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Chapitre 04 - Les roses blanches

Chapter 04 - Chapitre 04 - Les roses blanches

Les roses blanches Ă©taient magnifiques. Trop magnifiques. Longues tiges, ruban de satin gris, papier Ă©pais venu d’un fleuriste du huitiĂšme arrondissement. Pas un bouquet de remords. Un bouquet d’avertissement.

Audrey demanda à l’infirmiùre de ne pas les faire entrer.

— Vous voulez que je les jette ?

Elle regarda les fleurs Ă  travers la porte entrouverte.

— Non. Gardez-les. Mais prenez une photo de la carte.

La carte disait simplement : *Tu aurais dĂ» rester endormie.*

Sophia lut la phrase deux fois. RĂ©mi la photographia sous plusieurs angles. Le docteur Reed, arrivĂ© quelques minutes plus tard, resta silencieux. On entendait derriĂšre lui les bruits ordinaires du service : un tĂ©lĂ©phone qui sonnait, un brancard qu’on poussait, une aide-soignante qui demandait du thĂ© sucrĂ© pour une patiente ĂągĂ©e.

Ce mélange de banal et de menace donna à Audrey un étrange courage.

— Ils savent que j’ai la clĂ©, dit-elle.

— Ou ils savent seulement que quelqu’un t’a parlĂ©, rĂ©pondit RĂ©mi.

— HĂ©lĂšne ?

Sophia rangea la carte dans une pochette plastique.

— HĂ©lĂšne aurait envoyĂ© des lys. Elle est plus théùtrale. Les roses blanches, c’est Dominic. Il croit encore que la beautĂ© peut laver la peur.

Audrey tourna la tĂȘte vers la fenĂȘtre.

La pluie avait cessĂ©. Sur le boulevard, les phares allumaient des lignes jaunes sur l’asphalte. Elle se souvint de sa premiĂšre soirĂ©e chez les Vassal, dans leur hĂŽtel particulier prĂšs du parc Monceau. HĂ©lĂšne avait inspectĂ© ses chaussures, puis ses mains, puis sa façon de dire merci Ă  la domestique.

— Elle est charmante, avait-elle dit Ă  Dominic, comme on parle d’une nappe de bonne qualitĂ©.

Audrey avait voulu plaire. Elle avait voulu faire famille. À trente-quatre ans, la violence la plus dure Ă  admettre Ă©tait celle-ci : elle avait travaillĂ© longtemps Ă  se rendre acceptable pour des gens qui l’avaient choisie prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle se croyait insuffisante.

Le docteur Reed s’approcha du lit.

— Vous devriez demander une protection.

— J’ai une avocate.

— Je parle d’une protection physique.

Sophia approuva.

— J’ai dĂ©jĂ  prĂ©venu Harper SĂ©curitĂ©. Deux agents devant la clinique dĂšs ce soir.

Audrey eut un petit sourire triste.

— Dominic va adorer.

— Dominic va dĂ©couvrir que tu n’es plus disponible pour ses rĂ©actions, dit Sophia.

À vingt heures, HĂ©lĂšne Vassal arriva.

Personne ne sut comment elle avait passĂ© l’accueil. Elle portait un manteau de cachemire Ă©cru, des perles discrĂštes et cette expression maternelle qui avait convaincu des salles entiĂšres de donateurs qu’elle Ă©tait une femme de cƓur.

Elle entra sans frapper.

— Ma pauvre enfant.

Audrey ne répondit pas.

HĂ©lĂšne posa son sac sur la chaise. Elle ne regarda ni l’ecchymose sur son visage ni le bras bandĂ©. Ses yeux allĂšrent directement Ă  la table, au tĂ©lĂ©phone, aux dossiers.

— Dominic est bouleversĂ©.

Sophia se leva.

— Madame Vassal, ma cliente ne souhaite pas vous recevoir.

HélÚne sourit sans montrer les dents.

— Je ne suis pas venue voir votre cliente. Je suis venue voir ma belle-fille.

Audrey sentit la colĂšre arriver, mais elle ne lui donna pas son visage.

— Vous n’avez plus de belle-fille.

Le silence qui suivit fut presque élégant.

HĂ©lĂšne s’approcha d’un pas.

— Vous ĂȘtes fatiguĂ©e. Les mĂ©decins vous ont certainement donnĂ© des calmants. Ce n’est pas le moment de prendre des dĂ©cisions irrĂ©parables.

— C’est drĂŽle, dit Audrey. Vous aviez l’air moins inquiĂšte pour mes dĂ©cisions quand vous me faisiez signer des procurations.

Le sourire d’HĂ©lĂšne se figea Ă  peine.

— Vous ne comprenez pas les affaires.

— Non. Mais je comprends les enregistrements.

HélÚne ne bougea plus.

Ce fut bref. Une seconde. Peut-ĂȘtre moins. Mais Audrey vit la peur passer dans ses yeux comme une ombre derriĂšre un rideau.

Puis la vieille femme reprit son masque.

— Faites attention, Audrey. Certaines vĂ©ritĂ©s dĂ©truisent aussi celles qui les tiennent.

Elle se tourna vers la porte.

Avant de sortir, elle posa une enveloppe sur la table.

— Votre pĂšre n’était pas l’homme honnĂȘte que vous imaginez.

Quand elle fut partie, Audrey resta immobile. Sophia ouvrit l’enveloppe.

À l’intĂ©rieur, il y avait une vieille photographie : son pĂšre, plus jeune, sortant de la clinique Marceau avec le docteur Reed.

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Au dos, une date.

La veille du mariage d’Audrey.

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