Chapitre 10 - La maison de Suresnes

Chapter 10 - Chapitre 10 - La maison de Suresnes
La maison de Suresnes se trouvait dans une rue calme, derriĂšre un portail vert Ă©caillĂ©, avec des rosiers mal taillĂ©s qui griffaient le mur. Rien, de lâextĂ©rieur, nâindiquait un secret. CâĂ©tait toujours ainsi avec les pires choses : elles empruntaient la façade du raisonnable.
Audrey y alla deux jours plus tard, contre lâavis de son mĂ©decin, avec Sophia, RĂ©mi et Alexander qui prĂ©tendit venir pour surveiller son Ă©tat alors quâil avait surtout compris quâelle ne renoncerait pas.
La porte céda à la clé de Paige.
Ă lâintĂ©rieur, une odeur de poussiĂšre, de savon dâenfant et de radiateur fermĂ©. Sur le porte-manteau, un petit impermĂ©able jaune pendait encore. Audrey sâarrĂȘta devant comme devant une relique.
Elle ne le toucha pas.
Pas encore.
Le salon Ă©tait propre, trop propre, comme si quelquâun avait effacĂ© la vie en gardant la forme. Une table basse, deux livres dâimages, un bol bleu dans lâĂ©vier. Dans la cuisine, un calendrier accrochĂ© au mur portait des croix rouges sur certains jeudis.
â Les visites dâHĂ©lĂšne, dit Sophia.
Rémi photographia tout.
Dans la chambre dâenfant, les murs Ă©taient peints en gris pĂąle. Un lit bas, des draps avec des bateaux, une Ă©tagĂšre pleine de petits animaux en bois. Audrey sentit ses jambes faiblir.
Sur le bureau, le dessin lâattendait.
Une femme blonde dans un lit. Un bĂ©bĂ© nuage prĂšs dâelle. Un homme barrĂ© en noir. Et ces mots : *Maman dort encore.*
LâĂ©criture Ă©tait tremblante, appliquĂ©e.
Audrey posa une main contre sa bouche.
Alexander, derriĂšre elle, ferma les yeux.
â Il savait, murmura-t-elle. Quelquâun lui a dit que jâexistais.
Sophia ouvrit une armoire.
â Audrey.
Dans le fond, sous une pile de couvertures, il y avait une boĂźte Ă chaussures. Ă lâintĂ©rieur : des photos prises de loin. Audrey Ă un gala. Audrey sortant dâune boulangerie. Audrey sur le quai dâune gare Ă Tours, le jour de lâanniversaire de la mort de son pĂšre.
Sur une photo, une petite main avait dessinĂ© un cĆur autour de son visage.
Audrey sâassit sur le lit.
Les larmes vinrent enfin, mais silencieuses, sans la secouer. Elles descendaient comme une pluie longtemps retenue.
Sophia sâagenouilla devant elle.
â On va le retrouver.
â Et sâil ne veut pas de moi ?
â Alors tu lâaimeras Ă la distance quâil pourra supporter.
Cette réponse, dure et tendre à la fois, fut la seule possible.
RĂ©mi trouva une enveloppe scotchĂ©e sous le tiroir du bureau. Ă lâintĂ©rieur, des reçus de pharmacie, un numĂ©ro dâassurance, et une photocopie partielle dâacte de naissance.
Nom de lâenfant : NoĂ© Laurent.
MÚre déclarée : inconnue.
PÚre déclaré : non renseigné.
Tuteur administratif : Fondation Vassal pour lâEnfance.
Sophia blĂȘmit.
â Ils lâont placĂ© sous leur propre fondation.
â Dominic pouvait le voir ?
â Oui. Et HĂ©lĂšne aussi.
Audrey regarda le papier.
Son enfant, sâil Ă©tait son enfant, avait Ă©tĂ© transformĂ© en dossier caritatif par la famille qui lui souriait aux dĂźners.
Dans le couloir, Rémi décrocha un vieux babyphone posé sur une étagÚre.
â Ăa, câest curieux.
â Quoi ?
â Ce modĂšle enregistre parfois sur carte mĂ©moire.
Il ouvrit le boĂźtier.
Une petite carte micro-SD sây trouvait encore.
Ils lâĂ©coutĂšrent dans la cuisine, debout autour de lâordinateur de RĂ©mi.
Une voix dâenfant, douce :
â Quand est-ce que maman se rĂ©veille ?
Puis la voix dâHĂ©lĂšne, nette, presque impatiente :
â Quand elle aura appris Ă ne plus faire de peine Ă la famille.
Audrey resta trĂšs droite.
Et pour la premiĂšre fois depuis lâhĂŽpital, elle ne sentit pas seulement le chagrin.
Elle sentit la colĂšre devenir utile.
May you like
à cet instant, son téléphone vibra.
Un message dâun numĂ©ro inconnu : *Si vous voulez NoĂ© vivant dans votre vie, venez seule demain Ă la fondation.*