Chapitre 07 - Paige Morel nâexistait pas

Chapter 07 - Chapitre 07 - Paige Morel nâexistait pas
Paige Morel. Le nom avait lâĂ©lĂ©gance lisse des mensonges bien choisis. Sur les cartons dâinvitation, sur les rĂ©seaux sociaux, sur les listes de gala, elle Ă©tait Paige Morel, consultante en communication, jeune femme brillante, autodidacte, modernitĂ© parfaite au bras dâun homme plus ĂągĂ©.
Mais le certificat disait autrement.
*Paige Mercier, nĂ©e Moreau. Ancienne stagiaire administrative â Clinique Marceau.*
Audrey relut la ligne trois fois.
â Elle travaillait lĂ -bas, dit Sophia.
â Pendant mes traitements ?
Rémi vérifia les dates.
â Oui. Et elle a quittĂ© la clinique deux mois aprĂšs la fermeture de votre protocole.
Le mot fermeture fit mal. Comme si lâon parlait dâune boutique, pas dâun dĂ©sir de maternitĂ©.
Dans le salon discret de la clinique de Saint-Cloud, lâaprĂšs-midi sentait le parquet cirĂ© et le thĂ© trop infusĂ©. Une vieille dame tricotait prĂšs de la fenĂȘtre. Ă la tĂ©lĂ©vision muette, un journaliste parlait dâune grĂšve Ă la gare Saint-Lazare. Le monde, encore une fois, persistait.
Audrey regarda la photo de Paige avec Dominic.
â Elle nâest pas seulement sa maĂźtresse.
â Non, dit Sophia.
â Elle sait.
â TrĂšs probablement.
Alexander avait demandĂ© Ă consulter dâanciens registres. Ce nâĂ©tait pas simple. Les cliniques privĂ©es protĂšgent leurs secrets mieux que leurs patients. Mais certains vieux logiciels gardent la mĂ©moire des gestes que les humains voudraient effacer.
En fin de journée, il arriva avec une impression.
â Paige Mercier a consultĂ© votre dossier dix-sept fois en deux ans.
Audrey leva les yeux.
â AprĂšs avoir quittĂ© la clinique ?
â Oui.
Rémi siffla doucement.
â AccĂšs illĂ©gal.
Sophia nota quelque chose.
â Donc Dominic avait une personne Ă lâintĂ©rieur, puis Ă lâextĂ©rieur.
Audrey sentit revenir lâimage de Paige dans le restaurant. La bouche brillante. La main sur le bras de Dominic. Le message cruel. *Il est avec sa vraie famille maintenant.*
â Pourquoi mâenvoyer la photo ? demanda-t-elle.
Sophia réfléchit.
â Pour tâhumilier. Ou pour te provoquer.
â Non, dit Audrey lentement. Paige est arrogante, mais pas idiote. Elle savait quâon verrait lâenveloppe.
Rémi se pencha.
â Vous pensez quâelle voulait que vous la voyiez ?
Audrey ne répondit pas tout de suite.
Les femmes qui ont vĂ©cu longtemps sous contrĂŽle dĂ©veloppent parfois un sixiĂšme sens pour les contradictions. Paige avait trop posĂ© lâenveloppe. Trop exposĂ©e. Trop proche du verre. Comme un objet dans un dĂ©cor de théùtre.
â Je pense quâelle a peur de Dominic.
Sophia la regarda, surprise.
â Tu veux sauver sa maĂźtresse ?
â Non. Je veux comprendre pourquoi la femme qui mâa envoyĂ© la preuve a laissĂ© une trace aussi visible.
Cette nuit-lĂ , Audrey dormit par fragments. Elle rĂȘva dâun couloir sans fenĂȘtres, de portes numĂ©rotĂ©es, de bĂ©bĂ©s qui pleuraient derriĂšre du verre. Ă quatre heures, elle se rĂ©veilla avec une phrase en tĂȘte, prononcĂ©e des annĂ©es plus tĂŽt par HĂ©lĂšne Vassal lors dâun dĂ©jeuner : *Dans les familles puissantes, les enfants ne naissent jamais par hasard.*
Le matin, un colis arriva. Pas Ă la clinique. Ă lâancien appartement de la rue du Cherche-Midi, celui que Dominic dĂ©testait. La gardienne, Madame Benhamou, appela Audrey.
â Ma petite, on a laissĂ© quelque chose pour vous. Pas par la poste. Dans la boĂźte aux lettres, avec une clĂ©.
â Une clĂ© ?
â Oui. Et un mot. Je nâai pas lu, Ă©videmment.
Audrey sourit malgré elle. Madame Benhamou lisait tout, mais seulement pour mieux protéger les gens.
Sophia envoya Rémi récupérer le colis.
Il revint avec une petite boĂźte en carton brun. Ă lâintĂ©rieur, une vieille cassette audio, un bracelet dâhĂŽpital coupĂ© et une photo floue dâune pouponniĂšre.
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Sur le mot, Ă©crit dâune main tremblante :
*Je ne suis pas Paige. Et lâenfant de huit semaines nâĂ©tait pas le premier.*