Chapitre 04 - Le dossier du cardiologue

Chapter 04 - Chapitre 04 - Le dossier du cardiologue
Daniel entra sans se presser.
Son regard passa de Vanessa au registre, puis à Claire.
— Qu’est-ce qu’elle vient de te raconter ?
Vanessa recula.
— Rien.
— J’ai entendu le mot infarctus.
Amandine sortit son téléphone.
— Toute conversation se déroulera désormais en présence de conseils juridiques.
Daniel sourit.
— Maître Roussel, vous êtes dans une entreprise privée. Je peux appeler la sécurité.
— Faites-le. Nous expliquerons aussi pourquoi des documents appartenant à ma cliente ont été dissimulés dans le bureau de son père.
Claire gardait les yeux sur Vanessa.
— Tu as dit que mon père n’était pas mort d’un infarctus.
Daniel se tourna brusquement vers sa sœur.
— Tu es incapable de te taire.
Il y avait dans sa voix une familiarité qui dépassait la colère. Une vieille peur, peut-être.
Vanessa releva le menton.
— Elle devait finir par savoir.
— Pas comme ça.
Claire serra le registre contre elle.
— Savoir quoi ?
Daniel s’approcha, mais Amandine leva une main.
— Restez où vous êtes.
Il s’arrêta.
— Michel prenait des médicaments qu’il cachait à tout le monde, dit-il. Son cœur était fragile. Le docteur Valmont a modifié certains détails pour éviter un scandale au conseil d’administration.
— Quels médicaments ?
Daniel détourna les yeux.
— Des anxiolytiques. Des stimulants. Je ne sais pas.
Vanessa laissa échapper un rire amer.
— Tu mens encore très mal quand tu improvises.
Daniel blêmit.
Claire regarda sa belle-sœur.
— Toi, qu’est-ce que tu sais ?
Vanessa ne répondit pas tout de suite. Son assurance s’était fissurée. Elle paraissait moins élégante, soudain, moins sûre de la place qu’elle occupait.
— J’ai trouvé une copie du dossier médical de ton père, il y a un an. Il ne mentionnait aucune pathologie cardiaque grave. Mais il y avait une analyse toxicologique.
— Qu’est-ce qu’elle disait ?
— Une concentration anormale d’un anticoagulant.
Daniel frappa du plat de la main sur le bureau.
— Ça suffit.
Claire sursauta, mais ne recula pas.
Amandine posa calmement son téléphone sur la table, enregistrement visible.
— Continuez, madame Vernet.
Vanessa regarda son frère.
— Tu m’as laissé porter tout le reste. Les comptes, la fondation, les signatures. Je ne porterai pas aussi sa mort.
Daniel se précipita vers elle.
Claire ne vit pas exactement ce qui se passa. Amandine s’interposa, Vanessa contourna le bureau, et la porte s’ouvrit sur deux agents de sécurité alertés par la réception.
En quelques secondes, chacun retrouva une apparence de normalité.
Daniel rajusta sa manche.
— Ma femme traverse un épisode de confusion. Son avocate l’encourage à voler des documents confidentiels.
— Ce registre appartenait à mon père, dit Claire.
— Il appartient à la société.
Amandine prit la parole.
— Nous le remettrons aux autorités avec une copie de la vidéo montrant votre comportement.
Les agents hésitèrent.
Daniel savait qu’il ne pouvait pas aller plus loin sans témoin.
— Très bien, dit-il. Partez.
Dans l’ascenseur, Claire tremblait tellement qu’elle dut s’appuyer contre la paroi.
Amandine ne lui demanda pas si elle allait bien. Elle savait que la question serait inutile.
— Nous allons directement au commissariat.
— Et Vanessa ?
— Elle a fait une déclaration lourde, mais elle peut la nier. Il nous faut le dossier du cardiologue.
Léa Morel prit leur déposition dans une petite salle sans fenêtre. Elle écouta l’enregistrement, photographia le registre et demanda l’ouverture d’une enquête financière.
Quand Claire évoqua le docteur Valmont, Léa se renfrogna.
— Il est mort il y a huit mois.
— Comment ?
— Accident de voiture. Route mouillée.
Claire pensa à la phrase de Vanessa : la prochaine personne qu’ils feront passer pour malade, ce sera toi.
— Qui est “M.” dans la note ? demanda Léa.
Claire aurait voulu croire qu’il s’agissait d’un inconnu.
Mais elle connaissait déjà la réponse.
Madeleine.
Sa mère possédait la copie du dossier.
En sortant du commissariat, Claire reçut un message vocal. La voix de Madeleine était basse, pressée.
« Ne reviens pas à la maison. Daniel vient de comprendre que je n’ai plus le dossier. Cherche dans le chalet de Talloires. Sous la troisième marche. Et ne fais confiance à personne qui connaît le mot Églantine. »
Le message s’arrêta sur un souffle.
Claire rappela immédiatement.
Téléphone éteint.
Léa demanda une équipe pour vérifier la maison.
Amandine, elle, répéta le dernier mot.
— Églantine ?
Claire sentit remonter un souvenir.
Quand elle était enfant, son père l’emmenait parfois au chalet familial, près du lac. Derrière la maison poussait un rosier sauvage qu’il appelait Églantine. Il lui avait appris à y cacher les petits objets auxquels elle tenait.
— C’était notre mot secret, murmura-t-elle.
— Votre mère vient pourtant de vous dire de ne faire confiance à personne qui le connaît.
— Mon père le connaissait. Ma mère aussi.
— Daniel ?
Claire pensa aux six années de mariage, aux conversations répétées, aux confidences faites dans le noir.
— Peut-être.
Elles partirent pour Talloires avant la tombée de la nuit.
Le chalet n’avait pas été ouvert depuis les funérailles. La poussière couvrait les meubles, mais la serrure portait des traces récentes.
Sous la troisième marche de l’escalier, Claire trouva une cavité.
Elle était vide.
À l’intérieur, quelqu’un avait laissé une seule chose : une photographie de Claire à dix-sept ans, debout entre ses parents.
Au dos, une phrase était écrite de la main de Michel :
« Si tu lis ceci, c’est que Madeleine a choisi son camp. »
Claire resta longtemps accroupie, incapable de bouger.
Puis un bruit de moteur monta depuis la route.
Une voiture noire s’arrêta devant le chalet.
Ce n’était pas celle de Daniel.
Un homme en descendit avec une mallette en cuir.
Claire le reconnut malgré les années.
Étienne Lemaire, l’ancien directeur financier de son père, officiellement disparu depuis dix-huit mois.
Il leva les mains pour montrer qu’il n’était pas armé.
— Votre mère m’a dit que vous viendriez.
Il posa la mallette sur le capot.
— Le dossier du docteur Valmont est là-dedans.
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Puis il ajouta une phrase qui fit oublier à Claire jusqu’au froid du soir :
— Mais ce dossier ne prouve pas que Daniel a tué votre père. Il prouve que Michel avait peur de vous.