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Chapitre 16 - Celle qui pouvait aimer

Chapter 16 - Chapitre 16 - Celle qui pouvait aimer

La note d’HĂ©lĂšne fit plus de bruit que n’importe quel cri.

Dans la salle d’audience, mĂȘme les stylos cessĂšrent un instant de courir sur le papier. Audrey lut la phrase projetĂ©e sur l’écran : *Elle pourrait l’aimer.* Non pas le rĂ©clamer. Non pas l’utiliser. L’aimer. C’était donc cela, la menace.

HélÚne ne baissa pas les yeux.

Dominic, lui, regarda sa mĂšre comme s’il dĂ©couvrait qu’un monstre peut aussi Ă©lever ses enfants Ă  son image.

Paige parla d’une voix fragile mais claire. Elle reconnut les photos envoyĂ©es, les accĂšs illĂ©gaux, les rendez-vous Ă  Suresnes, les mensonges. Elle ne demanda pas qu’on l’épargne. Elle demanda seulement que son propre enfant Ă  naĂźtre ne soit jamais approchĂ© par Dominic.

Audrey l’écouta sans douceur excessive. Elle ne confondait pas tĂ©moignage et absolution. Paige avait participĂ©. Paige avait humiliĂ©. Paige avait attendu longtemps.

Mais Paige parlait.

Et parfois, la justice commence quand une personne imparfaite cesse de mentir.

Alexander tĂ©moigna aussi. Il expliqua le don ancien, l’utilisation non autorisĂ©e, sa dĂ©couverte tardive, ses Ă©changes avec le pĂšre d’Audrey. La partie adverse tenta de suggĂ©rer un lien personnel entre lui et Audrey. Il rĂ©pondit avec une froideur mĂ©dicale :

— Le lien qui nous rĂ©unit ici est un enfant volĂ©.

Audrey ne le regarda pas. Elle regarda Noé, assis dans une salle voisine avec sa psychologue, visible à travers une vitre sans tain pendant une pause. Il jouait avec une petite locomotive en bois.

Il ne savait pas encore combien d’adultes parlaient de lui comme d’un droit.

Elle se jura qu’un jour, si elle devait lui raconter, elle choisirait des mots qui ne feraient pas de lui une preuve.

Le juge rendit une décision provisoire en fin de journée.

NoĂ© resterait protĂ©gĂ© par l’aide sociale Ă  l’enfance, mais Audrey obtenait des visites Ă©largies, non supervisĂ©es progressivement, sous accompagnement psychologique. La fondation Vassal perdait tout droit de regard. HĂ©lĂšne et Dominic Ă©taient interdits de contact.

Ce n’était pas encore la victoire.

C’était une porte.

Dans le couloir, HélÚne attendit Audrey.

Les policiers n’étaient pas loin. Elle ne pouvait plus menacer franchement. Alors elle choisit la cruautĂ© simple.

— Il ne vous appellera jamais maman.

Audrey la regarda.

— Peut-ĂȘtre.

HélÚne sembla déstabilisée.

— C’est tout ?

— Je ne l’aimerai pas seulement s’il me donne le bon nom.

Pour la premiÚre fois, HélÚne ne trouva rien à répondre.

Le samedi suivant, NoĂ© vint passer trois heures avec Audrey dans l’appartement de la rue du Cherche-Midi. Madame Benhamou avait cirĂ© l’escalier, achetĂ© des chouquettes et prĂ©venu tout l’immeuble de ne pas poser de questions, ce qui signifiait qu’elle en avait dĂ©jĂ  posĂ© pour tout le monde.

Noé entra prudemment.

Il inspecta le tapis, la cuisine, la plante de jasmin sur le balcon.

— C’est petit, dit-il.

Audrey sourit.

— Oui.

— C’est à toi ?

— Oui.

— Personne peut te mettre dehors ?

La question traversa la piĂšce.

— Personne.

Il hocha la tĂȘte, rassurĂ© par quelque chose qui n’était pas l’espace mais la stabilitĂ©.

Ils mangĂšrent des pĂątes au beurre et des haricots verts. Il refusa la sauce tomate, accepta le fromage rĂąpĂ©, et dormit vingt minutes sur le canapĂ© sans l’avoir dĂ©cidĂ©. Audrey resta assise au sol, prĂšs de lui, assez loin pour ne pas l’enfermer.

Quand il se réveilla, il demanda :

— Si je viens une autre fois, le jasmin sera encore là ?

— Oui.

— MĂȘme s’il pleut ?

— Surtout s’il pleut.

Le soir, aprÚs son départ, Audrey trouva dans la poche de son manteau un petit morceau de papier plié.

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Noé avait dessiné une sonnette.

Et dessous, maladroitement : *Je reviendrai si tu ouvres doucement.*

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