’enfant.

Elle le regarda.

— Je ne suis pas celle qui a fait de sa vie une scùne.

La porte du salon s’ouvrit brutalement. Sophia entra, suivie de deux officiers de police et de RĂ©mi.

— Madame Vassal, dit Sophia Ă  HĂ©lĂšne, vous ĂȘtes priĂ©e de ne plus approcher cet enfant.

HélÚne pùlit.

— Sur quelle base ?

Sophia tendit une ordonnance provisoire.

— Mise en danger, dissimulation d’identitĂ©, falsification de documents, et maintenant tentative de dĂ©placement d’un mineur.

Dominic jura.

Noé sursauta.

Audrey eut un rĂ©flexe qu’elle ne contrĂŽla pas. Elle s’agenouilla pour ĂȘtre Ă  sa hauteur, assez loin pour ne pas l’envahir.

— Tu n’as rien fait de mal, dit-elle.

Il serra les manches de son manteau.

— Maman dort encore ?

Audrey sentit le monde se fendre, mais elle ne laissa pas sa douleur tomber sur lui.

— Non.

Sa voix trembla Ă  peine.

— Je suis rĂ©veillĂ©e.

Noé la fixa longtemps. Puis il demanda :

— Pourquoi tu n’es pas venue ?

Il n’y a pas de phrase plus difficile pour une mùre que celle qui accuse sans savoir.

Audrey baissa la tĂȘte.

— Parce qu’on m’a cachĂ© que tu existais.

— Mamie HĂ©lĂšne a dit que tu Ă©tais malade dans la tĂȘte.

DerriÚre eux, HélÚne ferma les yeux une fraction de seconde. Dominic regarda le sol.

Sophia posa la main sur l’épaule d’Audrey.

— Nous devons y aller.

Le transfert ne fut pas un enlĂšvement inversĂ©. Sophia y veilla. NoĂ© fut confiĂ© d’abord Ă  un service spĂ©cialisĂ©, avec Audrey prĂ©sente mais pas imposĂ©e. Une psychologue arriva, douce, cheveux courts, foulard bleu marine. Elle expliqua chaque geste au garçon, chaque papier, chaque trajet.

Audrey accepta de ne pas le tenir dans ses bras.

C’était le premier acte d’amour vĂ©ritable : ne pas prendre ce qu’elle attendait depuis des annĂ©es, parce que lui n’était pas prĂȘt Ă  le donner.

À la clinique, le soir, elle s’effondra enfin. Pas devant NoĂ©. Pas devant Dominic. Dans la petite salle de repos oĂč un distributeur vendait des soupes lyophilisĂ©es et des madeleines sous plastique.

Alexander la trouva assise sur une chaise, les mains autour d’un gobelet de thĂ© froid.

— Il est vivant, dit-elle.

— Oui.

— Il me regarde comme une Ă©trangĂšre.

— Vous en ĂȘtes une, pour l’instant.

Elle leva les yeux, blessée.

Il ne s’excusa pas.

— Et vous allez devenir autre chose, jour aprùs jour. Pas en l’exigeant. En restant.

Audrey hocha la tĂȘte. C’était cruel. C’était juste.

Le lendemain, les tests gĂ©nĂ©tiques furent lancĂ©s lĂ©galement, sous contrĂŽle judiciaire. Audrey n’avait pas besoin d’un papier pour sentir la vĂ©ritĂ©, mais NoĂ©, lui, aurait besoin un jour que le monde adulte cesse d’ĂȘtre flou.

Trois jours plus tard, le résultat préliminaire arriva.

Sophia ouvrit l’enveloppe dans la chambre d’Audrey.

Son visage se troubla.

— Audrey
 NoĂ© est bien votre fils.

Audrey ferma les yeux.

— Et le pùre ?

Sophia resta silencieuse.

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Puis elle dit :

— Ce n’est pas le donneur 17-M.

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