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Chapitre 11 - La fondation des enfants sages

Chapter 11 - Chapitre 11 - La fondation des enfants sages

La Fondation Vassal pour l’Enfance occupait un hĂŽtel particulier discret prĂšs de l’avenue de Villiers. À l’entrĂ©e, une plaque en laiton brillait sous une pluie lĂ©gĂšre : *Protection, transmission, avenir*. Audrey eut envie d’arracher chaque mot.

Sophia refusa qu’elle y aille seule.

— Ils ont Ă©crit seule parce qu’ils savent que tu ne l’es plus.

Le lendemain, Audrey se prĂ©senta pourtant comme convenu, manteau sombre, cheveux attachĂ©s, visage encore marquĂ© mais regard clair. RĂ©mi et les agents restĂšrent dans une voiture banalisĂ©e. Sophia attendait dans un cafĂ© en face avec un dossier complet. Alexander, officiellement, n’était pas lĂ . Officieusement, il se trouvait Ă  deux rues, prĂȘt Ă  intervenir si la tension d’Audrey s’effondrait.

On la fit patienter dans un salon dĂ©corĂ© de photos d’enfants souriants. Des enfants tenant des livres. Des enfants plantant des arbres. Des enfants qui servaient de paravent Ă  des adultes trĂšs riches.

HĂ©lĂšne entra avec la lenteur d’une reine.

— Audrey. Vous avez mauvaise mine.

— Vous avez volĂ© mon fils.

Le visage d’HĂ©lĂšne ne changea presque pas.

— Quel mot vulgaire.

— Quel acte prĂ©cis.

HĂ©lĂšne s’assit en face d’elle.

— NoĂ© a Ă©tĂ© protĂ©gĂ©.

Audrey sentit ses doigts se crisper.

— De sa mùre ?

— De votre faiblesse.

Il y eut un silence. Dans la cheminĂ©e froide, un bouquet de branches dĂ©coratives avait l’air d’attendre l’hiver.

— Vous n’étiez pas faite pour ce monde, reprit HĂ©lĂšne. Votre pĂšre vous a Ă©levĂ©e dans les livres, les scrupules et les petits appartements pleins de poussiĂšre. Dominic avait besoin d’une Ă©pouse prĂ©sentable, pas d’une hĂ©ritiĂšre sentimentale.

Audrey aurait voulu la gifler. Elle ne le fit pas. Elle pensa aux femmes de plus de cinquante ans qui savent, mieux que quiconque, que la dignitĂ© n’est pas l’absence de colĂšre, mais la discipline qu’on lui impose.

— OĂč est NoĂ© ?

— En sĂ©curitĂ©.

— Avec qui ?

HélÚne sourit.

— Avec des gens qui savent obĂ©ir.

Audrey sortit son téléphone et le posa sur la table.

— Toute cette conversation est enregistrĂ©e.

HélÚne eut un petit rire.

— Vous croyez que je n’ai pas prĂ©vu cela ?

La porte s’ouvrit derriùre elle.

Dominic entra.

Il avait le visage tirĂ©, mais son costume Ă©tait impeccable. Il regarda Audrey avec cette fausse tristesse qu’elle avait autrefois prise pour de la fatigue.

— Tu nous forces Ă  ĂȘtre durs.

— Vous n’avez jamais eu besoin de moi pour ça.

Il s’approcha.

— Tu ne veux pas vraiment ce garçon. Tu veux te venger.

Audrey sentit le coup. Parce qu’il cherchait prĂ©cisĂ©ment l’endroit oĂč l’amour, la peur et la honte pouvaient se confondre.

— Je veux savoir s’il mange, s’il dort, s’il a peur la nuit, s’il croit que sa mùre dort parce qu’on lui a menti.

Dominic détourna les yeux le premier.

Ce fut infime. Mais Audrey le vit.

Il savait.

HélÚne intervint.

— Assez. Nous pouvons Ă©viter le scandale. Vous retirez vos plaintes. Vous rĂ©cupĂ©rez une rente confortable. Et nous vous autorisons Ă  recevoir des nouvelles de l’enfant, une fois par trimestre.

Audrey se leva.

— Vous m’autorisez ?

— Soyez raisonnable.

Ce mot, encore. Le mot préféré des prédateurs élégants.

La porte s’ouvrit de nouveau.

Paige entra, livide, escortée par un homme que Audrey ne connaissait pas. Elle tenait dans les bras un petit garçon endormi, enveloppé dans un manteau trop grand.

Ses cheveux étaient chùtains.

Son poignet dépassait du tissu.

Une tache de naissance, comme une petite virgule brune.

HĂ©lĂšne se leva d’un bond.

— Qu’est-ce que tu fais ?

Paige regarda Audrey.

— Je vous le rends avant qu’ils ne le dĂ©placent encore.

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Le petit garçon ouvrit les yeux.

Ils étaient gris.

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