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Chapitre 04 - La femme au manteau camel

Chapter 04 - Chapitre 04 - La femme au manteau camel

L’homme en costume gris s’appelait maĂźtre BĂ©raud.

Il le dit avec une voix si polie que Vivian eut presque honte de le dĂ©tester immĂ©diatement. Les hommes dangereux ne ressemblent pas toujours aux monstres des contes. Parfois ils portent une Ă©charpe de cachemire et posent leur stylo sur une tablette d’hĂŽpital comme s’ils apportaient des fleurs.

— Madame Vance, votre ex-Ă©poux souhaite seulement que l’enfant bĂ©nĂ©ficie des meilleurs soins.

— Mon ex-Ă©poux souhaitait aussi que je signe un divorce Ă  six mois de grossesse sans relire les annexes.

Le stylo resta suspendu.

DerriĂšre lui, un second homme attendait dans le couloir. Grand, immobile, sans badge visible. Nadine s’était plantĂ©e devant la porte, bras croisĂ©s, avec une fermetĂ© de gardienne de phare.

Le docteur Delmas prit le dossier.

— Ces dispositions ne peuvent pas ĂȘtre appliquĂ©es sans accord maternel dans les conditions actuelles.

Maßtre Béraud sourit.

— Docteur, sauf erreur, vous n’ĂȘtes pas avocat.

— Et vous, sauf erreur, vous n’ĂȘtes pas mĂ©decin.

Vivian aurait voulu applaudir, mais ses forces étaient parties dans les heures précédentes. Elle se contenta de tenir Noé.

L’avocat posa enfin les yeux sur l’enfant.

Quelque chose passa dans son expression.

Une reconnaissance.

Pas de l’émotion. PlutĂŽt le soulagement froid d’un homme qui vient de confirmer une information.

— Il a la marque, dit-il à voix basse.

Gabriel Delmas se raidit.

— Quelle marque ?

Maßtre Béraud se reprit trop vite.

— Je parlais de son Ă©tat de nouveau-nĂ©.

Vivian sentit ses entrailles se contracter.

— Vous saviez.

— Madame, je ne sais rien qui ne soit dans un dossier lĂ©gal.

— Justement. Vous avez un dossier sur mon fils avant mĂȘme qu’il ait un jour.

L’avocat referma le porte-documents.

— Je reviendrai quand vous serez en Ă©tat de comprendre l’intĂ©rĂȘt de l’enfant.

Cette phrase traversa la piĂšce comme une gifle sans main.

Nadine ouvrit la porte de façon à ne lui laisser aucune dignité supplémentaire.

Quand les deux hommes furent partis, Vivian remarqua que Gabriel Delmas regardait encore le couloir.

— Il a dit la marque, murmura-t-elle.

— Oui.

— Donc Julian n’est pas le seul à savoir.

Le médecin passa une main sur son visage.

— Non.

À trois heures du matin, l’hĂŽpital entra dans cette pĂ©riode Ă©trange oĂč mĂȘme les machines semblent parler plus bas. Nadine installa une chaise prĂšs du lit et refusa de laisser Vivian seule. Le docteur Delmas partit tĂ©lĂ©phoner dans son bureau.

Vivian, Ă©puisĂ©e, bascula dans un sommeil coupĂ© d’images.

Elle rĂȘva d’un salon immense, de murs couverts de portraits, d’Isolde Vance qui tirait les rideaux malgrĂ© le soleil. Elle rĂȘva de Julian enfant, debout au milieu d’un escalier, une mĂ©daille autour du cou, puis d’une main qui l’arrachait.

Elle se réveilla en sursaut.

Une femme se tenait dans la chambre.

Pas Nadine.

Une femme d’une soixantaine d’annĂ©es, trĂšs droite, enveloppĂ©e dans un manteau camel impeccable. Ses cheveux blancs Ă©taient coupĂ©s au carrĂ©. Elle portait des gants en cuir beige, comme les femmes qui ont appris Ă  ne jamais toucher directement ce qui pourrait les salir.

Vivian voulut crier, mais la femme posa un doigt sur ses lĂšvres.

— Ne rĂ©veillez pas l’enfant.

La voix était grave, fatiguée, presque douce.

— Qui ĂȘtes-vous ?

La femme regarda Noé.

Ses yeux se remplirent d’une tristesse si pure que Vivian oublia un instant d’avoir peur.

— Je m’appelle Marianne.

Vivian ne comprit pas tout de suite.

Puis elle se souvint du récit de Gabriel.

La librairie à Saint-Germain. La jeune femme de dix-neuf ans. Le bébé déclaré mort.

— Vous ĂȘtes


— Sa mùre, dit Marianne.

Le pronom resta suspendu.

Sa mĂšre.

Celle de Jonas. Celle du bĂ©bĂ© volĂ©. Celle peut-ĂȘtre de Julian.

Marianne sortit de son sac une photographie pliée en quatre.

— Je n’ai pas beaucoup de temps. Isolde sait que je suis à Paris.

— Isolde ?

Le nom réveilla Noé, qui fit une petite grimace dans son sommeil.

Marianne s’approcha, mais s’arrĂȘta Ă  distance respectueuse du lit.

— Votre fils porte la marque des Delmas. C’est pour cela qu’ils veulent le transfĂ©rer. Une fois Ă  la clinique Vance, ils contrĂŽleront les prĂ©lĂšvements, les dĂ©clarations, les certificats. Ils ont dĂ©jĂ  fait cela une fois.

Vivian entendait les mots, mais son esprit refusait d’en faire une phrase.

— Une fois avec Julian ?

Marianne ne répondit pas directement.

Elle posa la photographie sur le drap.

On y voyait une toute jeune femme aux cheveux bouclĂ©s, un garçon maigre en blouse d’étudiant, et entre eux, une mĂ©daille brillante au creux d’une main.

Au dos, une écriture tremblée disait : Pour Jonas, né sous la pluie.

Vivian sentit ses yeux brûler.

— Pourquoi venir maintenant ?

Marianne eut un rire sans joie.

— Parce qu’hier soir, quelqu’un m’a envoyĂ© une photo du bĂ©bĂ©.

— Qui ?

La femme regarda la porte.

— C’est justement ce que je suis venue vous dire.

Elle sortit une enveloppe de son manteau et la glissa sous la couverture, contre le bras de Vivian.

— Ne faites confiance ni à Julian, ni à sa mùre. Et surtout, ne faites pas confiance au docteur Delmas avant qu’il ait lu ceci.

Vivian resta figée.

— Mais vous venez de dire qu’il est


— Oui, coupa Marianne. Et c’est pour cela qu’il est le plus facile à briser.

Des pas retentirent dans le couloir.

Marianne recula dĂ©jĂ  vers l’ombre.

— Attendez. Qu’y a-t-il dans l’enveloppe ?

La femme posa une main sur la poignée.

— Le nom de la personne qui a vendu notre fils.

Puis elle disparut.

Quand Nadine entra quelques secondes plus tard, Vivian tenait NoĂ© d’un bras et l’enveloppe de l’autre.

Sur le papier crùme, il n’y avait qu’une initiale.

I.

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Comme Isolde.

Ou comme une autre personne qu’aucun d’eux n’avait encore osĂ© imaginer.

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